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Témoignages :
Eugène CHABERT
Emile MERCANTI
Paul ROSSI
"Angelo" TADDEI
présentés et commentés
par
Georges ALZIARI
Notes de
lecture :
(1)
L'historien Jean-Marie Guillon écrit : "... sous la
direction de Jean Bertolino, syndicaliste évadé du camp
d'internement de St Sulpice la Pointe, et du responsable F.T.P. départemental
René Faurite".
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(2)
Emile Gaffino
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(3)
En raison des attentats de la M.O.I. de Fréjus et de Saint-Raphaël
contre l'armée d'occupation italienne.
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(4)
Cinq locomotives sabotées le 4 juillet
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(5)
Etait-ce la Milice ? La Milice n'est pas armée à
cette époque. Il pourrait plutôt s'agir des G.M.R. (Groupes
mobiles de Réserve)
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(6)
Sept locomotives sabotées le 25 août à Carnoules
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(7)
C'est l'époque de la capitulation italienne. Les soldats
italiens de Toulon se repliaient vers la frontière.
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(8)
27 et 28 septembre 1943
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(9)
Emile Mercanti prendra d'importantes responsabilités dans
la Résistance à Nice. Lieutenant F.F.I., chef de la
38° compagnie F.T.P., il participera au dernier assaut du 3°
R.I.A sur la crête des Alpes en 1945.
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(10)
L'historien J-M Guillon note à cette époque des
dispersions à Flassans, Brue-Auriac, le Beausset...
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(11)
Paul Battaglia avait deux frères, Marcel, qui sera tué
à Sionnes (B.A.) le 27 mars 1944, et Joseph, responsable du
F.N. du Var, mort en déportation
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(12)
"Liban" se nommait Albin Bandini, ouvrier à l'Estaque,
à Marseille. Après son commandement dans les Basses-Alpes,
il fut muté dans les Alpes-Maritimes où il fut arrêté
en avril 1944. Nous avons ignoré jusqu'en 1992 comment il mourut.
Des recherches effectuées en Allemagne permettent de pensser
qu'il fut le 11° fusillé du 11 juin 1944 à Saint-Julien
du Verdon.
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(13)
Pour la suite des combats de la Première Compagnie de Provence
dans les Basses-Alpes, on peut lire l'important livre de Jean Garcin
: "De l'armistice à la Libération dans les Alpes
de Haute-Provence"
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Lire aussi :
Les Recherches de Jean-Marie Guillon
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Dans
la forêt des Maures
Le 16
février 1943, alors que notre région vit sous l’occupation
italienne, le gouvernement Laval promulgue la loi sur le « Service
du Travail Obligatoire » en Allemagne (S.T.O). Les ordres de
départ parviennent, par les soins des gendarmes, aux jeunes
gens nés en 1920, 1921, 1922. Naturellement, un certain nombre
d’entre eux refusent de partir et se cachent.
Dans les semaines qui suivent, les organisations clandestines de résistance
entreprennent de créer des « maquis », où
se rassemblent, en plus des réfractaires au S.T.O., des résistants
en fuite recherchés par la police. Il faut trouver une zone
de forêt où l’on peut se cacher avec, aux alentours,
pour le ravitaillement, des amis dans la population.
Au mois de mars, un groupe s’installe dans les Maures, sur les
hauteurs de Sainte-Maxime. C’est le début : aucune expérience,
aucun matériel, aucun mouvement populaire suffisamment amorcé
pour soutenir ceux qu’on n’a pas encore l’habitude
de considérer comme des patriotes. Ces deux douzaines de jeunes
ont l’appétit aiguisé par le grand air. Des maquisards
racontent :
Paul ROSSI
Nous sommes dans une région pauvre et sauvage, un petit groupe
de sept, le plus vieux a 24 ans. Une toile de tente à trois
places, deux couvertures, tel est le premier maquis F.T.P. («
francs-tireurs et Partisans ») du Sud-Est.
J’arrive, quelques jours après la formation, avec Jules,
portant tous deux un fusil de chasse. On nous accueille avec joie.
Je vais jeter un coup d’œil sur les armes : quelques fusils
de chasse, et deux 6,35 rouillés. Tous les jours arrivent de
nouvelles recrues, en chaussures de ville, sans vêtements chauds,
sans couvertures !
