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CONCOURS NATIONAL DE LA RESISTANCE ET DE LA DEPORTATION -2003

Les Jeunes dans la Résistance azuréenne

 

 

A lire :

Lettres de Césaire Aubé et Roger Demonceaux à leurs parents.

 

Nos sources :

Archives du MRA
Témoignages de Jacques ANTOINE, Raymond BAILET, Paulette FRANCOIS, Jacqueline LAUTIER, Christiane MELON, Louis PIETRI, Maryse REVELAT.

Max BURLANDO, Le PCF et ses militants dans la Résistance des Alpes-Maritimes

Collectif,
Vaincre et vivre. Mémoire vivante

Dossiers DTR
N°2
Du Férion au Verdon, les lycéens de Nice et
les autres,
N°8
Les débuts du gaullisme dans les Alpes-Maritimes, N°18 Joseph ARNALDI et ses
camarades,
N°22
Les femmes dans la Résistance azuréenne,
N°23
Le martyrologe de la
Résistance azuréenne

ODRU André,
Novembre 1940 à Nice ; L’Eclaireur et le Petit Niçois : la répression à travers la presse locale 1940 - 1942 ; Les FTP la MOI, les Milices Patriotiques dans les Alpes-Maritimes

PEIRANI Jacques :
Mémorial des jeunes de Combat ; Témoins de la Résistance Combat

TENERINI Louis :
Les 8ème et 27ème compagnies FTP dans les Alpes-Maritimes.

quoi

 

“Jeunesse de France, c’est à vous surtout qu’incombe le dur et grand devoir de la guerre. L’honneur, aujourd’hui, c’est d’être une vague de la mer” (Charles DE GAULLE, Londres, Février 1943).


“Nous sommes jeunes, nous gardons encore un peu d’enthousiasme, un peu de foi en la France et une volonté de lutte qui ne se démentira jamais. Nous n’attachons pas encore assez de prix à la vie pour lui sacrifier nos idées. Plus tard, quand vous évoquerez cette guerre vous n’aurez pas à rougir : vous aurez fait votre devoir, tout votre devoir”
(Lettre de Joseph ARNALDI à ses compagnons, Nice, avril 1944).

 

Nous éditons ce dossier afin d’exploiter le thème 2003 du Concours de la Résistance. Il va de soi que ce numéro 24 ne prétend pas, en 12 pages, à l’exhaustivité mais qu’il vise à fournir des exemples significatifs d’engagement, voire de sacrifice suprême.

Il convient d’indiquer à l’attention des lecteurs les plus jeunes, que l’âge de la majorité était alors de 21 ans et que les adolescents faisaient preuve d’un respect et d’une obéissance plus marqués qu’aujourd’hui envers leurs parents, ce qui explique une partie du contenu de la lettre de Césaire AUBE et de Roger DEMONCEAUX le 6 juin 1944.

Les difficultés spécifiques aux jeunes sont bien expliquées par Jacques PEIRANI :
“Le plus compliqué était de faire cadrer ces deux activités, la scolarité et la Résistance active sans que personne ne découvre mon activité (...) le temps pour l’action était en dehors des cours et des contraintes familiales. J’étais très loin de pouvoir sortir toutes les nuits, surtout à l’époque, pour chaque opération. Il fallait donc trouver une excuse, la sortie cinéma ou une préparation chez un ami de classe. Il était terriblement ardu de tout faire cadrer. Après une opération, il était difficile de retrouver son calme absolu et de rentrer chez soi sans s’être fait arrêter et de reprendre la vie commune comme si rien ne s’était passé”. [haut de page]

 

Premières actions de résistance

En juillet et août 1940, Raoul JULIEN, Emile OLIVA, André ODRU, Jules
BOCCHINO forment la direction des JC clandestins, qui compte en octobre une douzaine de groupes animés par GOULAN à Grasse, Romain MAUREL et Albert BELLEUDY à Vence, BELLEUDI à St Martin du Var, Louis TENERINI à Villefranche, FRANCO à la Madeleine, André CARLINI à Pasteur, Jean GAUBERTI à l’Ariane, Jean TORRE à St Roch, GIACOLETTO dans le vieux Nice, Louis SETTIMELLI au lycée du Parc Impérial, René MARGINIER à l’école des Arts décoratifs. Marie-Rose CUISSARD organise l’Union des Jeunes Filles de France : “A ce moment là, déclare-t-elle, il fallait ne pas baisser les bras, mais au contraire continuer et j’ai rejoint la Résistance”.

