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Chapitres :
1.
Préambule
2. Le maquis du Grammondo
3. Mes contacts avec les maquisards
4. Le drame de Sospel
avec
la collaboration de 12 témoins sospellois:
Dominique DANIEL, qui avait 17 ans à l'époque,
Eddy BURZIO, Angélique BOSIO, Mme et M. CHIABAUT,
l'un des responsables du maquis de Ségra, Germain ALBIN,
dit Pascalin, le chanoine GOUGET, Charles REY,
transporteur à Sospel à cette époque, M.
Domerego, maire de Sospel en 1944, Roger PEGLION,
gendre de M. Balset, Brigadier des Douanes à Sospel, Marius
MIOR, M. le garde LE PROMPT.
Témoignages
:
oseph
GERIBALDI et André LAUGIER
Travaux
:
Jean-Pierre
DOMEREGO
Notes de lecture :
(1)
Ce groupe ne sera pas détecté par l'ennemi et pourra
reprendre le combat. Retour au texte
(2)
Les maquisards de l'Albaréa procédèrent à
une expédition sur Sospel (Coopérative et Hôtel
du Golf), afin d'enlever du matériel de campement, du ravitaillement
et des fonds. Les douaniers allemands se trouvaient à proximité
(J.P. Domerego).
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(3)
Benoît Gaziello avait 23 ans. Résistant depuis 1942 avec
le capitaine Bourreau, de l'Armée secrète, il était,
en 1944, réfractaire du S.T.O. Muni de faux papiers, il était
en contact permanent avec la Résistance française, dont
il assurait les liaisons.
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(4)
Directeur d'école à Menton ainsi que sa femme, le Commandant
Bréaudat avait été commandant en chef du fort
du Barbonnet, à Sospel, en 1940. Sa résistance acharnée
empêcha toute progression italienne à partir du Grammondo.
Dix heures après la signature de l'armistice franco-italien,
le fort tirait encore.
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(5)
Les éléments de tête étaient conduits par
le sous-officier allemand Swark, celui qui s'était fait passer
pour déserteur auprès des maquisards... Retour au texte
(6)
Leurs corps furent laissés sur place, et des Sospellois vinrent
plus tard les inhumer.
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(7)
Se trouvaient notamment le docteur Caumes, MM. Caggianelli et Rostagni,
Mme Tironi
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(8)
Les S.S. gardèrent quelques Sospellois suspects à la
caserne Salel, dont José Cassini. Ils subirent des sévices,
mais furent relâchés le 2 septembre, après 23
jours de mauvais traitements. Retour au texte
LES MORTS
du maquis de l'Albaréa
Tués
au combat
le 9
août 1944
DARDANO
Sauro Marco, 21 ans, de Vintimille
VESCO Giovanni, 18 ans, de San Remo
PIZZOL Emilio, 26 ans, de Trevisio (blessé
au combat, mort à Vintimille deux jours après)
Les
fusillés
du
12 août 1944
BADINO
Michele, 34 ans, de San Remo
BAZZOCCO Antonio, 20 ans, de Belluno
FANTI Oreste, 20 ans, de San Remo ;
FALDELLA Adolphe, de Roquebrune-Cap-Martin ;
FERRARO Armando, 18 ans, de Reggio de Calabre
FRANCESCHI Sergio, 18 ans, de Padoue ;
GAVINI Pietro, 26 ans, de Come ;
LA ROSA Bruno, 33 ans de Reggio de Calabre ;
LORENZI Oswaldo, 26 ans, d'Imperia ;
MARTINI Luigi, 22 ans, de Pigna ;
PISTONE Bruno, 18 ans, de San Remo ;
QUADRETTI Alberto, 24 ans, de Parme ;
TIRONI Marius, de Sospel
TOLOSANO Jean, de Sospel
ROSTAGNI Alphonse, de Breil
Deux
autres prisonniers furent fusillés à des dates et dans
des lieux restés inconnus :
BELLON Bruno, 31 ans, de Vicenza
RONCELLI Mario, 19 ans, de San Remo
Les
rescapés
du 9
août 1944
FERRARO
Domenico
ORENGO Giuseppe
GANDOLFI Nadino
Ces deux derniers périront le 2 septembre au cours
d'une traversée en mer des lignes allemandes
|
quoi |
Préambule
D'après
les recherches de Jean-Pierre DOMEREGO et les témoignages de
Joseph GERIBALDI et André LAUGIER
Les troupes allemandes
entrent dans la vallée de la Bévéra, par l’Italie,
en septembre 1943, et s’installent sur les hauteurs de l’Authion,
ne laissant à Sospel qu’un corps de douanier. La colonie
juive est menacée : certains sont emmenés à Nice
puis déportés ; d’autres gagnent Monaco.