On rit quand même … Quand nous partons au ravitaillement,
à pied, sur la longue route, nous imaginons les miches de pain,
les pommes de terre, les haricots, la viande, que nous allons sûrement
ramener. Nous retournons au camp fourbus de nos 24 kilomètres,
l’estomac hélas aussi léger qu’à
l’aller.
Lilou, un responsable de camp, réussit à disposer de
30 kilos de blés en signant un faux contrat de paysan : notre
pain sera désormais du blé moulu et bouilli.
Nous habitons une ruine sans toit. Une bâche barbotée
à la compagnie des Chemins de fer de Provence nous abrite de
la pluie. Le soir, dans le grand silence des forêts des Maures,
« Liban » évoque pour nous les délices du
pigeon aux petits pois ou de la dinde aux marrons.
Eugène
CHABERT
Les débuts sont très difficiles en raison du manque
de ravitaillement. Nous avons deux kilos de pain par jour pour vingt-cinq
hommes, nous faisons bouillir des feuilles de vigne et des ronces.
Les 25 jeunes rassemblés ont une activité nulle jusqu’en
mai où le camp est attaqué par les gendarmeries de Sainte-Maxime
et Draguignan. Une dizaine de gars sont capturés, parmi lesquels
Philippe Giovannini (Souny), qui s’évadera par la suite
(en janvier 1944).
Le camp se réforme à Cargues, près des mines
du Pic-Martin et du hameau des Mayons, sous les ordres de Jean «
Bellon » (1) , interné politique
évadé. L’effectif rescapé de Sainte-Maxime
se voit renforcé de nouvelles recrues et atteint 30 hommes.
Les maquisard
ont appris, en mai 1943, la capture à Nîmes, le procès
et l’exécution à la guillotine, le 22 avril, de
deux combattants F.T.P. : Vincent Faïta et Jean-Robert.
C’étaient deux membres d’un groupe qui, depuis
plusieurs mois, dans le Gard et l’Hérault, avait multiplié
les sabotages et les attentats anti-allemands. Les maquisards des
Maures décident que leur camp s’appellera désormais
« camp Faïta ». Plus tard, un autre s’appellera
« camp Robert ».
Ecoutons une recrue venant de Nice, en juin 1943. [haut
de page]
La
montée au maquis
Emile
MERCANTI
Fils d’immigré italien, je suis en 1943 âgé
de 24 ans, coiffeur à Nice, 72, avenue de Candia. Un camarade,
coiffeur comme moi, me demande un jour si je ne veux pas partir avec
lui dans le maquis. Je ne suis pas surpris : moi non plus je ne peux
plus supporter les fascistes italiens, je ne veux plus voir ces légionnaires,
ces S.O.L. tous à plat ventre devant ce vieux faux jeton de
Pétain et son sinistre Laval. Moi aussi, je veux faire quelques
chose.
Terroriste ? Pourquoi pas ? Quelques jours après, je discute
avec « Michel Raspail » (2) , un résistant
recherché par la police de Pétain. Le 7 juin 1943, lui
et moi allons ensemble à la gare de Cagnes sur mer, où
je dois prendre le train de midi moins le quart. Avant le départ,
Raspail m’explique avec franchise les difficultés qui
m’attendent dans ma nouvelle vie. En gare de Gonfaron, je descends
du train et retrouve mon camarade Emile.
A la sortie de la gare, des gendarmes : nous sortons normalement,
je suis en situation légale. Un gars à bicyclette s’approche
de nous. Après le signe de reconnaissance, nous partons tous
les trois. Nous traversons le village. Le gars entre dans un bureau
de tabac, nous disant de continuer notre route. Nous marchons trois
quart d’heure, puis nous cassons le croûte avec appétit,
en plein bois : nos parents s’étaient sacrifiés
et avaient garni nos musettes. Nous ne savons pas encore où
nous allons.
Enfin notre camarade arrive. Il nous parle du camp où
nous allons, mais aussi de sa femme niçoise et de ses deux
enfants. Chacun raconte son histoire.
Tout à coup nous entendons le bruit d’un moteur, nous
voulons nous camoufler mais le camarade qui nous conduit nous rassure
: c’est la camionnette de la mine qui vient nous chercher. Le
chauffeur est le ravitailleur du camp.
La camionnette nous évite une marche de six kilomètres.
A la mine, trois gars sont venus à notre rencontre : nous leur
serrons la main comme a de vieux camarades. Un vieux coupe de gardiens
nous désaltère (les ouvriers sont en congé),
puis nous reprenons notre marche par les sentiers de montagne. Au
bout d’une heure, nos guides se mettent à faire des signaux,
pour avertir les sentinelles.
