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Nos sources :
Rapports d'actions :
Capitaine CHARLES, officier de l'Armée Secrête.
Son vrai nom : Capitaine Trouyet
Jean-Louis VORAY, commandant de compagnie F.T.P. Son vrai
nom : Henri Hutinet
DICK, chef de détachement F.T.P., vrai nom inconnu.
Témoignages :
Paul SALIVA et Emile GIRARD, combattants F.T.P.
René GILLI, responsable F.T.P. du Vaucluse
Recherches :
D'après les Archives de Georges ALZIARI,
le témoignage de l'abbé ISNARD, les travaux de Jean
GARCIN, dans son livre : "De l'armistice à la Libération
dans les Alpes de Haute-Provence".
Textes rassemblés par André ODRU
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6 juin
Paul
SALIVA
Mardi 6 juin,
à l’aube. Nous sommes une vingtaine à nous mettre
en place sur la petite butte qui surplombe de cinq à six mètres
le col, avec mitraillettes, fusils, grenades, le fusil-mitrailleur
prenant en enfilade la route qui monte de Vergons.
Deux camarades,
« Totor » (BUGGIA) et un autre, munis d’une corne
de berger pour donner l’alerte, sont placés en aval,
côté Vergons, dans les pins au-dessus de la route. Moi-même
et « Paulo » (RETIF), munis d’un sifflet, nous plaçons
en aval, côté Rouaine, au-dessus de la route.
Suit une
longue attente silencieuse, où le sommeil me gagne à
écouter les oiseaux chanter dans les feuillages. Aucune voiture
ne passe. Tout à coup, le tir rageur du fusil-mitrailleur nous
fait bondir. Sur le col, les grenades explosent. Une voiture surgit
du col et vient vers nous ; elle stoppe à notre portée,
à l’abri des feux. Trois hommes en sortent, deux officiers,
un civil. Je me dresse contre un arbre et actionne ma Sten : malheur
! Elle ne fonctionne pas ! Un des officiers m’a vu : il tire
dans ma direction deux coups de pistolet et les balles sifflent à
mes oreilles. Mais « Paulo » a lancé sa grenade
quadrillée qui explose sur la route. Les trois Allemands bondissent
dans le talus et disparaissent dans les broussailles, sous la route.
Au col,
le feu a cessé : « Jean-Louis » et cinq ou six
gars accourent vers nous : « Ils sont là-dessous ! »
Nous lançons des grenades qui explosent dans le branchages…
Pendant
que « Jean-Louis » entreprend de mettre en marche la voiture
des Allemands, nous revenons au col : la seconde voiture est dans
le fossé avec trois officiers, morts. Nous prélevons
armes, vestes, chaussures (les nôtres sont en lambeaux), sans
oublier les papiers et les documents. Je me saisis d’une paire
de jumelles. Les corps sont ensuite arrosés d’essence
et brûlés.
Henri
HUTINET
Attaque à
9h 45. Le commandant de la sûreté allemande de Digne,
WOLFRAM et son adjoint le lieutenant X (en uniforme de SS) sont tués
(1). Le capitaine VON PADORSKI et le lieutenant HEITMAN
s’échappent, blessés. Nous ignorons si l’un
deux a succombé à ses blessures. Les chauffeurs des
voitures sont tués.
Paul
SALIVA
Nous revenons
à Vergons. Les gens viennent vers nous et nous annoncent la
grande nouvelle : le débarquement a lieu en Normandie ! Nous
filons vers Saint-Julien en chantant. « Jean-Louis » exulte
: « Désormais, nous restons en permanence sur les routes
! »
Fini de
se terrer dans les bois !
A Saint-Julien,
il est midi. Il est temps de manger. Puis, avec l’aide des habitants,
nous dressons un barrage de madriers et de matériaux divers
au carrefour des trois routes : Nice, Castellane, Digne, afin de contrôler
la circulation.
La première
voiture qui se présente vient de Digne. A bord, deux policiers
français qui nous donne volontiers leurs armes. Nous plaçons
le fusil-mitrailleur face à la route de Castellane.
Peu après,
une voiture-ambulance arrive de cette direction, suivie d’un
camion d’Allemands. Nous les mitraillons au carrefour. Mais
voilà que surgit un convoi de camions venant de Saint-André,
chargés de troupe. Notre fusil-mitrailleur est mal placé.