De nombreux
jeunes gens des classes 40,41,42, se cachent ou travaillent, sans
titres d’alimentation, dans les coupes de bois.
En décembre 1943, la voie de chemin de fer est sabotée
pour la deuxième fois dans le tunnel. C’est que, à
Sospel, Moulinet, Castillon, la Résistance s’est organisée
autour de Vincent Comiti, frère de Jean-Paul, interné
depuis 1940 ; de Chiabaut, chef des F.T.P. ; de la gendarmerie commandée
par le lieutenant Beretti et l’adjudant Bertrem ; et de la brigade
des Douanes. Des tracts ont été distribués en
1943.
Au début de l’année 1944, sur les hauteurs du
plateau de Segra et du « castel » d’Ongrand, se
crée un maquis où des résistants de Peille, notamment
Joseph Géribladi, rassemblent des étrangers, Italiens,
Polonais et Russes déserteurs de la Wehrmacht, Sarrois, Bulgares,
avec des Français. Ils sont en rapport avec le S.O.E. britannique.
Dans les nuits du 30 mars et du 1er mai 1944, ce maquis reçoit
deux parachutages, une tonne et demie d’armement et de matériel
de sabotage, dont une partie importante sera répartie dans
le département.
Les Allemands connaissent l’hostilité des habitants de
la vallée de la Bévéra, c’est pourquoi
ils menacent, réquisitionnent les hommes pour la garde de la
voie ferrée. Dans la vallée voisine de la Roya, durant
tout le printemps 1944, les coups de main des maquisards français
et des partisans italiens ont lieu, les patrouilles allemandes essuient
des coups de feu. Des Sospellois sont arrêtés, puis relâchés.
Mais l’un d’entre eux, Joseph Raibaut, sera emmené
à Nice, ramené par la Gestapo pour qu’il dénonce
les résistants, refusera de le faire, et sera finalement abattu
du col de Castillon.
En mai, les Allemands
réquisitionnent hommes et mulets et les emmènent en
camions, par Menton et Vintimille, puis les vallées italiennes,
où ils sont attaqué par les partisans ; ils poursuivent
leur route à pieds : les Allemands pillent les maisons, chargent
leur butin sur des véhicules et disparaissent ; abandonnant
les Sospellois.
Pillage aussi dans la Bévéra et la Roya : les chevaux,
les vaches, les moutons sont enlevés par les S.S. Nouveaux
sabotage de la voie ferrée entre Sospel et Breil, où
la gare internationale est bombardée par l’aviation alliée.
Fin juillet, les gendarmes de Sospel quittent la ville et, sous les
ordres de l’adjudant Bertremet du lieutenant Beretti, rallient
le maquis d’Ongran, fort d’une trentaine de combattants
bien armés.
Depuis juin, sur les hauteurs du mont Grammondo, où passe la
frontière franco-italienne, plusieurs dizaines de jeunes Français
et Italiens de la vallée de Vintimille, se sont rassemblés.
C’est d’eux que nous allons parler maintenant.
[haut
de page]
Le maquis
du Grammondo
Recherches de Benoît Gaziello
Le Maquis Franco-Italien
du Grammondo, situé sur la frontière franco-italienne,
fut crée par des Résistants français et italiens
en juin 1944. Les jeunes Français avaient pris le maquis pour
ne pas aller en Allemagne travailler au S.T.O. (Service du Travail
Obligatoire). Depuis quatre ans, les richesses de la France sont pillées
et trois jeunes classes de Français, les 40, 41 et 42, sont
livrées à l’occupant, par la loi du 16 février
1943.