Nous voilà arrivés : nous sommes reçus à
bras ouverts. Il y a là une vingtaine de jeunes, tous en caleçons
pour économiser les vêtements : heureusement il fait
chaud.
Ils ont tous les cheveux longs jusqu’au cou. Lorsqu’ils
apprennent que suis coiffeur, quel bonheur !… Demain, j’aurais
du travail !
Les cuisiniers ont préparé la soupe. La nuit, nous
rejoignons un cabanon où les paysans font sécher les
châtaignes. Jean, qui est le chef de camp, donne ses ordres
aux sentinelles, puis il nous présente les uns aux autres :
Voici Totor, Pierre, Mimile, René… Je vois que Jean est
un chef aimé et respecté : il a déjà fait
ses preuves, participé aux actions, une volonté de fer,
un grand courage. C’est un responsable de la C.G.T du Var, emprisonné
déjà par la police de Daladier. Evadé au bout
d’un an et demi, il a gagné le Massif des Maures, se
faisant passer pour un bûcheron et avec l’aide de deux
gars rescapés du camp de Sainte Maxime attaqué par les
gendarmes et gardes mobiles. Ils ont laissé neuf camarades
prisonniers des gendarmes, avec leur armement et avec peut-être,
disent-ils, des morts et des blessés.
Notre camp est à Cargues, à 6 kilomètres des
Mayons. Le ravitaillement est presque inexistant. Au fil des jours
et des marches, nos vêtements et nos chaussures sont en loques.
Au camp nous marchons pieds nus. Nous utilisons les deux paires de
souliers qui restent à tour de rôle pour les missions
en ville. [haut de page]
A
la recherche des armes et du ravitaillement
Emile
MERCANTI
Il y a ici peu d’armes : quatre revolvers, quelques fusil de
chasse pour vingt hommes et pas d’explosifs. il faudrait pourtant
arriver à paralyser les transports des Boches en direction
de l’Italie. tous les jours, nous partons en mission pour chercher
à récupérer des armes sur les soldats italiens
et aussi pour le ravitaillement. Peu à manger : des feuilles
de mûres bouillies, des serpents et des tortues. Tous les gars,
armés ou non armés, sont volontaires pour n’importe
quelle mission.
Nous avons aussi « fait » les mairies pour nous procurer
des tickets d’alimentation, mais il faut des commerçants
complices pour accepter ces tickets. Nous organisons aussi notre ravitaillement.
La femme d’un camarade fait tout son possible pour nous procurer
des légumes.
U n jour, quatre camarades partent pour la mairie de Salernes. Ca
se passe mal : l’opération terminée, trois sont
arrêtés par les gendarmes, sauf René, resté
en arrière.
Nous avons trouvé de vieilles savates, car il faut marcher
presque toutes les nuits, des dizaines de kilomètres, les pieds
en sang.
Un soir le chef Jean nous réunit au cabanon et nous dit
avec des larmes dans les yeux : « Camarades, je ne peux
pas vous retenir davantage ici, c’est vraiment trop dur pour
vous… » Aucun de nous n’a voulu partir.
Nous apprenons qu’à une quarantaine de kilomètres
se trouve une fabrique de chaussures pour la police. Une expédition
nous permet de ramener au camp, le sourire aux lèvres, 55 paires
de souliers : c’est une affaire, car non seulement tout le monde
est chaussé, mais nous avons aussi une réserve pour
les nouveaux arrivants.
Quelques temps après , nous apprenons qu’à
une vingtaine de kilomètres se trouve un stock de sardines
à l’huile destiné au marché noir. Nous
partons plusieurs (dont un camarade qui, plus tard, sera fusillé
en Savoie) et ramenons 50 boîtes. Le reste, nous le dispersons
sur la route pour la population.
Jules et moi sommes spécialisés dans la recherche
des explosifs et des armes à Favence et à Nice, où
le camarade Niessel en a caché un peu partout. Nous nous sommes
ainsi peu à peu armés en revolvers.
De Favence, nous ramenons des munitions qu’un camarade avait
camouflées, aidé par des « légaux ».
Le plus difficile est de tout transporter. Combien de fois mon camarade
et moi avons risqué l’arrestation par des barrages de
policiers ou d’Italiens… surtout du côté
de Fréjus et de Saint-Raphaël, infestés de Gestapo
(3) .
