|
Les combattants témoins :
AUGIER, chef du groupe "Gérôme",
des Corps francs de la Libération
BARDIN Pierre, Combattant
F.T.P.
BARRUCCHI Léon, responsable
cheminots
BERTRAND Edouard, chef du
groupe F.T.P.
Bloch Pierre, "colonel
Prévost", inspecteur national du "Mouvement de Libération
Nationale" (MLN)
BRANDONE Louis, "Blé",
chef du groupe C.F.L
BRUN Ernest,
chef du groupe C.F.L.
BURLANDO Max, combattant du groupe "Lenoir"
CALSAMIGLIA Jean, "Jean sans peur",
chef F.T.P. de Sous-secteur.
CANTAILLOUIBE Lucien, responsable cheminot
de la C.G.T. et des "Milices patriotiques".
CAVENAGO Paul, "Capitaine Paul",
des C.F.L.
COUSIN Jules, "commandant Parent",
chef départemental des C.F.L.
DAMIOT Georges, gardien de la paix.
DEGUIN, brigadier-chef de police.
DURAND Pierre, "Georges', responsable
aux cadres du P.C.F.
GIORNI Gualterio, chef du groupe F.T.P.
GIOVANNINI Philippe, "Souny",
chef départemental F.T.P.
HOUAT René, "Duchêne",
responsable départemental du P.C.F.
LANZI Noël, combattant des F.T.P.
MARTINI César, combattant des F.T.P.
MATHIS, lieutenant des D.F.L.
MENARDI Charles, chef des F.T.P.
MERCANTI Emile, "Mercier", chef F.T.P.
ODADJIAN Barbev, dit "Robert",
chef des chef F.T.P.
PICCARDO Albert, volontaire venu de Cannes
ROTTENBERG Armand, chef des Groupes Francs
de la Résistance
SANS Louis, combattant F.T.P. et M.O.I.
Notes de
lecture :
(1)
C'est l'écrivain Pierre Abraham, frère de Jean-Richard
Bloch et de Marcel Bloch-Dassault. Retour au texte
(2)
René Houat (Duchêne) affirme qu'il était présent
à cette réunion du 27. Par ailleurs, il avait présidé
la réunion, au même endroit, quelques jours auparavant,
le 24 août. Retour au texte
(3)
Les bureaux et l'imprimerie de "L'éclaireur " se
trouvainet avenue de la Victoire, l'actuelle avenue Jean Médecin.
Retour au texte
(4)
Le secteur de la rue Barla, place Saluzzo (actuelle Place Max Barel)
bd de Riquier, était tenu par le groupe F.T.P. commandé
par Antoine Anelli. Le groupe "Lenoir", de la police, avait
remonté des fusils de chasse 1940 par leurs proprétaires
sur l'ordre du gouvernement de Vichy. Retour au texte
(5)
Lucien Corbé, 58 ans, avait une fille dans la Résistance,
compagne d'Hélène Vagliano fusillée à
l'Ariane le 15 août ; Joseph Aréna, 45 ans, avait son
fils au maquis. Retour au texte
L'insurrection
niçoise vu par le chef de la France Libre
Général
de Gaulle, place Masséna, 9 avril 1945
Nice libérée, Nice fière, Nice glorieuse,
vient d'exprimer magnifiquement les sentiments de la population tout
entière et ces sentiments-là, je vous le dis, ce sont
ceux de toute la France. Nice n’a jamais renoncé à
elle-même, ni renoncé à la France. Ah! qu'ils
étaient naïfs en même temps qu'insolents ceux qui
avaient prétendu qu'on pouvait l'arracher à la France...
L'insurrection
niçoise vu par le chef de la France Libre
des F.FI. de l'Ile de France
Colonel Rol-Tanguy, 11 novembre 1944.
Aux F.FI. de Nice, qui ont su résister; se battre, et finalement
libérer leur ville, et dont l'exemple rejoint celui des F.
F. I. de Paris, dans la lutte pour chasser l'envahisseur; et jeter
les bases de la nouvelle Armée Nationale Française!
Bien fraternellement.
|
|
Appel
du Comité départemental
de libération clandestin (27 août 1944)
Français,
Françaises,
Le 15 août les armées alliées, comprenant l'armée
française de la libération, ont pris pied sur notre
sol. Elles sont aux portes de Nice. Cannes, Antibes et Grasse sont
libérées : la Wehrmacht aux abois ne sait plus où
se réfugier, ses soldats ont peur!
Ils savent maintenant qu'ils sont vaincus, mais notre ville reste
à libérer. Dès le débarquement, la C.G.
T. a lancé l'ordre de grève générale.
Les F. F.L ont organisé les guerillas.
Mais cela ne suffit pas !
Le peuple de Nice, quatrième ville de France, se doit, après
l'exemple de Paris, de Marseille, de Bordeaux, de Lyon et autres villes
de France, de se libérer à son tour, de faciliter l'entrée
victorieuse des troupes alliées dans la capitale de la Côte
d'Azur.
Pour cela, le C. D. L. vous appelle au combat.
Aux armes citoyens!
Partout abattez les Boches, désarmez-les, entrez en masse dans
les Milices patriotiques. Un seul mot d'ordre : s'organiser, s'armer,
se battre!
Vivent les F. F.L ! Vive la libération de Nice! Vive la France!
En avant, tous au combat!
Le
C.D.L. ( F.N., P.C., C.G.T., M.L.N.)
