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L'INSURRECTION RACONTEE PAR LES INSURGES

Nice, 28 août 1944

 

 

 

 

En septembre 1944,et plus tard, Norbert Jamme, dit "Commandant Job", sous-chef F.F.I. des Alpes-Maritimes en août 1944, a rassemblé les rapports et récits des chefs et combattants de l'insurrection victorieuse de Nice, le 28 août.

Les auteurs de ces textes appartenaient aux divers groupes armés ayant combattu. Beaucoup sont décédés.

Notre Musée de la Résistance Azuréenne dispose aujourd'hui de ces textes, remis à l'A.N.A.C.R. par Norbert Jamme avant sa mort. Nous avons utilisé 23 de ces rapports qui, augmentés de récits oraux, nous ont permis, à l'occasion du 50e anniversaire, de réaliser cette relation collective des combats de rues, au cours d'une journée historique
pour la ville de Nice.

Les combattants témoins :

AUGIER, chef du groupe "Gérôme", des Corps francs de la Libération
BARDIN Pierre, Combattant F.T.P.
BARRUCCHI Léon, responsable cheminots
BERTRAND Edouard, chef du groupe F.T.P.
Bloch Pierre, "colonel Prévost", inspecteur national du "Mouvement de Libération Nationale" (MLN)
BRANDONE Louis, "Blé", chef du groupe C.F.L
BRUN Ernest, chef du groupe C.F.L.
BURLANDO Max, combattant du groupe "Lenoir"
CALSAMIGLIA Jean, "Jean sans peur", chef F.T.P. de Sous-secteur.
CANTAILLOUIBE Lucien, responsable cheminot de la C.G.T. et des "Milices patriotiques".
CAVENAGO Paul, "Capitaine Paul", des C.F.L.
COUSIN Jules, "commandant Parent", chef départemental des C.F.L.
DAMIOT Georges, gardien de la paix.
DEGUIN, brigadier-chef de police.
DURAND Pierre, "Georges', responsable aux cadres du P.C.F.
GIORNI Gualterio, chef du groupe F.T.P.
GIOVANNINI Philippe, "Souny", chef départemental F.T.P.
HOUAT René, "Duchêne", responsable départemental du P.C.F.
LANZI Noël, combattant des F.T.P.
MARTINI César, combattant des F.T.P.
MATHIS, lieutenant des D.F.L.
MENARDI Charles, chef des F.T.P.
MERCANTI Emile, "Mercier", chef F.T.P.
ODADJIAN Barbev, dit "Robert", chef des chef F.T.P.
PICCARDO Albert, volontaire venu de Cannes
ROTTENBERG Armand, chef des Groupes Francs de la Résistance
SANS Louis, combattant F.T.P. et M.O.I.

 

Notes de lecture :

(1)
C'est l'écrivain Pierre Abraham, frère de Jean-Richard Bloch et de Marcel Bloch-Dassault. Retour au texte

(2)
René Houat (Duchêne) affirme qu'il était présent à cette réunion du 27. Par ailleurs, il avait présidé la réunion, au même endroit, quelques jours auparavant, le 24 août. Retour au texte

(3)
Les bureaux et l'imprimerie de "L'éclaireur " se trouvainet avenue de la Victoire, l'actuelle avenue Jean Médecin. Retour au texte

(4)
Le secteur de la rue Barla, place Saluzzo (actuelle Place Max Barel) bd de Riquier, était tenu par le groupe F.T.P. commandé par Antoine Anelli. Le groupe "Lenoir", de la police, avait remonté des fusils de chasse 1940 par leurs proprétaires sur l'ordre du gouvernement de Vichy. Retour au texte

(5)
Lucien Corbé, 58 ans, avait une fille dans la Résistance, compagne d'Hélène Vagliano fusillée à l'Ariane le 15 août ; Joseph Aréna, 45 ans, avait son fils au maquis. Retour au texte

 

 

L'insurrection niçoise vu par le chef de la France Libre

Général de Gaulle, place Masséna, 9 avril 1945
Nice libérée, Nice fière, Nice glorieuse, vient d'exprimer magnifiquement les sentiments de la population tout entière et ces sentiments-là, je vous le dis, ce sont ceux de toute la France. Nice n’a jamais renoncé à elle-même, ni renoncé à la France. Ah! qu'ils étaient naïfs en même temps qu'insolents ceux qui avaient prétendu qu'on pouvait l'arracher à la France...