Pour faire sauter les voies ferrées de Carnoules (4),
Vidauban, Le Muy, et les transformateurs, il faut de la dynamite,
du cordon Bickford, des détonateurs. Nous allons les chercher
dans les mines de bauxite, au Cannet-des-Maures, au Luc, un peu partout.
Nous avons beaucoup détruit de wagons de marchandises destinées
aux Boches. [haut de page]
Première
dispersion
Eugène
CHABERT
Le 13 juillet, le camp subit une nouvelle attaque des gendarmes et
de la Milice, qui mettent le feu à la forêt (5)
. Le camp se divise en trois :
- Le camp « Faita », qui reste dans les Maures
- Le camp « Robert », qui va s’installer dans le
Haut-Var, à Saint-Martin des Pallières, sous les ordres
de Bibia (Pierre Rivault, de Tours)
- Le camp « Liban », qui se rend à Figanières,
près de Draguignan.
Je reste au camp Faita. Une fois le camp réorganisé,
notre principale activité consistera en des sabotages, des
exécutions de dénonciateurs et des attaques de véhicules
isolés allemands (6) .
Dans la nuit du 28 au 29 août 1943, date anniversaire de la
Légion, nous avons fait une grande démonstration : les
ponts routiers de Vidauban et Pignans sautent, ainsi que la voie ferrée.
Le trafic est interrompu entre Saint-Raphaël et Carnoules pendant
24 heures. Une micheline déraille à Salernes.
Paul ROSSI
Nous souffrons de la faim, de la soif, de la chaleur. Un mois sans
matière grasse ni viande, vingt-trois jours sans pain, du blé
moulu et bouilli avec des courgettes… une sécheresse
sévère sévit dans le midi : nous buvons l’eau
des citernes des bergeries abandonnées. On peut imaginer notre
état physique et moral. Toute la journée affalés
à l’ombre des buissons, nous attendons la fraîcheur
de la nuit en discutant, en rêvant à quelques chimères
mais sans jamais que soit ébranlée notre foi en la victoire.
[haut de page].
Les
renforts de l'armée italienne
Emile
MERCANTI
Au mois de septembre 1943, je pars en mission à Toulon en rapport
avec l’éventuel passage au maquis d’une cinquantaine
de Serbes. En revenant, en gare de Gonfaron, un camarade me signale
qu’il y a dans les environs des soldats italiens armés
qui se cachent. Je me mets à leur recherche. Une fermière
sur le bord de la route me dit qu’elle en a vu traverser le
bois de bonne heure. Je les cherche longtemps dans la forêt,
et comme je m’impatiente,je profère quelques blasphèmes
en italien.
Aussitôt les branches bougent et quelqu’un me fait signe
et me demande si je suis un soldat italien.
Pour le rassurer je lui dis « Oui » et je le suis
à travers les broussailles. Après avoir traversé
la rivière j’arrive parmi une trentaine de soldat et
d’un jeune sergent-chef. ils sont bien armés : fusils-mitrailleurs,
mousquetons, revolvers, munitions et… ravitaillement (7).
Je leur dis qui je suis, ils sont très surpris. Il me
faut des heures de palabres pour les convaincre, mais finalement ils
me suivent à travers la montagne. J’ai des difficultés
à m’orienter car je ne veux pas longer la rivière,
craignant la présence de postes allemands. En réalité,
je me trompe complètement de route. Après dix heures
de marche épuisante où je suis tombé dans un
ravin plein de buissons épineux qui déchirent mes vêtements,
nous arrivons en face de Gonfaron, mais là tous se «
dégonflent ». Ils sont fourbus, découragés.
Ils ne veulent plus rien savoir de la guerre, et n’ont qu’une
pensée : rentrer chez eux. Ils m’abandonnent leurs armes.
Les pauvres types me quittent, j’ai leur amitié, quelques-uns
ont les larmes aux yeux.
Je peux prévenir mes camarades de venir chercher les armes.
Le lendemain, nous arrivons au camp avec notre précieux chargement.
Surprise : il y a déjà là une centaine de soldats
italiens !
Ainsi, grâce à la capitulation de l’Italie,
et à notre esprit d’initiative, nous possédons
des armes pour 120 hommes, une quinzaine de mulets et cinq superbes
chevaux, des munitions en quantité et du ravitaillement.