Nice,
27 août 1944
Pierre
BLOCH (1)
“Le 26 août, j'ai créé à Nice
le "Comité d'action F.F.I." réunissant les
chefs de groupes F.F.I. dont les pseudonymes sont Cousin, Ro, Léon,
Albert, Monestier, et l'inspecteur de police N... Hier 26 août,
j'ai pu prendre contact avec le docteur "Dartois" (Sapir),
responsable des Milices patriotiques. Le 27, je le retrouve donc à
la librairie Paradis, en compagnie de l'avocat Brandon, responsable
départemental du Front National, se disant habilité
à parler au nom des F.T.P. A l'issue de l'entretien, nos trois
signatures sont apposées au bas d'un texte bref, charte d'unité
d'action pour la lutte imminente.”
Pierre DURAND
“Le dimanche 27 août 1944, à la mi-joumée,
sont réunis, palais Stella, boulevard de Cessole, Souny, chef
départemental F.T.P., Armand, pour les "Milices patriotiques"
des entreprises, Jean-sans-peur, pour les F.T.P. de Nice, Ludovic,
pour la M.O.I. (Main d'oeuvre immigrée), Thibaud, pour la C.G.T.,
moi-même, Georges, responsable départemental au parti
communiste et aux F.T.P., plus un invité, Bemard, cadre régional
bloqué à Nice.
Brandon, du Front National, et Duchêne, du Parti communiste
(2), sont absents pour des raisons de sécurité.
Ils seront immédiatement informés des décisions
prises. Ensemble, nous formons “le Comité insurrectionnel”.
Nous évoquons la situation. Les Américains ne semblent
pas vouloir présentement franchir le Var. Les maquisards sont
aux prises avec les Allemands dans l'arrière-pays immédiat,
et on peut espérer leur arrivée. Dans la ville, la grève
lancée par la C.G.T. est effective aux T.N.L. à l'usine
à gaz, dans les chemins de fer, la métallurgie, le bâtiment;
les ordures ménagères ne sont plus ramassées,
“l'Eclaireur”et le "Petit Niçois" ne
paraissent qu'avec la permission du personnel. Les combattants armés
ont hâte d'en finir avec l'occupation. La population est favorable,
des contacts sont pris avec la police et une partie de la gendarmerie.
Les pompiers sont dans la Résistance. Nous estimons pouvoir
compter sur l'entrée dans le combat des autres formations armées
se trouvant dans la ville. Les troupes ennemies, cantonnées
sur les hauteurs de la ville où elles ne circulent que dans
la journée, peuvent être efficacement combattues dans
les rues, où déja la M.O.I. et quelques équipes
de F.T.P. sont dans l'action. La décision est prise : nous
attaquerons ensemble demain 28 août à 6 heures. Chacun
sait ce qu'il a à faire. Nous nous séparons pour transmettre
l'ordre à tous les responsables. Personnellement, je me rends
chez Duchêne. Il me remet un appel que j'emporte pour être
imprimé et diffusé. Je gagne ensuite la caserne Filley,
où se trouvent des membres des "Corps Francs de la Libération"
(dont le groupe Parent, qui peut armer une centaine d'hommes) pour
les informer de notre décision. Je serai le lendemain au Passage
à Niveau.”
René HOUAT
“Cinquante F.T.P. et soixante M.O.I. partiront à
l'attaque, soutenus par un millier de "Milices patriotiques”,
avec le soutien probable des gardiens de la paix, la neutralité
de la gendarmerie et la force incalculable que représente le
patriotisme du peuple.
Nous installons le P.C. des F.T.P. dans une petite maison, non loin
de la cascade de Gairaut. Le contact est permanent entre Souny et
moi-même, Armand, commandant les Milices patriotiques, Ludovic,
commandant de la M.O.I., Thibaut, pour la C.G.T. et bien entendu,
le C.D.L.”
Phlippe Giovannini (nom de guerre Souny) prend la direction des opérations.
Philippe GIOVANNINI
“Dans la nuit du 27 au 28, notre ordre d'opération
est transmis et commenté à notre groupe spécial
d'action, hébergé depuis plusieurs jours à l'hôpital
Pasteur, sous la garde vigilante de l'abbé Perrin et le commandement
de Jean-sans-peur.”
Les groupes de combat qui partiront d'ici sont constitués,
chargés de missions précises sur les objectifs à
atteindre dès les premières heures de l'attaque. L'armement,
peu important, est réparti : quatre fusils-mitrailleurs, une
vingtaine de mitraillettes et une quarantaine de mousquetons. D'autres
armes existent dans la ville : fusils de chasse, revolvers, grenades
prises aux Italiens et aux Allemands.” [haut
de page]
28
août : les premières heures
Pierre
BLOCH
“Dans la nuit, les F.T.P. placardent une affiche appelant
la population niçoise à chasser l'occupant. Et le lundi
28 août, au petit matin, ils sont les premiers à faire
claquer du haut des toits les coups de fusil du grand combat. Les
premiers mais non les seuls. Tous les groupes dûment alertés,
les rejoignent et se battent, la main dans la main, contre l'ennemi
commun.”
Louis SANA, 30 ans, dont la famille a fui l'Italie mussolinienne dans
les années 20, est un combattant des F.T.P. La nuit du 27 au
28 a été courte pour lui.
Louis
SANA
“Armé de mon petit revolver, je sors de chez moi,
boulevard Auguste Raynaud, à 5 heures du matin, et me rends
immédiatement au garage Renault, boulevard Gambetta, où
je sais que, Louis Brandone distribue quelques armes : notre armement
est très maigre. Je reviens au Passage à Niveau, où
on me donne quelques hommes et une mitrailleuse. Boulevard Joseph-Garnier,
je poste trois jeunes et la mitrailleuse au carrefour Auguste Raynaud,
pour contrôler l'arrivée possible des Allemands de Gairaut.