A la mi-octobre, Pierre GEORGES (le futur colonel Fabien) rencontre à Nice les responsables des Jeunesses Communistes. Il insiste sur la nécessité d’accroître la diffusion des tracts appelant à lutter contre le gouvernement de PETAIN. Il appelle aussi à susciter dans les quartiers la création de Comités Populaires et encourage à poursuivre l’organisation de la Jeunesse. A cette époque, le groupe de Raoul SILLI diffuse des tracts antivichystes. Le groupe Raoul GASTAUD - Raoul JULIEN diffuse des tracts et cherche à rassembler des armes : il met en sûreté quelques armes de poing. Des inscriptions “A bas PETAIN le traître” sont faites sur les murs du Château et de la Vieille Ville de Nice. Un drapeau rouge marqué de la faucille et du marteau, confectionné par Jacqueline BUSCHIASSO, est accroché au pylone de la passerelle des abattoirs le 11 novembre, à l’initiative du groupe des jeunes de Pasteur, animé par André CARLINI.

En octobre 1940, se constitue au lycée de garçons le groupe d’étudiants gaullistes animé par les Alsaciens réfugiés RACADOT et ELSAESSER, comprenant Yves CASTELLI, Jacky CACAN, LE GOFF, PAGES, Jacques ADAM, Pierre JOSELET, Paulette FRANCOIS, Simone GEOFFROY, Christiane MELON. Marcel BAROVERO témoigne sur l’épisode du 11 novembre 1940 au Lycée de garçons de Nice : “Les lycéens gaullistes ont manifesté à la sortie des cours dans la rue Désiré NIEL bordant le Lycée et
ils se sont bagarrés avec les lycéens pétainistes. Parmi les nôtres, figuraient à mes côtés LE GOFF, BUSILLER, ADAM.

En novembre, Jacques PEIRANI regroupe des élèves de Première du lycée : “J’ai créé mon propre groupe de Résistants. Il comprenait des lycéens habitant dans le même quartier que moi ou se trouvant dans la même classe ou une classe de même niveau. Mes camarades étaient : Henri RODIER, Michel TOMASINI, René PONS, Antoine ONETO, Benoît CIANI, Jean FRATONI, Pierre ANTONINI, Mathieu CARTOTTO. Appartenaient
également à notre groupe Jacques ADAM, François SUSINI, Michel MOISI, André MASSONI
”. Ce groupe reçoit, à la fin de 1940 et au début de 1941, les “Bulletins d’information” du Général COCHET : “Le commandant JACOBSON me les remettait, chaque semaine, en me demandant de les diffuser parmi les jeunes du lycée. La règle d’utilisation était celle de la “boule de neige”. Il fallait essayer de reproduire le bulletin en quelques exemplaires. Nous considérions ces bulletins jaunes comme de véritable reliques et nous diffusions les nouvelles qu’il contenait notamment sur les succès de la RAF dans la bataille d’Angleterre

Au printemps 1941, autour de Jacques ANTOINE (16 ans) se forme un autre groupe de jeunes gaullistes, surnommé “Lorraine” (Guillaume RUBENS 16 ans, Roger VILBERT 17 ans, Anselme MARIA 18 ans, Jeanine DESCLAUX 19 ans, Barthélémy FAZINCANI 20 ans) qui imprime et diffuse à Nice des papillons antitransalpins suscitant la protestation de la Commission italienne d’Armistice. A son retour des chantiers de Jeunesse, Jacques DENIS crée une région niçoise du Front Patriotique de la Jeunesse (FN), avec l’aide de la Polonaise Lilka RAAS, chargée à la MOI des questions de la jeunesse. Le Front Patriotique de la Jeunesse se développe rapidement à Nice en utilisant notamment comme “couverture” les Auberges de Jeunesse ainsi que l’Association Générale des Etudiants, boulevard DUBOUCHAGE, avec William CARUCHET.