Nous tirons dans le tas mais il faut songer à décrocher,
ce que nous faisons en combattant, gagnant peu à peu la montagne,
une haute montagne ardue à gravir avec notre armement, en direction
de Allons.
RECHERCHES
:
Des habitants de Saint-Julien ont
affirmé que les deux convois allemands, celui venant de Saint-André
et celui venant de Castellane, arrivés au carrefour sous le
feu des maquisards, se sont tirés les uns sur les autres, s’infligeant
des pertes.
Les
Allemands font irruption dans le village de Vergons, dans l’après-midi.
Paul SIMON, frère du maire, qui s’enfuit, est abattu
: il est père de quatre enfants. Six personnes sont arrêtées
: Angelin AUDIBERT, Elie BERAULT, Emile, GOUJON, César GUERIN,
Emile MOURRIN et le maire SIMON. Ils seront amenés à
Digne puis relâchés.
A
Saint-André, à la suite de coups de feu contre un mouchard,
les Allemands arrêtent René DEDIEU-AMOUR, de Pertuis,
Jean PIANETTA et Jean TARENTOLA, de Saint-André.
7
& 8 juin
Henri
HUTINET
Mercredi 7 juin.
Repos dans la montagne.
Jeudi 8 juin. Occupation de Saint-Julien pendant la nuit.
RECHERCHES
:
Jeudi 8 juin. Dans la
journée, les groupes de l’Armée Secrète
de Gérard PIERRE-ROSE (« Manfred ») et LAGOUTTE,
commandés par TROUYET (capitaine « Charles ») et
les légaux de la 5ème Cie F.T.P., occupent la vallée
du Verdon, de Saint-André à Colmars.
Plus au Nord, au-delà du col d’Allos, la vallée
de l’Ubaye est, elle aussi, en état d’insurrection,
sous les ordres du capitaine LECUYER (« Sapin ») et du
Général ZELLER, au nom de l’O.R.A.
9
juin
Henri HUTINET
Vendredi 9 juin.
Reprise de notre mission sur la route. Les légaux F.T.P. de
Saint-André nous demandent de les soutenir. Nous sommes à
Saint-André à 9 heures. Le capitaine de l’Armée
Secrète ayant dirigé ses troupes sur Colmars, me demande
si je peux tenir à Saint-André et me promet du renfort.
René
GILLI
Responsable F.T.P.
dans le Vaucluse, je viens de rendre visite à ma famille à
Nice et je retourne à mon poste par le « train des pignes
», voyageant avec quelques militaires allemands et un patronage
conduit par des bonnes sœurs. En gare de Saint-André,
tout le monde descend ! Que se passe-t-il? La
ville est tenue par la Résistance ! Immédiatement, les
Allemands du train sont attaqués dans un beau désordre
dû à la présence des voyageurs et des enfants.
Les Allemands s’enfuient dans la campagne. Je ne tarde pas à
trouver l’officier F.T.P. qui commande et que je connais bien
puisque j’ai passé plusieurs mois ici. C’est un
ancien officier d’active de l’armée d’Armistice
: « Reste avec nous, me dit-il, nous faisons la révolution
! »
Je refuse,
évidemment, et j’obtiens que, avec ses voyageurs, le
train puisse redémarrer vers Digne.
Emile
GIRARD
Au col des Robines,
en prévision du passage d’un convoi allemand venant de
Digne, ou d’une traction de la Milice, « Jean-Louis »
embauche mon père, cantonnier du secteur, et lui demande d’abattre
plusieurs peupliers qui se couchent sur la route, un peu au-delà
du col.
Vers 15
heures, bruit de moteurs ; une colonne allemande s’annonce.
Notre 5ème
compagnie F.T.P. est placée sur la ligne de crête, face
à la route qui monte de Moriez. Je suis à plat ventre,
à gauche du col, muni d’une des mitraillettes que nous
avons sorties la veille, d’un container. Un fusil-mitrailleur
prend la route en enfilade.
Un motard
allemand monte à vive allure. En pleine vitesse il heurte,
devant nous, un peuplier abattu et, arraché à sa machine,
fait un bond formidable avant de s’affaler. Derrière
lui, un side-car avec deux hommes puis une automitrailleuse.