A 6 heures je trouve Gallofaro, Reghezza et des hommes place Gambetta,
où, après avoir annoncé aux maraîchers
qu'il va y avoir bataille, nous les invitons à déguerpir,
ce qu'il font immédiatement. Nous disposons nos hommes face
à l'avenue Malausséna où je m'engage, avec "Armand"
Allavéna et Méarelli, pensant y trouver des soldats
polonais avec qui nous avons pris contact les jours précédents.
Mais ce sont des militaires allemands à l'attitude agressive
qui s'y trouvent: après avoir blessé l'un d'eux, nous
faisons trois prisonniers.”
Le groupe 6 des
F.T.P. est retranché au Passage à Niveau, dans une excavation
de la chaussée, sous les ordres de Fortuné Léonardi.
Ils sont soutenus par un groupe "Combat commandé par "Paul"
Cavenago, qui raconte:
Paul CAVENAGO
“A 4 heures du matin, à la caserne Filley, le commandant
Parent me dit que la préfecture et la Poste Thiers sont occupées.
Je rejoins mes groupes de Cessole et le Passage à Niveau où
j'arrive pour le premier choc. Une première voiture montée
par des gradés allemands arrive de la place Gambetta. Elle
est immobilisée par une grenade à l'angle Auguste Raynaud
: 3 morts, un commandant blessé, prisonnier. Cela nous rapporte
deux Mausers, 3 pistolets, des grenades".
Louis SANA
“La voiture venait du boulevard Gambetta, et a été
immobilisée au Passage à niveau. Je m'empare de la sacoche
du commandant blessé. Elle contient des documents importants
sur les projets du commandement allemand. Avec la camionnette récupérée,
Aimé Paiche et moi parcourons le quartier pour y arrêter
les "chemises noires " fascistes que nous connaissons. Quelques-uns
seront exécutés dans la journée. On me demande
de me rendre à la mairie dans la camionnette conduite par le
chauffeur de taxi "Manus". Nous y désarmons sans
difficulté deux agents de police : leurs pistolets nous seront
utiles.”
Lieutenant
MATHIS
“Vers 6 heures, j'entends chez moi, boulevard de Cessole,
quelques coups de feu. Je descends. Arrivé à la hauteur
de la rue de Castellane, je vois quelques F.T.P. en position de combat.
Ils m'annoncent qu'effectivement la bagarre a commencé. Aussitôt,
je vois deux Allemands dans l'avenue de Castellane. Je les somme de
s'arrêter, ils s'enfuient. Acculés dans une maison, ils
se rendent, non sans mal : résultat, un Mauser, un pistolet
6,35, un ceinturon avec cartouchière pleine. Voyant quelques
hommes angle avenue Cyrnos, sans directives et ne sachant que faire,
j'en prends le commandement et j'organise un fortin de résistance
dans la villa "les Pipistrelles", qui domine tout le boulevard.”
Paul CAVENAGO
“A la Brigade mobile, rue André-Theuriet, je somme
les policiers de nous remettre deux mitraillettes et munitions. A
7h30, un camion llemand avec remorque arrive par Joseph-Garnier. Attaqué
à la renade, il laisse des morts, des blessés, des prisonniers.
Nous gagnons une mitrailleuse lourde, des Mausers. Un deuxième
camion subit le même sort: des fusils, des prisonniers.”
Quittons le quartier. Sous le nom de "Jean sans peur", Jean
Calsamiglia commande le principal groupe de F.T.P., chargé
de contrôler le centre-ville.
Jean CALSAMIGLIA
“Depuis notre cantonnement de Pasteur, nous devons gagner
les objectifs prévus. La gendarmerie est occupée sans
difficulté et j'y laisse deux hommes. Au lycée Félix
Faure, les policiers nous attendent avec impatience. Le capitaine
Martin en assurera la défense avec quatre de
mes hommes et les agents qui se mettent à sa disposition. De
là, plusieurs groupes partent à la préfecture,
au siège de la police rue Gioffredo, à
l'imprimerie de “l'Eclaireur”, les pompiers se chargeant
du "Petit Niçois". Je demande à "Pensée"
d'aller prendre le commandement des combattants-traminots, au dépôt
T.N.L., à Riquier. Avec quatre hommes, je me rends à
l'intendance de police, rue Maréchal-Foch, où j'installe
mon P.C. Je fais désarmer les inspecteurs et, aidé par
les agents, j'organise la défense. Tous les hommes tiendront
leur poste durant plus de trente heures, sans aucun repos. Le chef
de groupe Loulou se distingue en abattant six Allemands en l'espace
de cinq minutes. Mais nos munitions sont rationnées et nous
ne devons tirer qu'à coup sûr. Grâce aux agents
de liaison, au dévouement et au courage à toute épreuve,
je reste en communication avec les différents groupes dispersés
dans la ville pour leur donner mes ordres. Je demande au groupe Robert
d'aller attaquer le siège du P.P.F. rue Dalpozzo.”
“Robert”,
Barbev ODADJIAN, A.S. puis F.T.P. en juillet 43, le 28 août
occupe le siège du P.P.F., puis L’ECLAIREUR. Plus tard,
il commandera la 4ème compagnie du Bataillon Riviera (Groupement
Alpin Sud) .