Jacqueline LAUTIER entre en résistance à 16 ans, en 1942 : “Mon père Marius, militant depuis son plus jeune âge, cheminot de métier, venait d’être déplacé. Un matin, au petit jour, on sonne. C’est une perquisition : on vient pour arrêter mon père mais il était parti ; on interroge longuement maman. En raison de mes 16 ans, nul ne fit attention à moi. J’en profitai pour aller à Toulon prévenir mon père du danger qu’il courait. Ce fut là mon premier acte de résistance (...) Un ami d’enfance me demanda des nouvelles de mon père. J’en profitai pour lui exprimerla volonté de faire, moi aussi, “quelque chose”. Le lendemain, je recevais des tracts, trop peu à mon gré. Il furent vite distribués ainsi que des papillons que je tapais à la machine et qui reproduisaient les mots d’ordre de l’époque : “A bas les SS ! Vive la France !“. Elle devient ensuite courrier des FTP, comme Henriette DUBOIS .

Fin 1942-début 1943 Joseph ARNALDI, alors âgé de 16 ans, regroupe une dizaine d’élèves de Troisième et Seconde du lycée de garçons (Bernard AUDIBERT, Césaire AUBE, Raymond BAILET, Gilbert CAMPAN, Francis CRISTELLI, Roger DEMONCEAUX, Jean-Paul EMMANUELLI, Francis GALLO, René GILLY, Guy GUERIEL, Georges HADACEK, Robert SIROTTI). Ils diffusent le journal Combat, reproduisent la “Lettre ouverte” des étudiants de l’Université de Paris au Maréchal PETAIN à l’occasion de l’institution du STO. [haut de page]

Les actions spécifiques des jeunes

Le groupe Raoul JULIEN-André ODRU imprime le journal ronéotypé Jeunesse à l’automne 1940. Début 1941, la Jeunesse Communiste reprend la diffusion de tracts à Nice et à Villefranche.

Jacques PEIRANI évoque le début de l’impression de tracts par le groupe des jeunes de Combat : “Courant 1941, nous nous sommes cotisés pour acheter une ronéo, d’occasion un peu ancienne. Elle était chez Jacques ADAM, les stencils étaient tapés par sa soeur Jacqueline ou par sa fiancée Livia. Jacques obtenait un peu de papier chez un ami imprimeur et nous diffusions alors quelques centaines de tracts. Nous rédigions un petit journal sur une feuille recto verso que Jacques avait baptisé Le Franc Tireur de Nice”.

En octobre 1941 le cinéma Paris-Palace projeta Le juif Süss. Les jeunes de Combat décidèrent de réagir : “Nos groupes d’étudiants et de lycéens avaient acheté de l’amoniaque et du sulfure de carbone ; l’ammoniaque faisait tousser et le sulfure de carbone répandait une odeur d’oeufs pourris. Nous avons transvasé ce liquide dans de petits flacons. Nous nous sommes répartis deux par deux parmis les spectateurs, nous avons ouvert nos fioles en les faisant rouler sur le sol en rendant l’atmosphère irrespirable. Nous nous sommes mis à crier, à tousser, nous avons fait un immense chahut comme savent le faire les étudiants ; les gens ont commencé à se lever et à sortir précitamment ; finalement la direction a appelé la police qui a évacué la salle”.

En novembre 1941, Jacques ADAM parcourut l’avenue de la Victoire (aujourd’hui Jean MEDECIN) avec un tract ronéoté indiquant : “un kiosque a brûlé à Nice pour affichage de la presse allemande”. Il lançait ce tract roulé en boule dans chaque kiosque et, une heure après les journaux Signal n’étaient plus affichés. Jacques PEIRANI évoque la figure de Jacques ADAM : “il était tout entier orienté vers l’action, disant : “qu’est-ce que les adultes attendent pour faire quelque chose, les journaux ce n’est pas suffisant”. Un jour, il me dit : “Je vais te montrer quelque chose”. Il sortit une sorte de lance-pierre qu’il avait confectionné avec un morceau de bois en forme de fourche et du caoutchouc de chambre à air. Il possédait un stock de billes en acier et ajouta : “Ca c’est pour les collabos”. Longtemps avant que ne commence l’action directe à Nice, Jacques, avec sa fronde et ses billes d’acier, se mettait dans un angle de portes et lançait ses billes sur les vitrines des magasins “collabos”, arrivant à les fendre ou à les briser. Jacques éprouvait de la haine et du dégoût pour les collaborateurs. Il répétait à leur égard “tas de fumier, va”. A la même époque, obéissant aux consignes de Radio-Londres, les jeunes de Combat dessinent, à la nuit tombante des “V” et des croix de Lorraine sur les murs de Nice.