Nous sommes en relation avec d’autres camps de réfractaires
au S.T.O. Nous parcourons le massif des Maures, sur nos chevaux, à
la recherche des soldats égarés. [haut
de page].
Les attaques
allemandes et vichystes
Emile
MERCANTI
Désormais, c’est aux Allemands que nous aurons affaire.
Une nuit, une quinzaine de camarades, avec Jean en tête, vont
à Carnoules où se trouve un poste boche. Ils attendent
que tous soient endormis, pénètrent dans leur magasin
et emportent couvertures et tricots. C’est que les nuits commencent
à devenir fraîches sur notre montagne !
Une autre nuit, je me trouve avec un camarade et une dizaine de maquisards
italiens à Gonfaron que nous devons traverser. Mais à
la sortie du village, nous voilà face à une patrouille
de cinq ou six Boches. Ils nous somment de nous arrêter. Mais
nous continuons, nos pistolets à la main. Aussitôt, les
Boches foutent le camp en gueulant : les Italiens n’en reviennent
pas.
Bientôt, nous allons subir les attaques, car il y a toujours
des mouchards. Un soir, nous constatons que nous sommes encerclés
de tous côtés, par les Allemands, les gardes mobiles,
les gendarmes (8). Ils tiraillent de toute part.
nous rassemblons chacun notre barda, et en bon ordre, nous abandonnons
Cargues, gagnons la crête. Jean et une petite troupe restent
en arrière pour protéger notre repli.
Michel et moi assurons la marche des hommes jusqu’à
Cros-de-Mouton où nous arrivons vers 11 heures, le lendemain,
par un grand froid, en n’ayant mangé que quelques biscuits
et de la confiture.
Jean arrive à cheval, et nous repartons pour cantonner à
700 mètres d’altitude. Heureusement nous utilisons les
mulets : sans eux nous aurions laissé beaucoup d’armes
et de matériel entre les mains des Boches…
Nous sommes épuisés et affamés. Sur cette montagne,
aucun arbre ne nous protège du vent glacial, terrible, qui
souffle. Nous nous serrons les uns contre les autres pour dormir,
nous claquons des dents. A trois heures du matin, c’est le réveil
pour repartir.
Nous franchissons à nouveau vallées et montagnes, vers
la Verne. Des camarades «légaux » nous signalent
la présence des Allemands lancé à notre poursuite.
Près d’un hameau, des paysans nous permettent de nous
abriter dans leurs granges.
Après quatre jours de repos bien mérités,
le poste de garde nous alerte : des cavaliers approchent par le chemin
de Collobrière. Nous plaçons des embuscades pour les
accueillir. Il s’agit de deux Allemands, avec trois superbes
chevaux et trois fusils. Lorsqu’ils nous voient, la surprise
les foudroie. Ils ne font aucune résistance. L’un avait
33 ans, l’autre 17 ans. Quand le petit nous a dit que sa mère
était devenue aveugle, que son père et sa sœur
étaient morts sous les bombardements, nous les avons traités
comme des frères.
Quatre jours après, nos prisonniers s’enfuient.
Nos recherches sont infructueuses. Nous savons ce qui nous attend.
Jean donne l’ordre de départ, le 29 septembre.
Par malheur un accident m’arrive, et je suis obligé
de rester avec quatre camarades près du hameau. Les autres
sont partis à six heures et demie, à sept heures et
demie, les Allemands sont là. Ils saccagent et pillent les
fermes. Les paysans se sont enfuis avec nos camarades. Nous rejoignons
le groupe le lendemain, anéantis par la faim et la fatigue.
Nous décidons alors de nous séparer en groupes
plus réduits. Rester tous ensemble devient trop dangereux.
Revenus à Cros de Mouton, nous formons plusieurs détachements.
Le mien, de 40 hommes dont 12 Français, doit aller à
10 kilomètres au-delà de Gonfaron.
Nous marchons deux jours et deux nuits, toujours aux aguets car
il faut traverser deux grandes routes et la voie ferrée. Nous
nous cachons dans des broussailles où on ne voit pas à
plus de deux mètres. Aux alentours les troupes boches font
des manœuvres. Une blessure m’oblige a abandonner momentanément
la bataille. Je rentre à Nice (9).
[haut
de page]
La
deuxième dispersion
Eugène
CHABERT
Le camp, avec ses 120 hommes parmi lesquels beaucoup d’Italiens,
se divise en détachements autonomes :
- Le détachement de Corps-francs du Var « Guy Mocquet
», sous le commandement de Popaul
- Le 2° détachement (camp « Tatoué »)
se rend près du Thoronet
- Le 3° est celui de Momon (Le Luc)
- Le détachement de Mimile (camp Faïta) restera dans les
Maures (10).