Barbev ODADJIAN
“Nous contrôlons d'abord les immeubles environnants,
rue de la Buffa et rue Maréchal- Joffre. Un fusil-mitrailleur
est braqué sur l'immeuble de la rue Dalpozzo. Avec un camarade,
je pénètre dans les locaux. Nous nous emparons des documents
et ne trouvons pas de résistance. Vers la fin de l'opération,
à 8h30, une voiture allemande occupée par deux officiers
a abordé notre barrage. Sous le feu de nos mitraillettes les
occupants sont tués. Nous récupérons un pistolet-mitrailleur,
un pistolet 7,65, des grenades. Suivant les ordres reçus, nous
nous sommes repliés sur "l'Eclaireur", que nous avons
atteint à 8h45, sans incident, bien que les Allemands d'un
hôtel proche soient venus encercler le lieu de l'incident.A“l'Eclaireur”
(3),j'ai installé un dispositif de défense,
et nous avons fait tirer 10.000 exemplaires du tract dont le texte
m'avait été donné par mes chefs.”
Pierre BARDIN
“A 6 h 30, avenue Désambrois, Emile Vincenti, qui
vient de recevoir deux grenades anglaises, attaque seul un camion
bourré d'Allemands. Nous sommes postés au "Relais
fleuri", d'où nous sommes chassés, et qui sera
incendié.”
Sous le nom de Lucien Mercier, Emile Mercanti commande un groupe sur
les hauteurs ouest de Nice.
Emile
MERCANTI
“Nous avons déclenché la bagarre à
7h30, d'abord contre la batterie de St Pierre de Féric. Le
2e détachement a attaqué quelques Allemands qui patrouillaient
sur la route. Ils ont fait un tué, trois prisonniers. Deux
ont pu s'enfuir, blessés.”
Sur la colline de la Madeleine, où se trouvait un poste
de transmissions, nous avons fait trois prisonniers, gagnant deux
mousquetons, un revolver, un sac de grenades, et tout le matériel
de transmission. La population avec les enfants nous a apporté
une aide précieuse dans notre action.”
Charles MENARDI
“Dès 6 heures, les camarades se présentent
à notre quartier général, le dépôt
de journaux de l'avenue de la Californie. Nous décidons l'occupation
du central téléphonique de Fabron, ce qui est fait sans
difficulté, ainsi que celle du transformateur du quartier la
Vallière. Des résistants des C.F.L. viennent nous rejoindre.
Un combat a lieu où nous avons deux blessés, les soldats
polonais se rendant avec leurs armes.”
Allons à l’autre extrémité de la ville,
au dépôt S.N.C.F. de Nice St-Roch. Le cheminot Lucien
Cantailloube est un responsable des Milices patriotiques de l’
entreprise.
Lucien
CANTAILLOUBE
“A 7h15, j'ai pu rassembler 350 hommes. Auguste Chochoy,
responsable militaire a aussitôt pris les dispositions de défense.
Un poste d’observation est installé au sommet de l'épurateur
Lamy qui domine le quartier. A 9h15, une voiture allemande est signalée,
repérant nos mouvements. Chochoy décide de ne garder
que les camarades armés, ramenant notre effectif à 52
hommes. Les autres sont renvoyés, avec consignes pour les trouver
au premier appel.”
A Riquier, le dépôt
des tramway se veut une “forteresse”.
"PENSEE"
MARTINI
“Au dépôt T.N.L., les soldats polonais de garde
que nous faisons prisonniers décident immédiatement
de combattre avec nous contre les Allemnds. Aux points sensibles du
dépôt, nous aménageons des blockhaus" avec
des sacs de sable. Je donne l'ordre d'attaquer tout camion ou tout
Allemand circulant dans le quartier. Plusieurs seront tués,
d'autres blessés. Dans la matinée, nous sommes contraints
de nous défendre, étant cernés. François
Suarez tombe mort d'une balle dans la tête à mon côté.”
Armand ROTTEMBERG
“Les Groupes Francs de la Résistance comprennent
à Nice, ce 28 août, les groupes Joseph le Fou (Joseph
Manzone), Pascal (Vito), Santucci, Mignon (Ballestre), Tamy, Bensaïd,
Vacher, Eclair. Sous mon autorité, ils sont commandés
par le Cdt Max, un Républicain espagnol nommé Vig. Le
P.C. de Max est installé dans un appartement de la rue de Paris.
Il y dirigera l'action dans le périmètre Gare centrale,
Thiers, avenue de la Victoire, Bd Raimbaldi.”
Brigadier-chef de police DEGUIN
“Le 28 août, ves 7h du matin, étant de service
au lycée, j'ai entendu des coups de feu et entendu dire par
des agents que l'action entreprise était dirigée contre
les Allemands... Je prélevais les gardiens Baglione, Kaspar,
Théobaldi, Bensa. Boulevard Mac-Mahon, nous avons attaqué
à nous cinq une autochenille montée par trois Allemands
qui réussirent à s'enfuir. Nous avons fait emmener la
voiture, par des civils, à la préfecture. Décidés
à interdire tout passage ennemi sur le boulevard des Italiens
et Garibaldi, nous avons pu ensuite nous emparer de deux camions avec
remorques, malgré les tirs des armes automatiques et des mortiers
se trouvant au Château.” [haut de
page]
La
matinée
Revenons au Passage
à Niveau.
Louis SANA
“Boulevard Auguste Raynaud, la population du quartier va
nous aider à dresser une barricade qui arrêtera un camion
allemand. Les militaires allemands menacent les voisins (dont ma femme),
mais notre arrivée les contraindra à s'enfuir par peur
des "terroristes".