Jean BARBIER, fils de l’ancien proviseur du lycée de garçons, était un ardent patriote et un fervent gaulliste. Il avait déniché un certain nombre de croix de Lorraine en métal émaillé et chaque fois qu’un élève rejoignait le groupe, il lui remettait une de ces croix. Il arborait avec audace la croix de Lorraine à sa boutonnière à l’intérieur du lycée, ce qui suscita des bagarres avec les jeunes du PPF et de JFOM dans la cour comme sur l’esplanade du Paillon. Jacques PEIRANI évoque sa protection : “Pendant quelque temps, nous escortions BARBIER et le raccompagnions sur son chemin pour qu’il ne se fasse pas casser la figure”.

A Antibes, des jeunes gaullistes et communistes organisent une manifestation devant le Monument aux Morts, le 11 novembre 1941, à l’initiative de Louis PIETRI et de François PAUSELLI, ainsi que le 1er mai 1942, à l’initiative de Louis PIETRI et de Casimir SALUSSE.
A l’occasion du 14 juillet 1942, des jeunes gaullistes, rejoints par des jeunes communistes, défilèrent sur l’avenue de la Victoire depuis le boulevard Victor Hugo jusqu’au bas de la place Masséna, ainsi que le raconte Jacques PEIRANI : “Pendant plus d’une heure nous montions et descendions en nous saluant. Il y avait même l’un des nôtres qui déployait un drapeau tricolore : je crois bien que c’était Marcel BAROVERO. Pendant une longue période tout s’était bien passé et les policiers n’étaient pas intervenus puisque nous ne faisions pas d’attroupement, nous contentant de marcher. Vers la fin de la manifestation nous avons vu apparaître sur la place Masséna des PPF, munsi de gros souliers à clous, qui nous attaquèrent à coups de pieds et de poings. Nous nous sommes défendus à quelques-uns (CARTOTTO, MELAN, CIANI) mais les policiers sont intervenus pour ramasser tout le monde et nous avons dû fuir car nous ne tenions pas à être fichés ou arrêtés”.

Des jeunes, voire des très jeunes, sont utilisés par le FN et les FTP à des fins de transmission de courrier, de transport de tracts et journaux, parfois d’armes cachées sous des paniers ou cageots de légumes : c’est le cas de Paul PICA (14 ans) qui assure la liaison entre les groupes de Nice-Ouest à ceux de Vence à partir de mars 1942, de Maryse REVELAT (16 ans) qui assure des liaison dans la vallée du Paillon, à partir de l’occupation italienne et de Sébastien GIAUME (13 ans) sous l’occupation allemande à Nice. Au printemps 1943, se constitue la direction régionale des JC avec Jacques DENIS et Germaine IMBERT, laquelle se souvient des difficultés éprouvées : “Chaque jour, je changeais de nom, Sophie, Danielle, toujours avec la peur au ventre”. [haut de page]

Les actions contre le STO

L’institution du Service du Travail Obligatoire, au début de 1943, suscite de
nombreuses réactions parmi les jeunes, qui sont concernés par le départ programmé en Allemagne de ceux âgés de 20, 21 et 22 ans.

Les JC diffusent largement un tract contre le STO et aident les requis à se soustraire au départ forcé en donnant naissance à de nouveaux détachements de FTP. C’est ainsi qu’en août 1943, Joseph LAURENTI et Romain MAUREL organisent, au sud de Puget- Théniers, un centre de résistance destiné à recevoir les réfractaires au STO comme les volontaires pour le maquis. De très nombreux jeunes font partie des 8ème et 27ème compagnies de FTP.

Marguerite IMBERT (17 ans) est chargée par le mouvement Franc-Tireur de saboter le fichier du STO, à la suite de son recrutement dans le service départemental du travail, remplacant les fiches de patriotes par celles d’individus connus pour leur sentiment de collaboration. Un tract signé par Combat, Franc-Tireur, Libération, le Front National et le Parti Communiste, au printemps 1943, incite les jeunes à rejoindre les formations militaires : “Pour porter à HITLER, à MUSSOLINI et à leurs valets PETAIN-LAVAL-DORIOT des coups décisifs, jeunes, rejoignez les groupes de Résistance et les groupes de francs-tireurs qui, les armes à la main, sont à l’avant-garde de la France Combattante”.