Les jeunes
Italiens avaient des problèmes semblables, peut-être
pires encore. Ces hommes, faisant abstraction de toute idéologie
partisane, confessionnelle, politique ou raciale, s’unirent
pour lutter contre l’esclavage.
Ce groupe, une
cinquantaine d’hommes, avait pris pour cantonnement les anciennes
casernes désaffectées de l’armée italienne
qui se trouvent presque sur la cime du Grammondo, à près
de 1400 mètres d’altitude, versant Nord, l’accès
venant de la Vallée de Ciucco di Gerri et sur le Mulacier,
côté italien.
Au début
de juillet 1944, des troupes allemandes venant d’Olivetta San
Miquele et de Vintimille, accompagnées par une section de Chemises
Noires, la tête de mort sur leurs chemises, derniers irréductibles
du régime, engagent une action afin de détruire ce maquis.
L’attaque
est déclenchée le lundi 10 juillet 1944.
Très supérieures
en hommes et en armes, déployées avec tactique d’encerclement,
les troupes allemandes et les Chemises Noires se déploient
et attaquent à outrance, tirs de mortiers légers, armes
automatiques se relayant. Un avion prend part à l’opération.
un orage de feu s’abat sur les maquisards qui, malgré
la surprise, se défendent âprement et infligent de lourdes
pertes aux assaillants qui, surpris par cette résistance, sont
stoppés net dans leur offensive.
En fin de matinée,
ils décrochent, ramassant leurs blessés et leurs morts,
ils se concertent et demandent des renforts. Les
maquisards, que commande le « Capo » Nettu, eux aussi
font le bilan, ils n’ont plus de munitions, il y a six morts
et cinq blessés dans leurs rangs. Ils décident de décrocher
et de se replier à la tombée de la nuit. Ils se séparent
en deux groupes.
Le plus important,
le groupe Nettu, une trentaine d’hommes, emmène les blessés.
Il se dirige vers le sud et va bivouaquer dans la grotte du «
Bésagnin » qui se trouve sur le versant Est italien de
la cime du Restaud, au-dessus du hameau de Villa Tella
[1].
Le deuxième
groupe traverse tout le massif de Rocci-Campassi, traverse la frontière
italienne au col des Strafourches et pénètre en territoire
français.
Après une longue et harassante marche pleine d’embûches
: sentiers de chèvres, rochers, précipices, broussailles
et autres, ils arrivent en début de matinée dans le
bois de Faïcha Founda, nom rendu tristement célèbre
lors des combats de juin 1940, o cinq Alpins français du76°
B.A.F. furent tués. Ils se reposent et, à l’aube,
repartent. Ils traversent la forêt de chênes verts de
la Cime de la Gardienne et, après plus de quatre heures de
marche, atteignent le chemin vicinal Castellar-Sospel de l’Albaréa.
Ils s’engouffrent dans le Bois du Bose et campent dans une grange
en contre-bas du Mont Razet.
Ils en font leur
campement provisoire et se reposent. Un problème crucial se
fait vite sentir : plus de quinze bouches de vingt ans à nourrir
: aussi décident-ils de chercher ailleurs un endroit plus propice.
Un jeune maquisard
originaire de Sospel leur dit que sa famille possède une ferme
dans la forêt de l'Albaréa, commune de Sospel (famille
Curti), endroit plus hospitalier, entouré d'une forêt
de châtaigners. Des agriculteurs, dans la vallée, pourraient
éventuellement les ravitailler. [2]
[haut
de page]
Mes
contacts avec les maquisards
Témoignage de Benoît Gaziello
Le samedi 15 juillet, je me rendais à la ferme du Serre del
Poux [3], située flanc Ouest du Mont Mulacier,
pour rendre du foin, lorsque, arrivant à la hauteur de la Maison
du « Vittoriouu », j’entends comme des gémissements,
des plaintes qui proviennent de celle-ci. Je
m’arrête intrigué, j’attache le mulet à
un arbre, et je vais voir ce qui se passe.