Paul CAVENAGO
“A 8h30, une troupe allemande remonte Gambetta, d'arbre
en arbre. Les balles sifflent et ricochent aux angles des rues. Nos
gars sont pleins d'ardeur, mais téméraires. Nous avons
vite des blessés graves qui décéderont. Notre
mitrailleuse fait fureur, les mitraillettes aussi. Les Fritz
tombent. Rien ne passe. La fusillade dure jusqu'à 10 h 30.”
Louis Brandone
et ses camarades tiennent le garage Renault, boulevard Gambetta.
Louis BRANDONE
“Vers 9 h, un groupe d'Allemands met en batterie un mortier
devant le garage, en direction du Passage à niveau. Le mortier
est soutenu par le tir du blockhaus du carrefour Thiers. Quatre coups
sont tirés. Nous mitraillons les Allemands, les forçant
à se retirer par le rue Oscar II. Nous récupérons
le mortier.”
Pierre DURAND
“Vers 11h, je suis sur le boulevard Auguste Raynaud. J'entends
des explosions d'obus à proximité. Nous nous réfugions,
combattants et civils, dans des entrées d'immeubles. Durant
l'heure où les obus sont tombés, quelques personnes
nous prennent à partie "Cette révolte est
dangereuse et inutile,etc, etc..."
Dès la fin du tir, j'apprends que notre poste du Passage
à Niveau a été touché. Il y a des morts
et des blessés, évacués dans une clinique rue
Mantéga. Le support de mitrailleuse est hors d'usage mais il
sera réparé dans un atelier à proximité.”
Lieurenant
MATHIS
“Les obus tombent sans discontinuer. Les groupes du Passage
à Niveau se replient sur nos positions qu'ils viennent renforcer,
plaçant la mitrailleuse à l'angle de l'avenue Cyrnos,
derrière une redoute, et sur la droite un fusil-mitrailleur
allemand. Lorsque la canonnade cesse, les combattants du Passage à
Niveau regagnent leurs anciennes positions de combat.”
René HOUAT
“Le Passage à Niveau et la place Gambetta assurent
aux Allemands une ouverture sur Levens. Coûte que coûte,
les nazis veulent passer, d'où les combats ininterrompus auxquels
prennent part, fraternellement unis, des hommes et des femmes de tous
les mouvements, M.O.I., F.T.P., Combat, C.F.L., Milices patriotiques.”
AUGIER
“Mon groupe de seize hommes combat autour de la place Gambetta.
Au cours de l'attaque d'une voiture ennemie, Auguste Bogniot est abattu
devant le Crédit Lyonnais. Je suis moi-même
Rapport
du chef de groupe BRANDONE
au chef départemental C.F.L. PARENT
Compte
rendu des engagements survenus au cours de la glorieuse journée
du 28 août.
“La bataille s’est déclenchée vers 5 heures
30 du matin. Le groupe BRANDONE (garage RENAULT) sous les ordres de
son chef de groupe se déploie immédiatement et occupe
les positions de combat pour empêcher par les armes divers groupes
d’Allemands, venus pour saboter le materiel, de pénétrer
dans l’intérieur du local.
Une vive fusillade s’engage et les Allemands qui attaquent à
la grenade sont obligés de se retirer devant la farouche résistance
et la riposte des hommes du groupe. Le garage et les locaux dépendant
du garage étaient occupés depuis 4 jours, de jour et
de nuit, par des volontaires.
Vers 9 heures, un nouveau groupe d’Allemands armé d’armes
automatique et d’un canon de 105mm s’arrête devant
le garage RENAULT pour le mettre en batterie en direction du passage
à niveau où se battait un groupe de patriotes.
Malgré le peu d’armes dont disposait le groupe BRANDONE,
celui-ci attaque les Allemands qui sont forcés de se retirer.
Les Allemands se retirent par la rue Oscar II et se réfugient
dans l’avenue GAY d’où ils ne peuvent plus tirer
au canon avec efficacité.
Le groupe BRANDONE continue d’occuper le garage RENAULT et d’en
interdire l’accés jusqu’au lendemain 29 août
où la victoire des F.F.I. assure la libération de la
ville et de ses environs.
Le 29 août au matin le groupe fait une sortie et se dirige sur
le blockhaus situé à l’intersection du boulevard
GAMBETTA et de l’avenue THIERS. Ce retranchement fortifié
est occupé par le groupe et le pavillon national est hissé
sur le fortin. Puis, le calme revenu, tout le groupe fut employé
pour aller couper au chalumeau les barrages antichars situés
boulevard GAMBETTA et boulevard Tzarevitch.
Enfin, tout était terminé, Nice était libérée,
l’ennemi en fuite, mort ou prisonnier. Tous les F.F.I. avaient
bravement fait leur devoir. Au cours de ces engagements, il faut signaler
la conduite exemplaire et
courageuse de tous les F.F.I. du groupe qui n’avaient pas hésité
à faire le sacrifice de leur vie malgré l’infériorité
manifeste de leur armement pour faire face à un ennemi supérieur
en nombre et parfaitement armé.
Une mention toute spéciale au chef de groupe BRANDONE Louis
qui assura la liaison sous le feu des armes automatiques ennemies
avec le P.C. du chef du groupe AMER pour aller chercher des armes.
La sortie du chef BRANDONE fut couverte par le sous-chef de groupe
PAYEN
qui n’hésita pas à s’exposer pour permettre
le passage de son chef.
Il faut également mentionner la brillante et courageuse conduite
du sous-chef de groupe CAMPAGNI Ange, volontaire pour distribuer les
tracts français appelant le peuple aux armes contre l’envahisseur
et qui accomplit sa mission à la barbe des Allemands et rentra
à son poste de combat en forçant tous les barrages.