De nombreux jeunes, refusant de partir en Allemagne, prennent le maquis dans le Vaucluse (comme le Cannois Henri PASCHKE et le SaintMartinois Jean SIDERI), la Drôme (comme les Cannois Pierre GRAGLIA et Michel JOURDAN), le Var (comme le Cannois André CHAUDE, le Mouansois Constant DANNA, les Niçois Marcel BAILLE et André DUJARDIN), les Basses Alpes (comme le Guillaumois François MINCHELLA et les Niçois Victor FERRARIS, Stellio MAZZOTTI, Martial NATIVI et Jean VITTONE),
l’Isère ou le Vercors (comme le Villarois Georges FUNEL), le Gard (comme l’Antibois Joseph BASSOTTO), le Puy de Dôme (comme le Breillois Marius CAUVIN), l’Ain (comme le Breillois Henri CELLIER), la Creuse (comme le Niçois Hidalgo NATALICCHI), les Landes (comme le Colomarois Joseph ROLLANT) voire dans les Alpes-Maritimes (comme le Pugétois Roger MAGNAN, le Vençois André BELLEUDY, le Belvédérois Victor MAUREL, le Roussillonnais Max MAUVIGNAT). [haut de page]

Les actions armées

A son retour des chantiers de jeunesse, durant l’été 1942, Adrien MAZZOTTI, passe dans la clandestinité et constitue un groupe armé de FTP à Nice-St Roch. Au même moment, les jeunes de Combat sont sollicités afin de constituer un groupe franc, ainsi que le raconte Jacques PEIRANI : “Bastos (Jean CHANTON, NDLR) m’a dit : “Vous les jeunes vous aimez l’action, je vais vous en donner l’occasion, nous allons créer à Nice des groupes chargés de combattre et d’effrayer les collaborateurs sans attendre la Libération ; nous allons faire principalement des opérations de dynamitage mais il faudra agir dans le plus grand secret et ne prendre que les jeunes les plus décidés et ceux qui parlent le moins car c’est très dangereux. Tu feras un choix et tu prendras des volontaires, ceux qui ne le seront pas resteront à la propagande. J’ai accepté d’enthousiasme car la perspective de distribuer seulement tracts et journaux sans rien faire d’autre avant la libération ne nous plaisait guère (...) La formation technique donnée par Bastos a duré le mois de juillet et une partie du mois d’août. Nous avons été favorisés car, pour les lycéens et étudiants, cette période d’été correspondait à des vacances scolaires. Nous étions donc opérationnels à la mi-août et nos actions de plasticage ont commencé. (...)Devant les débris de verre ou les façades noircies, le public
indécis réalisait que les forces de l’Occupant ou de Vichy n’étaient plus seules et qu’il fallait compter avec la résistance active. Nous avons donné du courage à ceux qui en manquaient. (...) Pour le nombre de nos opérations et leur réussite, nous avons, nous les jeunes GF, à la fin de l’année 1942, reçu les félicitations spéciales de notre chef national RENOUVIN. (...) Le général BARDI de FORTOU (chef de l’Armée Secrète des Alpes- Maritimes, NDLR) me disait : “Les jeunes des GF je les aime bien, c’est un peu comme si j’étais leur père. Je suis là pour vous commander mais aussi pour vous protéger, je suis d’accord pour les actions de sabotage mais je ne veux pas que vous vous occupiez de liquider les agents de l’ennemi, vous êtes trop jeune pour cela.”