Là, allongé
par terre, gisait un homme. Il était armé d’un
fusil de guerre italien, quatre grenades offensives rouges étaient
à ses côtés. Je
l’appelle, il sursaute et veut prendre son fusil. Mais voyant
un civil, il se calme et me dit en italien : « Où sont
les Tédeschi ? »
Les Italiens
appellent ainsi les Allemands. Je lui réponds que je n’en
ai pas vu. Il me montre son genou énorme, presque noir, une
balle allemande l’avait traversé le lendemain même
de l’attaque du Grammondo, alors que ses camarades et lui-même
se rendaient au campement. Quand ils ont été pris sous
le feu de l’ennemi, ce fut un sauve-qui-peut. Il n’avait
plus revu ses deux camarades. Après avoir trouvé une
cachette dans un épais roncier, il attendit la nuit pour tenter
de s’éloigner du secteur, et en se traînant, je
ne sais comment, il avait atterri dans cette cabane.
Je lui dis qu’il
était en France, cela le soulage. Je crois comprendre qu’il
est originaire de Toure, un hameau de Vintimille.
Il souffre énormément, il a soif ! Je
vais lui chercher de l’eau, lui lave la plaie et partage mon
maigre repas. Je l’installe un peu plus confortablement et lui
dis que je viendra le revoir le lendemain matin, de très bonne
heure, avec des médicaments. Il faut dire que cet endroit est
à deux heures de marche de Castellar.
Le soir , rentré
au village, je me rends chez M. Jean Peglion, propriétaire
de l’hôtel des Alpes. Infirmier durant la guerre 1914-1918,
il était resté l’infirmier du village, hommes
de cœur, dévoué, serviable. Rares sont les Castellarois
qui n’ont pas eu recours à ses services. Je
lui explique ce qui m’arrive. il veut venir avec moi, puis renonce
et me donne une petite trousse de premiers secours. Le lendemain matin
de très bonne heure, j’étais là-haut, mais
grande fut mas stupéfaction : le blessé n’était
plus là, il n’y avait plus personne. Je l’ai cherché
partout, introuvable !
J’étais déçu et inquiet en même temps.
Je reviens au village de Castellar.
A la hauteur de la Fontaine, rue de la République, je rencontre
le gendarme Le Pochard, de la Brigade de Menton, d’origine bretonne,
un Résistant qui sera blessé au Pont Saint-Louis, lors
de la Libération de Menton avec les troupes canadiennes (où
le lt. Laporte sera tué). Il me dit que le Cdt Breaudat [4]
l’avait mandaté à Castellar, avec la mission
de me contacter pour aller chercher des ordres au P.C. du capitaine
Boyer, qui se tenait chez M. Lamolle, au quartier St-Roman.
Evitant les chemins traditionnels, après des détours,
je me rends au rendez-vous fixe. Il ne faut pas oublier, que sur le
plateau du Lavagin, chez M. Tiberti, il y avait quatre batteries avec
près de cent cinquante Allemands, sans compter les patrouilles
des sections S.S. aux brassards rouges, qui quadrillaient la région
et contrôlaient tout ce qu’elles voyaient. Sur leurs gardes,
les camarades m’ont vu arriver et m’interpellent. après
mes salutations, je leur raconte ce que j’ai vu dans le secteur
du Grammondo-Mulacier. Alors que le Cdt Boyer me dit ceci :
- Nous avons tenu une réunion avec les responsables de
la Résistance française chez le Cdt Breaudat, celui-ci
te connaît bien, il m’a dit que tu es l’homme qu’il
nous faut, tu connais le coin comme ta poche. Il faut que tu prennes
contact avec les maquisards qui se trouvent en France depuis quelques
jours, après l’attaque allemande.
« Tâche de savoir combien ils sont ! Que comptent-ils
faire ? Quelles sont leurs intentions, et surtout quels sont leurs
besoins ?
Dis-leur que nous tâcherons de les aider, mais, surtout, dis-leur
qu’aucune action ne devra être engagée sans notre
accord.
Dis-leur qu’ils sont en territoire français et que les
ordres doivent émaner de la Résistance française.
Conviens avec eux d’une cache pour les messages. Sois prudent
! Ouvre l’œil ! Ta mission n’est pas sans danger
».
Je lui réponds que je ne pourrai satisfaire ses ordres que
le lendemain, car je dois me rendre à Monaco, pour mon travail.
C’est ainsi que le lendemain soir, j’arrivais à
21 heures a Castellar, et repartais vers la montagne pour accomplir
ma mission.