Fait
à Nice, le 16 septembre 1944
Ernest
BRUN
“Au dépôt T.N.L., à 11h45, l'ennemi
nous mitraille par la rue Auguste Gal. Nous ouvrons le feu, trois
Allemands sont abattus, mais d'autres attaquent à la grenade
: nous nous replions dans un "blockhaus" que nous avons
construit près de l'entrée du dépôt, d'où
nous les tenons en respect, jusqu'à ce qu'ils battent en retraite.”
Paul GRANIER
“A 11h, rue Cassini où je me trouve avec mes camarades,
l'ennemi avance. Une tusillade a lieu qui dure deux heures, mais je
suis appelé à la caserne Filley, car je suis cuisinier
et je dois préparer les repas de trois cents F.F.I. qui méritent
bien cela.”
Max Burlando est
à la mairie avec le groupe "Lenoir".
Max BURLANDO
“Le téléphone sonne soudain. C'est le général
allemand Nickelman, ou l'un de ses officiers. Il exige que les patriotes
rentrent chez eux... -Si la lutte continue, Nice sera bombardée,
les combattants traités en francs-tireurs etc....”
Philippe GIOVANNINI
En réponse à l'ultimatum de l'état-major
allemand menaçant "de mettre Nice à feu et à
sang" si nous n'arrêtons pas les combats, nous lançons
l'ordre n°2 appelant à l'intensification de la lutte.”
[haut de page]
L'après-midi
Les
premiers blessés, combattants ou population civile, étaient
arrivés à l'hôpital St Roch vers 10 heures. A
partir de midi, c'est une arrivée ininterrompue
ODADJIAN Barbev, dit "Robert"
“Vers midi, à "l'Eclaireur", nous recevons
l'ordre de nous replier sur le lycée, que nous atteignons à
12h30. J'installe mes hommes sur les tours, en direction de l'esplanade
du Paillon. Vers 13h30, l'ennemi, installé sur les toits et
aux fenêtres voisines, balaie de ses tirs nos fenêtres
et les galeries. Des automitrailleuses passent dans les rues, tirant
dans les ouvertures. Nous ripostons comme nous ouvons, car nous sommes
à court de munitions. Vers 17h, des tirs de mortiers nous atteignent,
provenant du Château. Ils font peu de dégâts aux
murs de pierres de taille du lycée. Les tirs cesseront vers
19h.”
AUGIER
“Vers 14 h, le groupe monte dans l'immeuble sis 2, avenue
Borriglione, où l'on installe la mitrailleuse servie par Dozol.
Vers 16 h 30, Dozol est blessé par des tirs venant de la villa
Thiole. Nous montons la mitrailleuse sur le toit, d'où Pionchon
descend cinq Allemands, avant d'être lui-même blessé
à la jambe et conduit à l'hôpital.”
Lieutenant
MATHIS
“Vers 16 heures, une voiture allemande descend le boulevard
de Cessole. Nous la laissons passer et l'attaquons par l'arrière
à la mitraillette et à la grenade. En avant, elle est
prise sous le feu des hommes du capitaine Paul. La voiture va buter
contre un arbre avec ses quatre occupants morts ou blessés.
On nous signale un groupe d'Allemands vers le haut de Cyrnos. Nous
finissons par les découvrir, et après une dure bagarre,
nous anéantissons le groupe, entrant en possession d'un fusil-mitrailleur
que nous plaçons au milieu du boulevard de Cessole.”
Jean CALSAMIGLIA
“Vers 16h, le groupe des Milices patriotiques de la Compagnie
des Eaux, rue Gioffredo, capture un colonel allemand porteur de documents
qui me sont remis et que j'envoie par porteur à l'état-major
F.T.P.. Des agents américains en civil, qui se trouvent à
mon P.C., prennent connaissance de ces document et sont ainsi informés.”
René HOUAT
“Les documents nous révèlent que le commandement
allemand donne l'ordre aux troupes en action autour de Nice de se
replier vers l'Italie. La retraite doit commencer à 18 heures.”
Philippe
GIOVANNINI
“Parmi ces documents, il y a les plans de repli des troupes
ennemies, le tracé de la ligne de repli, ainsi que le carnet
de route du colonel où, après traduction, nous relevons
la phrase : "en vue du repli, contourner Nice infestée
de terroristes". Considérant l'importance de ces documents
pour la libération du territoire, nous les avons fait porter
au général comrnandant les troupes américaines
qui avait son P.C. à Grasse. Un officier F.T.P., le commandant
Moreno, s'acquittera de cette mission dans les premières heures
du 29 août.”
Lucien
CANTAILLOUBE
“Vers 17h, le dépôt St-Roch est sous le tir
des pièces allemandes situées l'une à la caserne
Auvare, l'autre boulevard de l'Armée des Alpes. Notre observatoire,
le bâtiment des mécaniciens et l'entrée du dépôt
sont touchés. A 18h, le dépôt est pris à
partie par des unités d'infanterie allemande qui tirent depuis
les pentes du Mont-Alban. Vers 19h, un groupe d'une trentaine d'Allemands
lance une attaque qui est repoussée. Nous avons un mort et
un blessé.”
Léon BARUCCHI
“Cette attaque sur le dépôt montre que, sans
doute, les Allemands cherchaient à assurer leur repli vers
l'Escarène et Sospel, par la voie ferrée. A la gare
Nice-Ville, les cheminots se sont bien battus aussi. Ils ont pris
le blockhaus du carrefour Victoire-Thiers.”