Au printemps 1943, se forment à Villefranche, des groupes armés issus des JC, autour des frères FALISE et de Louis TENERINI.
En septembre 1943, le Front Patriotique de la Jeunesse joue un rôle important dans la récupération des armes abandonnées par les troupes italiennes en retraite. A la même époque, de jeunes communistes antibois (Pierre GRASSINI et Alfred PISI) forment un groupe de FTP qui effectue des sabotages au chantier naval sur les vedettes destinées à la marine allemande. Les lycéens animés par Joseph ARNALDI récupèrent également des armes abandonnées par les Italiens, fournissent des renseignements militaires sur les fortifications allemandes (plans, photos) après leur intégration dans les Corps Francs de la Libération Nationale (Groupe JOJO).
François SUSINI, fils du receveur de la Poste de Cimiez, cache dans ce local le matériel de sabotage du groupe franc des jeunes de Combat, sous l’Occupation.
Plusieurs jeunes séduits par la saga des Forçes Françaises Libres cherchent à les rejoindre, via l’Espagne, en 1943-1944. Certains disparurent en tentant de franchir les Pyrénées, comme le Cannois Tony ALLARD, le Cannetan Raymond VEROUL et le Niçois Norbert FINKEL.
Un groupe de jeunes FTP-MOI, au retour d’une livraison d’armes à un maquis dans la vallée du Paillon, fut encerclé par la police niçoise dans le meublé qu’ils occupaient au 9 rue de France, succombant sous le nombre.
La mobilisation du 6 juin 1944 incita de nombreux jeunes à rejoindre les lieux de rassemblement des FFI, comme les membres du groupe JOJO partant pour le Férion (Césaire AUBE, Gilbert CAMPAN, Roger DEMONCEAUX, Francis GALLO) ou leur aîné Jacques ADAM.
Nous vous proposons des extraits de la dernière lettre de Césaire AUBE et de Roger DEMONCEAUX, adressée à leurs parents le 6 juin : “Je vous écris ces quelques mots pour vous dire au revoir et non pas adieu. Au moment où je vous écris vous pouvez croire que j’ai beaucoup de peine mais acceptez-la avec courage, toi papa tu dois mieux comprendre, tu as fait la guerre et lorsque tu es parti tu avais mon âge. Ne me jugez pas trop durement car le devoir m’appelle et un jour vous serez fiers de moi (...) Surtout ne vous inquiétez pas je ne suis pas le seul à partir. Francis, Roger et tous les copains sont partis avec moi (...) Ne croyez pas que ce soit de l’ingratitude mais les chefs de la Libération nous ont donné l’ordre de partir”.
Devant les intrigues de la Milice, de la Gestapo et des troupes allemandes, je me suis vu contraint de rejoindre mes camarades du “maquis”. Je regrette de vous avoir désobéi et de vous faire de la peine mais j’ai conscience qu’aujourd’hui l’heure a sonné de tous se serrer pour libérer notre pays. Ne vous inquiétez pas pour moi, je serai prudent. Prenez des précautions également car l’heure est grave. Tous unis pour la Résistance. Que ceux qui sont des hommes le prouvent”.

Le débarquement du 15 août en Provence entraîna le départ pour le maquis d’autres jeunes (comme les Sospellois Guy BOGLIO-COMITI, René CONTE et Terence MUSI, âgés de 17 ans, qui disparurent dans la forêt de Turini le 30 août) ou la mobilisation par les FFI (comme pour les jeunes de Rigaud Lucien COTTON et Jules BELLEUDY capturés à St Dalmas de Valdeblore le 26 août par une unité d’Alpenjaeger).
Lors des combats du soulèvement de Nice, le 28 août 1944, les jeunesses
communistes tiennent toute leur place et dans la nuit du 27 août c’est un groupe de JC qui placarda, Place Garibaldi, une affiche insurrectionnelle. Au cours de cette journée, cinq jeunes appartenant à divers mouvements périrent (Jean BALLESTRA des FTP, Paul VALLAGHE du Groupe René-FN, René BARRALIS, Jean BOBICHON et Jean-Gilbert GORDOLON des CFLN).
Joseph ARNALDI, après avoir participé au soulèvement de Nice puis au déminage du Fort du Mont Agel, organisa une mission de destruction du pont de la Mortola, en territoire italien, le 16 septembre, au cours de laquelle il fut tué par une rafale de mitrailleuse allemande.

La répression

A la suite de l’exposition du drapeau rouge de la passerelle des abattoirs et des diffusions de tracts hostiles à PETAIN, une dizaine de membres des JC furent arrêtés entre le 18 et le 21 novembre 1940 (Jules BOCCHINO, Pierre BONFANTE, Roger BUSCHIASSO, André CARLINI, Jean GAUBERTI, Raoul JULIEN, André ODRU, Emile OLIVA, Raoul SILLI. Le tribunal militaire de la 15ème région condamna, lors de sa séance du 12 février 1941, André CARLINI (18 ans) à 4 ans de prison et 2500 francs d’amende. Cinq jours plus tard le même tribunal infligea 50 mois à Raoul SILLI, 38 mois à Roger BUSCHIASSO, 3 ans à Jules BOCCHINO et Jean TORRE, 18 mois à André
ODRU, 9 mois à Emile OLIVA, tous âgés de 20 ou 21 ans.