A minuit, j’arrivais à la ferme de Serre del Poux. Je
m’allonge sur le foin de la grande mais je ne peux dormir. Et
bien avant l’aube, je pars vers le Mulacier.
J’envisage de me poster sur un point culminant, derrière
le rocher, ou un buisson, afin de me camoufler. Et de ce point de
guetteur, je pourrais surveiller toute la vallée ainsi que
les sentiers. Je traverse le petit sentier qui vient du Col de Trattor
et qui va au Col de l’Albaréa, et je m’installe.
Une frange blanchissante
enrobait à l’Est toute la ligne des crêtes et se
profilait sur la ligne d’horizon de la mer. L’aube d’un
matin de juillet se levait sur la terre des hommes. Sa clarté
envahissait lentement mais progressivement le ciel. Le chant d’une
alouette très matinale, montant dans le ciel, d’autres
oiseaux saluaient, à leurs manières, la naissance d’un
nouveau jour, cet hymne s’élevant de la terre vers les
cieux. La rosée matinale décorait de milliers de petites
perles toute l’herbe verte ; un doux mélange de divers
parfum, lavande, thym, serpolet, genêts… s’associant
pour embaumer l’air matinal et frais. En cet instant, je pensais
à la vie, au monde, à cette sacrée guerre qui
dure depuis plus de quatre ans, et qui ne finit pas. Quelle triste
jeunesse nous avons ! Pourquoi, oui, pourquoi cela ? A quoi cela sert-il
? Des questions tournent dans ma tête et ne trouvent pas de
réponses. Quand la sagesse aura-t-elle le dessus ? Homme, pauvre
mortel, qui arrive poussière et repartira en poussière
! La vie n’est qu’un passage, un éclair ! Pauvre
humanité, pauvre monde ! Quelle image tu nous donnes en ce
moment!
Le soleil caresse la cime du Razet, et des voix me rappellent à
la réalité. Cinq hommes, venant du Col du Trettor, chargés,
se dirigent vers l’Albaréa. je distingue mal leur habillement
: ils sont armés, fusil à l’épaule, ils
parlent, quelques bribes de patois italien me parviennent, les deux
derniers ne disent rien. Quand l’un dit à l’autre
en français : Adolphe, on se repose un peu ? –
T’as raison, répond l’autre. Tous quittent
leurs fardeaux sur le bord d’une « planche ». Je
pense que j’ai trouvé ce que je cherche. Je quitte ma
cachette et descends vers eux.
L’un des hommes me voit et arme son fusil. Je leur fais des
signes d’amitié.
Près d’eux, je reconnais Faldella, un copain originaire
de Carnolès, à Roquebrune-Cap Martin. En souriant, il
me dit : - Tiens, toi ici, qu’est ce qui t’arrive
? C’est un ancien marin, du « Strasbourg »
je crois, démobilisé après le sabordage de la
flotte de Toulon, en novembre 1942. Il me présente à
ses camarades. L’autre Français était Adolphe
Rostagni, un Sospellois, les trois autres des Italiens. Un courant
de sympâthie et de fraternité passe : tous haïssent
le fascisme et le nazisme qui ont fait tant de mal leur familles,
tous sont déterminés dans la lutte. Ils me racontent
leur épopée.
Après l’attaque allemande au Grammondo, ils ont traversé
la frontière, erré trois jours dans le secteur du Bosc.
En raison de leur situation précaire, ils ont ensuite gagné
le secteur de l’Albaréa. pour l’heure, ils reviennent
du ravitaillement. Faldella me précise que leur chef est au
camp, et que c’est lui le chef de mission. Je lui fais part
du motif de ma présence à cet endroit, et lui communique
les ordres de la Résistance française, qui sont très
stricts. Ils sont entièrement d’accord : d’ailleurs
ils ne sont pas en mesure d’envisager une action, leur armement
étant insuffisant. Quant aux besoins, ils sont énormes
: des armes, des munitions, des vivres surtout ! Ils craignent une
autre attaque allemande, mais ils sont confiants. Ils me demandent
la situation sur le front de Normandie. Je les rassure, les troupes
alliées avancent. Je leur dit qu’un parle beaucoup d’un
autre débarquement…
Je leur recommande
la prudence et de rester sur leurs gardes : quand la bête est
blessée, elle devient dangereuse et terrible. Je leur raconte
ma rencontre avec le maquisard blessé au genou et qui avait
disparu. Ils m’expliquent alors que sept gars sont portés
manquants à l’effectifs et qu’ils ne savent pas
ce qu’ils sont devenus.