 

L'insurrection niçoise vu par le chef de la France Libre
des F.FI. de l'Ile de France


Colonel Rol-Tanguy, 11 novembre 1944.
Aux F.FI. de Nice, qui ont su résister; se battre, et finalement libérer leur ville, et dont l'exemple rejoint celui des F. F. I. de Paris, dans la lutte pour chasser l'envahisseur; et jeter les bases de la nouvelle Armée Nationale Française!
Bien fraternellement.

 

 

Appel du Comité départemental
de libération clandestin (27 août 1944)

Français, Françaises,
Le 15 août les armées alliées, comprenant l'armée française de la libération, ont pris pied sur notre sol. Elles sont aux portes de Nice. Cannes, Antibes et Grasse sont libérées : la Wehrmacht aux abois ne sait plus où se réfugier, ses soldats ont peur!
Ils savent maintenant qu'ils sont vaincus, mais notre ville reste à libérer. Dès le débarquement, la C.G. T. a lancé l'ordre de grève générale. Les F. F.L ont organisé les guerillas.
Mais cela ne suffit pas !
Le peuple de Nice, quatrième ville de France, se doit, après l'exemple de Paris, de Marseille, de Bordeaux, de Lyon et autres villes de France, de se libérer à son tour, de faciliter l'entrée victorieuse des troupes alliées dans la capitale de la Côte d'Azur.
Pour cela, le C. D. L. vous appelle au combat.
Aux armes citoyens!
Partout abattez les Boches, désarmez-les, entrez en masse dans les Milices patriotiques. Un seul mot d'ordre : s'organiser, s'armer, se battre!
Vivent les F. F.L ! Vive la libération de Nice! Vive la France!
En avant, tous au combat!

Le C.D.L. ( F.N., P.C., C.G.T., M.L.N.)

Nice, 27 août 1944

Pierre BLOCH (1)
“Le 26 août, j'ai créé à Nice le "Comité d'action F.F.I." réunissant les chefs de groupes F.F.I. dont les pseudonymes sont Cousin, Ro, Léon, Albert, Monestier, et l'inspecteur de police N... Hier 26 août, j'ai pu prendre contact avec le docteur "Dartois" (Sapir), responsable des Milices patriotiques. Le 27, je le retrouve donc à la librairie Paradis, en compagnie de l'avocat Brandon, responsable départemental du Front National, se disant habilité à parler au nom des F.T.P. A l'issue de l'entretien, nos trois signatures sont apposées au bas d'un texte bref, charte d'unité d'action pour la lutte imminente.”

Pierre DURAND
“Le dimanche 27 août 1944, à la mi-joumée, sont réunis, palais Stella, boulevard de Cessole, Souny, chef départemental F.T.P., Armand, pour les "Milices patriotiques" des entreprises, Jean-sans-peur, pour les F.T.P. de Nice, Ludovic, pour la M.O.I. (Main d'oeuvre immigrée), Thibaud, pour la C.G.T., moi-même, Georges, responsable départemental au parti communiste et aux F.T.P., plus un invité, Bemard, cadre régional bloqué à Nice.
Brandon, du Front National, et Duchêne, du Parti communiste (2), sont absents pour des raisons de sécurité. Ils seront immédiatement informés des décisions prises. Ensemble, nous formons “le Comité insurrectionnel”. Nous évoquons la situation. Les Américains ne semblent pas vouloir présentement franchir le Var. Les maquisards sont aux prises avec les Allemands dans l'arrière-pays immédiat, et on peut espérer leur arrivée. Dans la ville, la grève lancée par la C.G.T. est effective aux T.N.L. à l'usine à gaz, dans les chemins de fer, la métallurgie, le bâtiment; les ordures ménagères ne sont plus ramassées, “l'Eclaireur”et le "Petit Niçois" ne paraissent qu'avec la permission du personnel. Les combattants armés ont hâte d'en finir avec l'occupation. La population est favorable, des contacts sont pris avec la police et une partie de la gendarmerie. Les pompiers sont dans la Résistance. Nous estimons pouvoir compter sur l'entrée dans le combat des autres formations armées se trouvant dans la ville. Les troupes ennemies, cantonnées sur les hauteurs de la ville où elles ne circulent que dans la journée, peuvent être efficacement combattues dans les rues, où déja la M.O.I. et quelques équipes de F.T.P. sont dans l'action. La décision est prise : nous attaquerons ensemble demain 28 août à 6 heures. Chacun sait ce qu'il a à faire. Nous nous séparons pour transmettre l'ordre à tous les responsables. Personnellement, je me rends chez Duchêne. Il me remet un appel que j'emporte pour être imprimé et diffusé. Je gagne ensuite la caserne Filley, où se trouvent des membres des "Corps Francs de la Libération" (dont le groupe Parent, qui peut armer une centaine d'hommes) pour les informer de notre décision. Je serai le lendemain au Passage à Niveau.”