Le 2 janvier 1941, Marie-Rose CUISSARD fut arrêtée pour reconstitution de
l’Union des Jeunes Filles de France. Le 2 mars, sept JC porteurs d’un tract furent interpellés. Le groupe de jeunes gaullistes animé par Jacques ANTOINE fut arrêté les 26 et 27 juin 1941.

Le futur lieutenant Cyclamen témoigne : “Les agents de la Sûreté nous ont amenés rue GIOFFREDO. Il n’étaient pas gentils avec les étudiants. Jeanine DESCLAUX a été maltraitée. On nous a houspillés, conduits aux nouvelles prisons où nous avons subi des sévices”.

Le tribunal correctionnel de Nice siégeant le 5 juillet 1941 condamna Jacques
ANTOINE, Jean CAHEN, Jeanine DESCLAUX, Barthélémy FAZINCANI, Arno
HAGENAAR et Roger VILBERT à des peines de 8 jours à 1 mois de prison et à des amendes de 100 à 500 francs pour impression de papillons gaullistes et antitransalpins.
Jacques ANTOINE évoque ainsi les deux procès dans lesquels son groupe fut jugé : “Si le tribunal correctionnel de Nice, malgré le réquisitoire vichyste du procureur ROMAN, n’a prononcé que des peines minimes, il nous fallut nous présenter à nouveau le 16 octobre, à Aix-en-Provence, devant le tribunal d’exception présidé par le sinistre juge VERDUN. Dans sa plaidoierie, notre avocat, maître COTTA, s’est exclamé : “Mais ce sont des enfants ! Ne croyez vous pas que vous allez vous ridiculiser en les condamnant ? Rendez
les à leurs familles” Nous avons été libérés
”.

L’étudiant Arno FISZBEIN (19 ans), membre du mouvement Combat, décède à Nice, le 8 août 1942 des suites de son arrestation musclée et des brutalités subies au commissariat pour lui faire avouer ses relations au sein de la Résistance.

Jean BARBIER fut exclu du lycée de garçons de Nice pour propagande gaulliste en 1941 et dut s’inscrire en classe de mathématiques spéciales au Lycée Saint-Louis de Paris. A la même époque, Jacques ADAM fut condamné à six mois de prison et exclu du Lycée. Du 12 au 15 décembre 1942, plusieurs jeunes du groupe franc de Combat ( ADAM, BAROVERO, CASTELLI, ELSAESSER, PEIRANI ) furent arrêtés à la suite de la vague
d’attentats. Jacques PEIRANI fut ainsi sermonné avant d’être libéré : “Vous êtes trop jeune et inexpérimenté pour commander un groupe de terroristes mais pour vos camarades, ce n’est pas pareil, méfiez-vous d’eux, ils vous entraîneront sur une voie dangeureuse. La sanction du terrorisme, c’est la peine de mort, dorénavant on va vous surveiller de près”.

Le 31 mai 1943, François SUSINI fut arrêté par l’OVRA, à la suite de la grande vague d’interpellations frappant les MUR. Au cours des jours suivants, plusieurs membres de son groupe ( René SENELAR, Michel NAPHYLIAN, Jean PIERRARD, Marcel GIUGLARIS, Jean GATTI ) subirent le même sort, en compagnie de Jean-Baptiste GASPARI et de Paul SPANO. Le tribunal militaire de la IV° Armée italienne, siégeant à Breil le 27 août, condamna à des peines de prison purgées à Imperia, SUSINI, GATTI, NAPHYLIAN et GIUGLARIS. Jacques PEIRANI, qui échappa de justesse à l’arrestation
par la police militaire italienne, plongea dans la clandestinité complète, tout en étant condamné par défaut, le 22 janvier 1944, par la section spéciale de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, pour avoir fait sauter un pylone à haute tension le 14 septembre 1943.