«
Feu ! » Le F.M. et les fusils font leur œuvre, des camions
d’Allemands arrivent, les soldats qui ne sont pas touchés
sautent dans les fossés et s’abritent derrière
les murettes. Notre F.M. change de place, tire, s’enraye, tire
encore. La riposte allemande est rapidement très violente,
les balles coupent les branches de pins au-dessus de ma tête.
Je n’ai pas tiré : ma Sten ne me permet pas d’atteindre
efficacement la route.
C’est
alors que je signale à « Jean-Louis » que le tunnel
de la voie ferrée traverse le col, au-dessous de nous, et que
nous pourrions être tournés par là. Il m’envoie
donc, avec mon frère et deux autres, contrôler le débouché
du tunnel, côté Saint-André.
Henri
HUTINET
15 heures : attaque
allemande, 3 camions, 80 hommes environ, venant de Digne. Pris à
partie par notre F.M. ils décrochent en laissant trois morts
et un prisonnier sur le terrain, plus une moto en état de marche
et un side-car avarié. Leurs camions sont amochés et
remorqués par le seul camion intact. Armes laissées
sur le terrain ainsi que de nombreuses enveloppes de pansements individuels.
10
juin
Henri HUTINET
Samedi 10 juin.
Organisation de la population. Contact par « Damy ». L’A.S.
nous donne des renforts et un mortier. Nous organisons la défense
en l’étendant sur la route de Digne. Reconnaissance des
emplacements de combat respectifs : deux mitrailleuses et quatre F.M.
sur Digne. Un F.M. sur chacune des autres directions.
Capitaine
TROUYET
A 18 heures, deux
sous-officiers de Digne me rejoignent et m’annoncent une attaque
imminente de 500 à 600 Allemands. Je procède immédiatement
à une reconnaissance du terrain en compagnie de
« Manfred » et de « Jean-Louis ». Nous répartissons
notre défense en partie au pont de Saint-Julien, en partie
au col des Robines. La mission la plus dangereuse est confiée
à « Manfred ». J’ordonne la mise en place
immédiate.
Henri
HUTINET
Deux Allemands
prisonniers nous ont blessé six camarades russes par accident
de grenades (2).
Nous allons chercher à Castellane M….a, agent de la gestapo
qui vient de recevoir un coup de téléphone de la gestapo
de Marseille. M….n, membre du P.P.F., est arrêté
dans la micheline. Ils sont exécutés le soir même,
après jugement.
Un train et trois wagons sont à notre disposition. Nous déraillons
trois wagons dans le tunnel (3).
11
juin
RECHERCHES :
Dans la nuit du 10 au
11 juin, la Gestapo de Nice rassemble en hâte, aux Nouvelles
Prisons, treize prisonniers Résistants. Il y a tout lieu de
penser qu’ils ont été demandés par la Gestapo
et la Kommandantur de Digne qui veulent terroriser la population du
Haut-Verdon insurgé. Il faut les conduire d’urgence dans
le secteur de Saint-André-les-Alpes. Sont ainsi embarqués
sur des camions, des Résistants arrêtés en mai
à Nice, à Antibes et à Puget-Théniers,
ainsi que les cinq lycéens arrêtés quelques jours
auparavant dans l’affaire du maquis du Férion.
Sous
escorte de troupes allemandes, le convoi prend la route de Grasse.
C’est, qu’en effet, les confins des Alpes-Maritimes et
des Basses-Alpes sont dangereux pour les Allemands, soumis aux embuscades
des maquisards qui interdisent la Nationale 202. Le pont de Gueydan
a sauté.
Au
carrefour de Bar-sur-Loup, le convoi stoppe. Pierre APPOLIN, 23 ans
et Joseph GRAFFINO, 19 ans, deux Résistants d’Antibes
appelés hors du camion, sont abattus au bord de la route.
Le
convoi repart pour un long trajet de route de montagne et parvient,
au lever du jour, près de Saint-Julien du Verdon. Il s’arrête
au carrefour des trois routes là où, le 6 juin, les
Allemands ont subi le feu meurtrier des maquisards.
On
fait descendre les onze prisonniers, on leur retire les menottes :
« Partez, vous êtes libres ! » Au bout de quelques
mètres, les rafales de mitraillettes abattent les malheureux.