César
MARTINI
“Nous sommes un groupe de trois, légaux F.T.P. du
quartier de Riquier, sous les ordres de Laurent Giaume, que nous pouvons
retrouver dans son imprimerie (requisitionnée par nous), rue
Smolett, où il édite, depuis quelques jours, les appels
au combat. L'après-midi du 28, je dispose
encore de quelques armes, grenades et pistolets remis par Léonard
(Borghèse). Je les remets, rue Auguste Gal, à mon frère
Fernand, à mon cousin Adrien Scortecci, ainsi qu'à Raymond
Albin. Nous apercevons vite que les soldats allemands, à pied
et en voiture, remontent la rue Barla, venant du centre ville en direction
de la Moyenne Corniche. Ils sont sous le feu de nos camarades qui,
depuis les toits et les fenêtres, tirent sur eux avec des jets
de grenades et des coups de fusils de chasse (4).
Les Allemands en retraite, harcelés, apeurés, tirent
des rafales d'armes automatiques aux carrefours, en direction les
rues perpendiculaires. C'est ainsi qu'une balle, après avoir
frôlé mon frère et moi, atteint à mon côté
Raymond Aibin en plein ventre: nous le transportons dans l'abri ous
la place Arson, mais il meurt peu après.”
Edouard BERTRAND
“Depuis ce matin, nous sommes, Carrara, Marie Bocchiardo
et moi, de garde au dépôt clandestin de vivres, rue Fodéré
prolongée, près du port. Marie a son pistolet : elle
veut venger son frère Victor, filsillé le 15 août
à l'Ariane. Nous fournissons des vivres aux combattants des
différents quartiers et entreprises qui nous envoient des hommes
munis d'un papier convenu. Le jeune Sébastien, âgé
de douze ans, assure une liaison avec son père Laurent Giaume,
responsable de l'imprimerie clandestine située rue Smolett.
Tout l'après-mîdi, nous voyons passer, boulevard Impératrice
de Russie, des soldats allemands, à pied ou en camions. Il
suivent l'itinéraire jalonné par les blockhaus de la
place de Riquier, de la place Saluzzo, vers le port et la route de
Villefranche. Certains nous tirent dessus lorsqu'ils nous aperçoivent.
Vers 19 heures, de fortes explosions ébranlent le quartier
: les Allemands font sauter les quais du port.”
Charles MENARDI
“A Carras, le jeune Roger Simon est arrêté
par les Allemands. Torturé, il sera tué dans la soirée.
A Sainte Marguerite, un accrochage a lieu avec des Allemands venant
de Saint Isidore, et Vincent Cantergiani est tué.
Les ouvriers de l'usine de Lingostière signalent qu'une unité
composée de Polonais stationne à la Maison rouge; vallon
de Saint-Laurent, et que les soldats ont tué leur commandant.
Gilles et deux camarades vont prendre contact avec eux et les soldats
décident de se rendre. Une vingtaine d'entre eux sont conduits
à l'usine : ils montrent à nos camarades comment se
servir de leurs armes, et nous signalent que les pontets de dégagement
des eaux, sous la route 202, sont minés. Demain, ils démineront
les pontets et le lit du Var. Gilles informera les Américains
de l'autre côté de la rivière, ce qui facilitera
la traversée par les chars et les véhicules alliés.”
[haut de page]
La
soirée
"PENSEE"
MARTINI
“Vers le soir, le blockhaus de Riquier étant évacué,
je pars l'occuper avec deux hommes. A peine entrés, voilà
qu'un camion passe avec une vingtaine d'Allemands et s'arrête
devant l'entrée. J'ouvre le feu avec mon pistolet et vide le
chargeur. Le camion démarre et s'en va.”
Georges DAMIOT, gardien de la paix
“Je suis allé rejoindre un groupe, place Garibaldi,
attaqué par deux nids de mitrailleuses. Pendant le combat,
alors que nous étions sous les arcades, un convoi de six camions
vint à passer. Les occupants ont ouvert le feu sur nous, nous
avons répondu et j'ai eu la joie d'abattre trois boches. Mais
nous avons perdu deux camarades F.F.I., Paul Vallaghé, le champion
de tir qui venait d'abattre plusieurs Allemands, et Vincent Boscarello.
Dans la soirée, nous avons pu mettre en tuite les servants
des mitrailleuses de Garibaldi. Me repliant sur le lycée, j'ai
été pris sous le feu de mitrailleuses ennemies situées,
cette fois, au Château.”
René
HOUAT
“Partout, aux quatre coins de la ville, l'ordre est donné
aux F.F.I. de ne tirer qu'à coup sûr, de monter sur les
toits, d'ajuster l'ennemi, de renforcer les barricades, de rester
en alerte toute la nuit. De notre P.C. de la cascade de Gairaut, que
nous avons regagné, nous écoutons les coups de feu,
avec cette question angoissante : aurons-nous assez de munitions?”
Max BURLANDO
“Dans le Vieux-Nice, plusieurs morts au combat : Joseph
Giuge et Jean Gordolon, mortellement blessés à la mairie,
Jean Bobichon, descente Crotti, Jean Moralès, rue de la Préfecture.
D'autres morts à Riquier : en plus de François Suarez,
au dépôt T.N.L., André Genouillac, rue de la République,
Raymond Albin, place Arson.”
Noël
LANZI
“Toute la journée, le combat n'a pas cessé
au Passage à Niveau. Le bilan de nos morts est lourd, avec
douze tués : pour les F.T.P. Jean Ballestra, Roger Boyer, Lucien
Chervin, Auguste Gouirand, Alphonse Cornil; pour le groupe Gérôme,
Auguste Bogniot; pour le groupe Lorraine, René Barralis; puis
Raymond Carmine, Jean Autheman, Aristakès Arsomamian. Par contre,
nous sommes fiers de notre bilan : 40 prisonniers (que nous gardons
dans un garage de la rue George Doublet), 5 camions et des remorques,
des voitures et camionnettes, des mitrailleuses et armes diverses,
des munitions en quantité....”