Poignées de mains. Je les quitte en prenant rendez-vous, non
sans avoir fixé la boîte aux lettres, sous le banc de
pierre de la ferme du Serre el Poux.
Je rentre à Castellar pour rendre compte de ma mission. Chez
M. Lamolle étaient présents M. Boyer et l’adjudant-chef
de gendarmerie Bertrem, responsable du maquis de Segra. Les questions
fusent… Je raconte, détails après détails,
le film de ma journée : les maquisards, respecteront les ordres
transmis, mais j’insiste sur le problème du ravitaillement.
Bertrem dit qu’il s’en occupera avec les gens de Sospel.
Je saurai plus tard que cela s’est fait, M. Chiabaut me l’a
confirmé.
[haut de page]
l'attaque
du 4 août
Je remonte voir
les maquisards à leur campement une semaine après. Je
leur apporte quelques pains, du tabac et un litre d’huile. Ils
sont contents de me voir et me demandent des nouvelles des fronts
de guerre, la Normandie, le front russe. Les nouvelles sont bonnes.
Je m’aperçois que l’effectif du camp n’est
pas complet. Faldella me dit que deux sont de garde à un poste
assez éloigné, pour assurer la sécurité,
et que deux autres sont partis à la corvée de bois,
avec un déserteur « tchèque » de l’armée
allemande, venu de Sospel les rejoindre. Flairant un danger, je demande
si ce déserteur est venu avec son arme. C’est non. Je
n’hésite pas une seconde : « C’est un
mouchard, s’il revient, abattez-le ! ». mon conseil
ne sera pas suivi, hélas !
Je quitte mes amis et leur fixe un nouveau rendez-vous pour le 4 août.
Quelle fatalité ! Le matin de ce vendredi 4 août, bien
avant l’aube, je suis à la ferme du Serre del Poux, attendant
que l’aube se lève pour reprendre ma mission. Il n’est
pas question en effet de continuer mon chemin maintenant car, dans
la forêt de l’Albaréa, la nuit, on ne distingue
rien.
Quand l’aube apparaît à l’est, je reprends
ma route. Il fait déjà chaud, et, à la source
de Sambuc, je pose mes sacs pour me désaltérer. Prenant
l’eau à deux mains, je m’asperge le visage. Cela
me réveille tout à fait. Après la forêt
de sapins de Campanin, je suis en vue du col de l’Albaréa,
et là, stupéfait, écartant les paupières
pour mieux voir, je reste figé sur place, collé au sol.
Je vois descendre du colde Roulabre, en direction du col de l’Albaréa,
une colonne allemande en tenue de combat !
Tout en ne quittant pas des yeux la colonne, je m’écarte
du sentier. Je n’entends pas un mot, pas un ordre. Seuls, quelques
cliquetis d’armes ou de bidons me parviennent. Quelle direction
vont-ils prendre ? Les premiers arrivants au col n’hésitent
pas et s’engouffrent sur le sentier de l’Albaréa.
Je comprends alors ce qui va se produire.
Je suis resté un certain temps prostré dans ma cachette.
Puis j’ai dû me résoudre à fuir ces lieux
devenus dangereux. Il ne me restait qu’à battre en retraite.
Abandonnant le chemin, je descends vers Ciambairo. J’évite
le col de St-Bernard, par crainte de rencontrer une patrouille S.S.
Je passe par la Comdamine et finis la journée au Menaud.
Beaucoup de questions se posaient : que s’est-il passé
là-haut ? Ont-ils pu fuir ? Ont-ils été tués
? Une inquiétude me saisit : les prisonniers parleront-ils
de moi sous la torture ? Le soir, à la tombée de la
nuit, je me rends au P.C. de Lamolle, disant mes inquiétudes.