Ceux qui gémissent encore aux coups de pieds qu’on leur
donne, reçoivent le coup de grâce. Au village, de l’autre
côté de la butte, on n’a rien entendu.
Cependant,
à Saint-André, les Allemands venus de Digne attaquent
déjà au col des Robines.
Capitaine
TROUYET
Dimanche 11 juin.
Attaque des Allemands à l’aube. A trois heures du matin,
ils tâtent le col avec une automitrailleuse et des panneaux
pour déceler notre défense. Puis, dès le jour,
ils manœuvrent pour nous déborder en nous arrosant de
coups de mortiers et d’armes automatiques. Nous tenons jusqu’à
11h 30. A ce moment, nous sommes largement débordés
et obligés de décrocher.
Emile
GIRARD
Nous avons passé
la nuit dans la forêt, près de la sortie du tunnel que
nous avons obstrué avec toutes sortes de matériaux.
A l’aube, nous entendons la fusillade sur le col, qui dure un
grand moment puis se calme.
Ayant entendu
des bruits dans le tunnel nous tirons au hasard quelques rafales,
dans l’ouverture, mais rien n’en sort.
Paul
SALIVA
Le 11 juin à
l’aube, nous sommes onze à tenir l’embuscade de
protection en direction de Saint-Julien et Castellane, au pont sur
le Verdon. La vallée est, ici, resserrée et la route
est dominée, côté gauche de la rivière,
par la voie en construction, en vue du futur lac de barrage et qui
passe dans deux tunnels. Le fusil-mitrailleur, toujours tenu par «
Totor », est placé rive droite avec quatre hommes, pour
contrôler la route sur une assez longue distance. Moi-même
et six gars, dont deux Russes, montons nous embusquer au niveau du
tunnel amont, à chaque extrémité.
Au lever
du jour, une colonne ennemie est annoncée par deux motards
qui entreprennent de dégager le pont que nous avons obstrué.
Nous mitraillons les motards, mais les camions d’Allemands suivent
et stoppent au-dessous de nous. Le fusil-mitrailleur tire longuement.
De notre côté, nous envoyons grenades et gamons sur les
camions. Suit un long moment de silence, qui se termine par les explosions
d’obus de mortiers. J’ai envoyé un des nôtres,
Robin, au-dessus du tunnel pour surveiller l’ennemi. Je le rejoins
et le trouve avec un bras disloqué par un éclat.
J’ai
des difficultés à me faire entendre de mes camarades
en pleine action, sous le feu ennemi. Mais j’entends, de l’autre
côté de la rivière, « Totor » m’annoncer
qu’il a l’ordre de repli. Avec mon groupe, se trouve un
jeune « légal » de Saint-André. Il nous
mène à un passage à gué du Verdon que
nous traversons avec de l’eau jusqu’à la poitrine.
«
Jean-Louis » est là, sur la route, avec sa traction.
Il nous reconduit vers Saint-André : nous sommes onze dans
et sur la voiture.
Henri
HUTINET
Col des Robines,
8 heures 30. Ordre de repli sur la gare. Les blessés de la
veille ont pris la micheline et vont vers Barcelonnette (4).
Route de
Castellane. Huit tués contrôlés, un blessé
au bras F.T.P.. Ordre de repli. Je vais les chercher en voiture et
je tire au mortier pour protéger leur repli. Mais les obus
sont des fumigènes. Pourtant, les Allemands croient à
une contre-attaque et n’avancent pas, jusqu’à midi.
Paul
SALIVA
Nous n’atteignons
pas Saint-André : un pneu crève et la voiture surchargée
dévie et vient heurter violemment un poteau. Le jeune camarade
« légal » (16 ans environ), juché sur l’aile
droite, est projeté à terre, une jambe sous la roue.
Nous parvenons à soulever la voiture pour le dégager
mais il faut maintenant le porter. « Laissez-moi, dit-il, vous
allez vous faire prendre. » Nous le cachons dans les buissons
du bord de la rivière ; il veut que nous lui laissions une
grenade. Il sera sauvé par la suite : après, la venue
des Allemands, un paysan alerté, le cachera dans le foin de
sa charrette.