Les jeunes FTP antibois Pierre APOLLIN et Joseph GRAFFINO, arrêtés à la suite de l’exécution du consul fasciste-républicain local, sont exécutés à Bar sur Loup le 10 juin 1944, au cours du transfert des Azuréens devant être fusillés en guise de représailles à Saint-Julien du Verdon. Parmi les onze exécutés de Saint-Julien du Verdon, le 11 juin 1944, figuraient quatre élèves du Lycée de garçons (Césaire AUBE, Gilbert CAMPAN, Roger DEMONCEAUX, Francis GALLO) et Jacques ADAM.
A la suite de l’épisode du “Fort Chabrol” de la rue de France (22 mars 1944), le seul survivant des trois FTP-MOI, Bruno RATTI, bien qu’aveugle et gravement blessé, fut jugé par la cour martiale de la Milice le 29 juin, condamné à mort et exécuté, peu après, dans la cour de la maison d’arrêt de Nice par un peloton de gendarmes. Parmi les 21 fusillés de L’Ariane, le 15 août 1944, figuraient sept jeunes membres des FTP (Victor BOCCHIARDO 19 ans, Edmond DUNAN 19 ans, Maurice FLANDIN 19 ans, Laurent LUQUET 17 ans, Claude MENDRIZESKI 20 ans) et des CFLN (Victorin HUGUES 18 ans, André KRAEMER 17 ans) [haut de page]

Le martyrologe

165 jeunes Azuréens, soit 28.5% du martyrologe de la Résistance azuréenne, ont perdu la vie du fait de leur engagement résistant :

30 en déportation (comme les Cannois Jean GRAS, Louis PERISSOL, Jacques et René PRADIGNAC, Aldo TAZZIOLI, René VIGLIENO, le Colomarois Joseph ROLLANT, les Antibois Pierre BERTONE, Pierre GAFFORI et Nicolas GLADKY, Jean-Louis MAERO, Ezio SERRA, Michel TAPPERELL, les Niçois Marcel FRANCOIS et Stellio MAZZOTTI, les Vençois Claude BIRKEL et Roger MURE, le Grassois Jean VERA),

72 exécutés (comme les Niçois Victor BOCCHIARDO, Raymond FRESCO, Roland LEVERNAY, Laurent LUQUET et Roger SIMON, le Contois Roland ORGANINI, le Beausoleillois André KRAEMER, le Saint-Martinois René ANTONIUCCI, l’Antibois Pierre GRASSINI, le Vençois André BELLEUDY, le Roquettan Roger BARBIER, le Breillois Alphonse ROSTAGNI, le Belvédèrois Victor MAUREL, le Moulinois Valentin TRUCHI, le Guillaumois Jean VERSELLI, le Grassois Roland THIBAUD), dont 36 ailleurs que dans les Alpes- Maritimes (comme les Antibois Casimir SALUSSE et Simon SANTONI dans la province d’Imperia, Georges ALLEIN dans la province de Cuneo, les Cannois Jean et Jacques CASANOVA dans le Puy-de-Dôme et l’Isère, Marius MONTI dans les Basses-Alpes, le Mentonnais André MORALDO, le Cagnois Adrien GRAGLIA et le Grassois Yves BAUDOIN dans la province de Cuneo, le Pugétois Roger MAGNAN dans les Basses- Alpes, le Niçois Robert TAISSERE en Haute-Savoie),

63 morts au combat (comme les Niçois Joseph ARNALDI, René BENSAID, Paul BIEHLER, Roger MACCARIO et Basile ROSSI, le Berlugan Maurice COLONELLI, le Mentonnais André OUMELLEC, les Roquebrunois Charles CRAVI et Honoré VIAL, le Mouginois Marcel SINI, le Collois Louis CHAUVE, les Antibois Auguste ARNAUDO, Jean DEMICHELIS et Georges PAGLIUZZA, le Tourettan Jean BAILET, le Villarois Robert FUNEL, le Sospellois Pierre VEZZARO, le Cannois Francis TONNER, le Vençois Jean-Marie BOURSAC) dont 19 ailleurs que dans les Alpes-Maritimes (comme les Niçois Jean BARBIER dans l’Eure et André DUJARDIN dans le Var, les Antibois Bernard VAUTRIN dans le Jura et Nicolas SIMONCINI dans la province de Cuneo, le Mentonnais Georges FERAUD dans l’Allier, les Niçois Jean BARBERO dans le Var, André SCARELLA dans les Basses-Alpes et Lucien LIGNATO à Belfort, les Cannois André CHAUDE dans le Var, Pierre GRAGIA et Michel JOURDAN dans la Drôme, Jean HADDAD-SIMON à Paris, le Guillaumois François MINCHELLA dans les Basses-Alpes). [haut de page]

 

Douments-Témoignages-Recherche

publié par le Musée de la Résistance Azuréenne
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