Cet ensemble de
détachements, formant la « Première Compagnie
F.T.P. de Provence » est d’abord commandé par Georges,
puis par Manuel (fusillé plus tard). En novembre, nous avons
saboté les usines électriques d’Entraigues et
à nouveau les mines de bauxite.
Le corps-franc Guy-Mocquet entreprend les 15 ou 18 décembre
d’attaquer la prison de Draguignan pour libérer nos camarades
du premier camp qui y étaient emprisonnés et menacés
de déportation. 40 kilomètres à pieds, pour aboutir
à l’échec : la porte qu’on ne réussit
point à ouvrir.
Plusieurs expéditions sont organisées contre les Allemands
à Bormes-les-Mimosas. Cela nous vaut une attaque des Allemands.
«
Angelo » TADDEI
Nous sommes attaqués le soir à cinq heures et demie.
Un camarade parti placer des pièges à lapins revient
en courant nous annoncer la présence proche des Allemands.
Quelques camarades réussissent à éviter l’encerclement
en ouvrant le feu, mais nous sommes trois bloqués dans un petit
cabanon : impossible d’en sortir. Nous braquons le devant de
la porte avec nos mousquetons et nous attendons ces messieurs. Un
qui a le malheur de passer devant est tué. La chance nous favorise
: c’est le chef de la bande. Les autres se replient, nous en
profitons pour nous échapper.
Eugène
CHABERT
Le camp Guy-Mocquet se replie sur Signes, le camp « Tatoué
» à Puits-des-campagnes, à la Ste-Baume, ensuite
dans le mont Aurélien, près de Saint Maximim où
nous avons encore des amis.
En octobre, nous avons continué : sabotage du pont entre Toulon
et Saint-Jean du Var, destruction des ponts de Vidauban et Puget-ville,
récupération d’habits et de ravitaillement au
Luc, sabotage de la production de bauxite, attaque de la gare de Carnoules
en vue du sabotage des locomotives.
Au cours d’une expédition, un camarade est pris et fusillé,
par la faute du chef des « gardes-voies ».
Sabotage de l’aiguillage des tramways à Toulon dans le
cadre de la préparation de la grève du 11 novembre 1943
(René Valselli et Venturini y participent : tous deux seront
plus tard tués à Signes)
En raison de l’arrivée de renforts allemands dans les
Maures, le camp Faita se replie aussi vers le mont Aurélien,
en novembre. Là, nous perdons plusieurs de nos chef du camp
Faita devenu responsable à la compagnie, Victor Labize, notre
ravitailleur et aussi notre admirable chef de camp, Jules, de Bormes-les-mimosas
: malgré les tortures de la gestapo il ne révèlera
rien sur nos camps.
Pendant la période de Noël, à notre camp Guy-Mocquet,
près de Signes, nous tentons de faire passer les marins du
camp de Chibron à la Résistance. Deux matelots seulement
nous rejoignent [haut de page].
Le
drame de Signes
Durant
cette période de fin d’année 1943, plusieurs camps
sont encore attaqués par les Allemands, renseignés par
la police française. Celui de Mimile, dans les Maures, sur
les indications du brigadier de Sainte-Maxime, mais surtout, le 2
janvier 1944, le camp Guy Mocquet près de Signes, sur dénonciation
d’un habitant, à qui on fera payer son crime plus tard.
L’un des deux survivants raconte :
Eugène
CHABERT
Nous sommes seize au camp, dans une ferme isolée. Une mission
était décidée pour cinq d’entre nous. A
peine ont-ils pris le chemin du village, parcourant cinq ou six cent
mètres, que des coups de feu éclatent. Un copain paraît
à la porte, mais il se retire car il aperçoit une mitrailleuse.
L’alerte est générale, René Valcelli détruit
tous nos documents dans le feu, puis, pendant que trois gars, dont
je suis, restent en position pour protéger la retraite, les
huit autres se précipitent à l’extérieur
et , avec une mitraillette et quelques fusils, commencent l’attaque
des Allemands qui nous encerclent. Ils luttent comme des démons.
La fusillade dure plus de deux heures. Tous sont tués. Les
trois restés à la ferme peuvent à la faveur de
la fusillade s’échapper par une partie de terrain non
encore tenue par l’ennemi.