A Saint-André,
nous remontons sur le col des Robines, où nous tiraillons encore
un moment pour protéger le repli.
Emile
GIRARD
Toujours en faction
à la sortie du tunnel nous attendons, lorsque mon frère,
qui a fait quelques pas en arrière, aperçoit des soldats
allemands accroupis dans les broussailles, venant vers nous dans notre
dos ! Nous décrochons précipitamment, dans la tranchée
profonde de la voie ferrée, très en colère de
ne pas avoir reçu, nous aussi, l’ordre de repli.
Capitaine
TROUYET
Au pont Saint-Julien,
les boches n’ont pu passer. Les attaquants étaient des
soldats en uniformes noirs à tête de mort. Bilan de l’opération
: 70 boches tués, nombre de blessés inconnu. Deux blessés
chez nous, achevés sur le terrain (5).
Henri
HUTINET
A Saint-André,
accident de voiture (pneu crevé). Un blessé grave.
Plusieurs
camarades s’en vont à la dérive. Repli à
pied, par la montagne, puisque nous sommes coupés côté
hôtel Lac et Forêt. Repli sur Allons, l’autre détachement
se replie sur Lambruisse.
RECHERCHES
:
Revenons
à Saint-Julien du Verdon, à l’aube de ce 11 juin
1944. C’est dimanche : l’abbé Isnard se rend à
vélo à Castellane pour y célébrer la messe.
Il croise des camions chargés de soldats allemands qui le mettent
en joue et rient. Peu après, il entend des coups de feu.
M. REYBAUD, maréchal-ferrant, arrive à sa propriété
au carrefour des routes de Nice et de Castellane et découvre,
dans un pré, des corps d’hommes étendus, immobiles.
Vers 10 heures, il en informe l’abbé, de retour de Castellane.
Il y a neuf morts par fusillade, certains très jeunes, chacun
une blessure à la tête et deux blessés graves,
placés un peu à l’écart.
Les blessés sont transportés et cachés dans l’ancienne
église paroissiale, tout en haut du village. Des femmes se
relaient auprès des blessés. Les habitants ont tout
à craindre : la tuerie a eu lieu à l’endroit de
l’embuscade du 6 juin, après laquelle les Allemands ont
fouillé le village, molestant les habitants, emmenant le maire,
M. MARTEL, dont on n’a plus de nouvelles. (6)
Dans l’après-midi du 11 juin, une colonne de camions
allemands, ayant quitté Saint-André en direction de
Digne, tombe sur une embuscade avant Barrême. Voici le rapport
du chef de détachement F.T.P. :
DICK :
Mission : barrage
sur la route de Barrême à Saint-André, le 11 juin
1944. Lieu : 100 mètres au-delà de la scierie. Arrivés
sur les lieux : vers 13 h 30. Installation : mitrailleuse, lance-bombes,
tirailleurs en ligne oblique, grenadiers à gauche de la route
sur mamelon. Repli prévu par le bois, au-dessus de la voie
ferrée.
Les boches arrivent vers 15 h 45. Apparaissent d’abord quatre
camions ; n’en voyant plus derrière, je donne le signal
du feu. Les boches s’arrêtent, essaient de sauter hors
des camions mais, déjà, la mitrailleuse crache la mort
; mitraillets et mousquetons suivent. Les grenadiers, en face, lancent
leurs engins sur le premier camion.
Tout à coup, je vois sur notre droite les boches qui nous tournent
et un de leur F.M. se met à nous arroser. Je comprends qu’ils
sont plus de quatre camions et, à 16 h, j’ordonne aux
mitrailleurs de se replier puis, sur un coup de sifflet, c’est
le repli général.
Résultat : chez nous, un mort. Fait prisonnier et assassiné
après. C’est un jeune des Jeunesses Patriotiques, «
Baptiste » (7). Chez les boches, on peut
compter de 20 à 30 morts et des blessés. Eux-mêmes
en ont avoué 8 à Barrême.
Avons perdu 3 mitrailleuses. Sommes rentrés au camp, à
1 heure du matin. A signaler, le sang-froid de tout le monde pour
une première sortie et, en particulier, Bob, Jacquet, Blum,
Bernard et le gendarme qui était avec nous.