Le capitaine Boyer me dit : « tu vas rester ici, ne rentre
pas chez toi, dans quelques jours nous serons fixés ».
Mes camarades du maquis n’ont pas parlé : Il n’y
a pas eu de suite à mon endroit.
Ici se termine le récit de ma modeste mission avec les maquisards
de l’Albaréa. Le 20 août, je groupe Nettu viendra
sur la commune de Castellar. J’étais à St Bernard
ce jour là, accompagné du capitaine Jacques Alberto,
et j’ai côtoyé ces combattants jusqu’à
la libération. Mais cela est une autre histoire. Je laisse
la parole aux gens de Sospel qui furent les témoins des derniers
moments dramatiques des malheureux maquisards prisonniers des Allemands.
[haut de page]
Le drame de Sospel
Recherches
de Benoît Gaziello
La
capture
Dans la nuit du jeudi 3 août 1944, les troupes allemandes du
bassin de Sospel sont en alerte. Un grand déploiement s’effectue
très tôt le matin du 4 août. Des éléments
partent de Sospel pour Castillon, via le Scuvion, le Razet, Roulabre,
la Baisse, Albaréa ; d’autres par Pian German. Toute
la partie haute de la montagne est bouclée.
Deux autre groupes partent du chemin vicinal Sospel-Castellar, d’autres
montent par le chemin de Suez, la Valette et l’encerclement
est définitif. L’opération est soigneusement montée
par des stratèges [5].
Au lever du jour, l’attaque commence. Les maquisard sont surpris
: beaucoup dorment encore. Ils sont dans l’impossibilité
de se défendre. Cela commence par un arrosage d’armes
automatiques et de lance-grenades. Certains maquisards tentent de
résister et font le coup de feu, mais les forces en présence
sont trop inégales. D’autres tentent de fuir, hélas
sans succès.
Deux maquisard se terrent dans la paille, celle-ci brûlera sur
eux, mais ils échapperont ainsi à la capture et à
la mort. Deux maquisards sont tués lors du combat : Uora Dardone
et Giovanni Vesquo [6].
Les Allemands, par porte-voix, demandent aux survivants de se rendre
et de déposer les armes. N’ayant pas le choix, ils obéissent.
Ils ne se doutent pas du sort qui leur est réservé.
Mais d’abord les nazis leur font enlever les chaussures et leur
attachent les mains derrière le dos. Ils sont emmenés,
pieds nus sur le sentier pierreux et plein d’épines.
Deux heures après, ils font leur entrée dans Sospel
où ils sont internés à la caserne Salel. Les
portes de l’enfer se referment sur eux !
[haut de page]
Le
calvaire
La longue agonie
commence. Interrogatoires musclés de jour et ne nuit, sans
manger ni boire, tortures, coups assénés en permanence
avec un gros gourdin de bois vert dont l’écorce éclate,
s’arrache et se couvre de sang…
Les Sospellois et les Sospelloises qui vécurent ces moments
ont encore en mémoire les plaintes, les cris de douleir, les
hurlements de souffrance, les appels au secours qui parvenaient à
leurs oreilles, et leur donnaient le frisson de la peur.
Cet ignoble traitement dura plus de huit jours. Le maire de l’époque,
M. Domérégo, fit une démarche auprès de
l’occupant afin que cesse ce supplice. Rien n’y fit, les
barbares refusèrent. Tous les raffinements de la cruauté
furent mis en œuvre, et pour conclure, les barbares annonçaient
à leurs victimes qu’elles étaient libres et qu’elles
pouvaient partir.
Se tenant les uns aux autres, les maquisards se dirigèrent
vers la sortie. Une fois arrivés à mi parcours, les
brutes lâchèrent les chiens bergers allemands. Comme
des fauves, les bêtes se ruèrent sur les malheureux,
plantant leurs crocs puissants, excités par leurs maîtres,
sous les rires des troupes du cantonnement.
Sous de tels traitements, le manque de soins, le manque de nourriture,
et la chaleur du mois d’août aidant, l’infection
et la maladie les terrassèrent.
Aussi ce sont des morts-vivants que, ce samedi 12 août 1944,
les Allemands chargent sur une voiture hippomobile bâchée,
attachés en trois groupes par des cordes.