Dix camarades
sont morts dans ce combat :
- le chef de camp, Pierre Valcelli (René) de Salernes, 22 ans
- Venturini, originaire de Luc, 21 ans, marié, un enfant
- Paul Battaglia, 22 ans, originaire de Nice (11).
- André Huons, 23 ans, sapeur-pompier à Paris
- « Zazou », 18 ans environ, moniteur de ski à
Megève
- André Lafont, un des matelots du camp de Chibron, originaire
de Barseance
- « Alphonse », sous-lieutenant de l’armée
italienne, 30 ans environ
- André Quadruppani, de la Crau, arrivé au camp la semaine
précédente, 22 ans
- Un soldat de l’armée italienne
- Le berger de la ferme, 70 ans
Leurs cadavres
ont été trouvés terriblement mutilés.
En outre, nous avons perdu deux prisonniers : Alexandre Strombosio
et Charles. Popaul et moi sommes les seuls rescapés [haut
de page].
Vers
les Basses-Alpes
Cette
catastrophe sera suivie d’une autre, lourde de conséquence.
Tatoué, un des chefs les plus entreprenants, qui avait efficacement
combattu Allemands et miliciens, Tatoué est trahit.
Fait prisonnier par les Allemands, il se met incontinent à
leur service et, à leur tête, conduit l’ennemi
chez les paysans, les commerçants qui aidaient le maquis, les
désignant du fond de la voiture dans laquelle la Gestapo le
transporte.
Il conduit les Allemands au camp de Brue-Auriac, le 16 janvier 1944
: le butin est maigre, un prisonnier que ses camarades iront libérer
peu après de la prison de Toulon. Mais, pour les maquisards,
il faudra donc décrocher, traqués, affamés, transis
de froid, dans un pays aux ressources alimentaires insuffisantes,
au milieu d’une population effrayée par la répression
des vichystes et des nazis. Le repli a lieu vers le mont Aurélien,
proche de Saint-Maximim.
Les maquisards
vont encore réussir quelques belles opérations. Un groupe,
bien renseigné par les mineurs, intercepte une voiture où
avaient pris place, derrière le chauffeur les Allemands Schultz
et Scheller, administrateurs des mines de Bauxite, porteurs d’une
sacoche contenant un million de francs ! De quoi renflouer la caisse
de la compagnie. L’un des Allemands était, paraît-il,
le propre neveu de Goering. Le maquisard qui raconte l’affaire
précise : « Nous ne les avons pas fait souffrir…
»
Une autre récupération se passe mal : Bibi,
de la Ciotat, est tué et deux autres gars sont blessés.
La vie est devenue impossible aux flancs du Mont Aurélien,
malgré le dévouement des amis de Saint-Maximin, parmi
lesquels il faut citer Mme et Mr Ricard, boulangers, qui livraient
cent kilos de pain par jour, et servaient d’intermédiaires
avec les autres commerçants.
Une décision
grave doit être prise : quitter la région, gagner le
haut-pays, aux forêts plus hospitalières où l’on
pourra se chauffer, aux ressources agricoles plus abondantes, à
la géographie plus favorable, où les maquisards se sont
déjà bien intégrés à la population,
bien structurés. «Liban » (12)
est déjà là-haut, venu de Figanières avec
ses gars, et il y dirige des F.T.P.. Sous le commandement de son nouveau
chef Lilou (Félix Diana), la compagnie va migrer dans les Basses-Alpes.
Certes, ce n’est pas sans regrets : cette population varoise
des campagnes, profondément républicaine, ses viticulteurs,
ses mineurs de bauxite, ont permis aux maquisards de vivre et de combattre
pendant près d’un an. Et cela va continuer pour d’autres.
Il faut
donc organiser, au cœur de l’hiver, le trasfert de cent
hommes et du matériel. Les hommes, par groupes de trois ou
quatre, emprunteront les cars et les trains, avec beaucoup de marches
à pieds. Certains transiteront par Nice et le train du Sud
: terminus en gare de Gévaudan.
Pour le matériel, on payera 10 000 francs à un camionneur
privé.
Tout cela se rassemble, au fil des semaines, en février et
mars, au maquis de Lambruisse, au nord de Barrême.
Dans son nouveau territoire, la première compagnie de Provence
est prête aux nouveaux combats, au cours desquels la plupart
de ses valeureux combattants périront (13).
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