Les boches ont aussi mitraillé un paysan qui binait ses lentilles,
derrière nous, après notre repli. Nous l’avions
averti mais il n’en a pas tenu compte. (8)
RECHERCHES
:
A Saint-André,
l’après-midi, les Allemands rassemblent tous les hommes
sur la place, contrôlant les identités, interrogeant.
Mais voilà que, de la route venant du Haut-Verdon, surgit une
moto montée par deux maquisards. L’un d’eux, Ernest
GIRARD, de Colmars et un prisonnier du col des Robines, « Daniel
» GRIEBERT (nom parfois orthographié KRICQUEBERT) sont
conduits devant le mur de l’église et sont fusillés.
Ernest
GIRARD précédait la voiture du capitaine TROUYET, de
l’A.S., qui s’était témérairement
aventuré dans la ville et qui échappait de justesse
à la mort. Quelques hommes seront emmenés par les Allemands
et trois seront déportés : Frédéric BOYER,
Delazio FIORI, Henri REBUFFEL.
A
Saint-Julien, l’abbé ISNARD cherche à soigner
les deux blessés, très affaiblis et qui n’ont
pratiquement rien dit. Il part à bicyclette à Castellane,
ne trouve pas le médecin, revient et va à Saint-André
d’où il ramène le docteur DOZOUL, lui aussi à
bicyclette. Après examen, le docteur prodigue quelques soins
mais déclare que ceux-ci sont inadaptés à l’état
trop grave des blessés et qu’ils sont perdus. De fait,
l’un meurt peu après. L’autre mourra dans la nuit.
12
juin
RECHERCHES
:
Dans la journée
du 12 juin, à Saint-Julien, les corps des victimes sont rassemblés
au nouveau cimetière. Des femmes, des hommes âgés
restés au village, des enfants, avec un char à bancs,
s’en vont chercher les corps et les ramènent, tirant
et poussant.
Les
gendarmes de Castellane sont là. Ils adossent les corps au
mur du cimetière et les photographient pour permettrent une
identification ultérieure. Les femmes procèdent à
une toilette sommaire. On prélève des ceintures, des
pièces de vêtement. Les hommes, les jeunes revenus de
la montagne creusent onze tombes, le menuisier réalise les
cercueils.
Dans les jours qui suivirent, les gendarmes de Castellane et ceux
de Nice parvinrent à identifier la plupart des fusillés
de Saint-Julien. Les familles des trois morts de Puget-Théniers
vinrent pour emmener les corps des leurs et, ainsi, trois tombes restèrent
vides. Le courage des habitants de Saint-Julien, les efforts qu’ils
firent pour le respect des corps, pour une inhumation digne, pour
la remise des corps aux familles, exaspérèrent les Allemands
revenus sur les lieux. Suspectés d’aider la Résistance,
tous furent interrogés, certains molestés et, par deux
fois, l’abbé ISNARD fut collé au mur. Personne
ne parla. (9)
Cependant les maquisards, eux, préparent l’avenir :
Henri
HUTINET
Lundi 12 juin.
Le détachement de Lambruisse se dirige sur Thorame. Repos.
Je vais à Colmars me ravitailler en munitions et récupérer
six F.T.P. qui s’étaient repliés avec l’A.S..
L’A.S. me donne un F.M. et un mortier. Effectif F.T.P. armé
: 25, dont quelques légaux (un peu sédentaires). Réunion
officiers F.T.P. et A.S.. Décision prise d’agir en partisans,
de ne pas s’accrocher au terrain. Les troupes font pression
pour faire la guérilla. Nous expliquons qu’il faut agir
encore en groupes isolés et faire éclater les 100 armes
automatiques qui défendent Barcelonnette dans tout le département.
Aucun parachutage jusqu’à aujourd’hui : déception.
Les officiers
A.S. sont tous des camarades de ma promotion de Saint-Cyr ou des instructeurs
de l’Ecole. Nos rapports ont donc été des plus
cordiaux et ils ne m’ont rien refusé. D’autre part,
notre façon de combattre les a fortement impressionnés
et ils sont tout disposés à nous donner le matériel
nécessaire. Si je le pouvais, j’irais au G.Q.G. de Barcelonnette
commandé par un capitaine que je connais très bien et
qui me donnerait certainement le matériel dont nous avons besoin |