Ces cordes, le jeune Daniel en lavera le sang au bassin de la fontaine,
face au garage Michaud, devant l’officier allemand qui lui dit
: « Ne les coupez pas, elle serviront pour d’autres
» (Peut-être l’Allemand pensait-il à une
prochaine attaque sur le maquis de Segra).
Entouré par le peloton d’exécution, le sinistre
cortège traverse tout Sospel pour se rendre au clos de la coopérative.
Il parcourt une ville tremblante de peur, mais qui serre les poings.
Volets clos, les femmes se mettent à genoux dans leurs maisons,
font le signe de la croix et prient. Pas un cri, pas une plainte ne
sort du cercueil ambulant. Dans la cour de la coopérative,
les nazis déchargent ces demi-morts qui s’affalent aux
pieds des piliers de pierre.
La
fusillade du peloton assassine ces corps pour la deuxième fois.
Ils sont abandonnés sur place. Le jeune Dominique Daniel avait
quitté son travail à midi, chez Charles Rey, transporteur,
et se rendait chez ses parents. C’est de la maison, pendant
le repas, qu’il entend les détonations. Son père
dit : « Ils les ont tués ». Dominique
sort et gagne la place de la mairie.
Le maire, M. Domérégo, sort de celle-ci avec l’officier
allemand venu l’informer et lui donner l’ordre d’enlever
les corps des quinze maquisards, de faire creuser une fosse commune
au cimetière, et de les enterrer sans cercueils, sans cérémonie
d’aucune sorte, en ne laissant aucune trace.
Dès que le maire aperçoit le jeune Daniel, il l’interpelle,
lui ordonne d’aller quérir chez son patron une voiture
et des hommes pour charger les morts et les transporter à la
chapelle Sainte-Anne, près du cimetière, en attendant
que la fosse soit creusée.
Une camionnette ayant à son bord Dominique Daniel et le chauffeur
Eddy Burzio se rend sur les lieux. Un terrible spectacle les attend.
Rendus méconnaissables par les tortures, les quinze corps ensanglantés
gisent, entassés les uns sur les autres.
Les Sospellois requis, auxquels s’étaient joints Germain
Albin, dit «Pascalin», et le garde Le Prompt, eurent du
mal à détacher les cordes qui liaient les corps, et
qui s’étaient incrustées dans les chairs enflées,
puis à les hisser sur le plateau de la camionnette, sur lequel
Dominique Daniel était monté pour les aligner. Travail
exténuant pour ces hommes, tachés de sang sur leurs
mains, leurs visages, leurs vêtements.
A la chapelle Saint Anne, où quelques personnes attendaient
[7], le chanoine Gouget vint en cachette bénir
les corps et dire aux gens de partir : les Allemands avaient pris
place autour du cimetière : une trentaine d’hommes en
armes, avec deux mitrailleuses. Toute cérémonie aurait
été durement réprimée.
Le maire avait requis quatre hommes, dont Marius Mior, très
jeune lui aussi, qui raconte : « Nous partîmes vers le
cimetière avec pics et pelles, et nous mîmes au travail.
Tard dans la soirée, la fosse était prête. A la
chapelle, les corps avaient reçu une sommaire toilette mortuaire
faite par quelques femmes dont Angélique Bosio. Elles allèrent
même chercher des linges pour protéger les visages de
la terre. Dans la fosse trop étroite, les corps furent serrés
les uns contre les autres. Les quinze jeunes patriotes, français
et italiens, restaient unis dans la mort, comme ils l’avaient
été dans le combat pour la liberté [8].
Hélas, pour Sospel et ses habitants, la guerre n’était
pas finie, d’autres épreuves les attendaient : la faim,
la peur, les bombardements américains puis allemands, les razzias
sur les biens et le cheptel, les fusillés et pour finir, l’exode
vers l’Italie. Ah, que maudite soit la guerre !
Les Allemands quittèrent Sospel le samedi 28 octobre 1944,
mais la libération s’arrêta aux portes même
de la cité. Il faudra attendre le 25 avril 1945 pour que la
liberté et la fin des combat devienne ici une réalité.
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Benoît Gaziello,
Armée Secrète
F.T.P.F.- F.F.I.
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