Jules COUSIN
“L'ordre d'insurrection, lancé par les F.T.P. 48
heures avant la date fixée, n'a pas permis d'engager la totalité
des groupes. Seuls ceux qui ont pu être contactés dans
la nuit du 27 au 28 août ont pu prendre part aux combats et
s'approvisionner en armes au lycée et à la caserne Filley.
Les secteurs d'opération ont été: le port, Filley,
Mac-Mahon; le Passage à Niveau-Gambetta; Fabron et Banlieue;
le dépôt Saint-Roch; le Central Thiers et le Central
Wilson.”
Ajoutons à
la liste des patriotes morts aux combats du 28 août Sauveur
Bernardo, sous le pont de la voie ferrée, place de Riquier,
blessé le 28, décédé le 29; Eugène
Alentchenko, sur le toit d'un immeuble de la rue Defly; René
Bensaïd, des C.F.L., devant l'hôtel Terminus; Basile Rossi
à
la Bornala. Le gendarme Emile Krieger, 54 ans, du groupe René
Canta, fut arrêté à la villa Paradisio, à
Cimiez, emmené via l'Italie à Dachau et mort en déportation.
Il y eut des centaines de blessés.
Brigadier-chef
DEGUIN
“Vers le soir, passant par la poste Wilson, six Allemands
en patrouille m'ont tiré dessus à la mitraillette. Mon
revolver était vide. Plus tard, dans la nuit, j'ai vu près
de deux cents Allemands passer, boulevard Carabacel, en file indienne,
de chaque côté du boulevard... J'insiste sur le fait
que, si nous avions été prévenus et si nous avions
eu des armes, aucun Allemand n'aurait pu sortir de Nice.”
Albert Piccardo
est un Niçois de 23 ans, réfractaire au Service du travail
obligatoire en Allemagne qui, arrêté puis évadé,
se cache depuis juin à Golfe-Juan. Le 27 août, il accompagne
les Américains dans leur marche jusqu 'aux rives du Var.
Albert
PICCARDO
“Me voici à Saint-Laurent du Var le 28 août.
Ayant appris que, depuis le matin, les patriotes niçois ont
commencé le combat contre les Allemands, et sachant que mes
camarades du groupe sont dépourvus d'armes, je n'hésite
pas à passer le Var, car je possède chez moi quelques
revolvers.
Trois civils faisant partie eux aussi de groupes de Résistance
se joignent à moi. A peine avons-nous traversé le Var
à gué que nous sommes arrêtés par une patrouille
allemande qui nous conduit immédiatement auprès des
officiers de l'Etat-major à Fabron supérieur, où
nous sommes interrogés à tour de rôle. Vers 21h30,
une estafette vient chercher l'un d'entre nous. Dix minutes plus tard
c'est mon tour; on me fait faire une trentaine de pas dans la propriété,
et brusquement, un officier qui m'a rejoint me tire à bout
portant une balle qui me traverse de part en part l'épaule
droite. Ayant gardé toute ma lucidité, je me laisse
tomber lourdement sur le sol et je fais le mort. Quelques minutes
plus tard, je dois assister au spectacle affreux de l'exécution
barbare de mes deux camarades qui, râlant, ont la gorge tranchée
à coups de couteau. Resté seul, perdant beaucoup de
sang et sentant l'alourdissement me gagner, je rampe à travers
les fils de fer barbelés, puis, ayant aperçu un sentier,
je me mets à le suivre. Après avoir marché, rampé,
sauté, dégringolé un vallon, je finis par atteindre
une route où je demande du secours à des habitants d'une
villa, “le Refuge”. Le secours m'est refusé, mais
j 'apprends au moins où je suis : à cent mètres
du restaurant de Fabron appartenant à M. Guido Cordellini,
qui avait été arrêté par la Gestapo, en
juin, en même temps que moi. Quel merveilleux hasard! Sitôt
parvenu à destination, je frappe à la porte, et quelle
n'est pas sa surprise de me voir tout couvert de sang! On me place
sur une chaise longue dans l'appartement, et les soins les plus urgents
me sont prodigués. J'avais une grosse fièvre, Guido
Cordellini me surveille jusqu'au matin du 29 août. Au matin
du 29 août, les F.F.I. de Fabron viendront me chercher avec
l'ambulance des pompiers, et m'accompagneront à l'hôpital
Pasteur.”
Voici
d'ailleurs, à ce sujet, le rapport du chef de groupe F.T.P.
Giorni :
Milices patriotiques et F.T.P.F., section Fabron :
Je, soussigné Giorni Gualtiero, chef de groupe
F.T.P.F., déclare sur l'honneur que le 29 août à
8 heures du matin, prévenus par M. Guido, restaurateur à
Fabron, nous nous sommes rendus chez ce dernier qui avait recueilli
chez lui dans la nuit du 28 au 29, Albert Piccardo qui, bien qu'assez
gravement blessé, a tenu à nous renseigner sur les péripéties
qu'il avait encourues, et nous a donné toutes indications utiles
qui nous ont permis de retrouver les corpds de deux de ses camarades,
Lucien Corbé et Joseph Aréna, tous deux de Cannes (5),
victimes de la férocité allemande, et aussi de récupérer
à l'ennemi divers matériels.
|