René HOUAT
“Cinquante F.T.P. et soixante M.O.I. partiront à l'attaque, soutenus par un millier de "Milices patriotiques”, avec le soutien probable des gardiens de la paix, la neutralité de la gendarmerie et la force incalculable que représente le patriotisme du peuple.
Nous installons le P.C. des F.T.P. dans une petite maison, non loin de la cascade de Gairaut. Le contact est permanent entre Souny et moi-même, Armand, commandant les Milices patriotiques, Ludovic, commandant de la M.O.I., Thibaut, pour la C.G.T. et bien entendu, le C.D.L.”

Phlippe Giovannini (nom de guerre Souny) prend la direction des opérations.

Philippe GIOVANNINI

“Dans la nuit du 27 au 28, notre ordre d'opération est transmis et commenté à notre groupe spécial d'action, hébergé depuis plusieurs jours à l'hôpital Pasteur, sous la garde vigilante de l'abbé Perrin et le commandement de Jean-sans-peur.”
Les groupes de combat qui partiront d'ici sont constitués, chargés de missions précises sur les objectifs à atteindre dès les premières heures de l'attaque. L'armement, peu important, est réparti : quatre fusils-mitrailleurs, une vingtaine de mitraillettes et une quarantaine de mousquetons. D'autres armes existent dans la ville : fusils de chasse, revolvers, grenades prises aux Italiens et aux Allemands.” [haut de page]

28 août : les premières heures

Pierre BLOCH
“Dans la nuit, les F.T.P. placardent une affiche appelant la population niçoise à chasser l'occupant. Et le lundi 28 août, au petit matin, ils sont les premiers à faire claquer du haut des toits les coups de fusil du grand combat. Les premiers mais non les seuls. Tous les groupes dûment alertés, les rejoignent et se battent, la main dans la main, contre l'ennemi commun.”

Louis SANA, 30 ans, dont la famille a fui l'Italie mussolinienne dans les années 20, est un combattant des F.T.P. La nuit du 27 au 28 a été courte pour lui.

Louis SANA
“Armé de mon petit revolver, je sors de chez moi, boulevard Auguste Raynaud, à 5 heures du matin, et me rends immédiatement au garage Renault, boulevard Gambetta, où je sais que, Louis Brandone distribue quelques armes : notre armement est très maigre. Je reviens au Passage à Niveau, où on me donne quelques hommes et une mitrailleuse. Boulevard Joseph-Garnier, je poste trois jeunes et la mitrailleuse au carrefour Auguste Raynaud, pour contrôler l'arrivée possible des Allemands de Gairaut. A 6 heures je trouve Gallofaro, Reghezza et des hommes place Gambetta, où, après avoir annoncé aux maraîchers qu'il va y avoir bataille, nous les invitons à déguerpir, ce qu'il font immédiatement. Nous disposons nos hommes face à l'avenue Malausséna où je m'engage, avec "Armand" Allavéna et Méarelli, pensant y trouver des soldats polonais avec qui nous avons pris contact les jours précédents. Mais ce sont des militaires allemands à l'attitude agressive qui s'y trouvent: après avoir blessé l'un d'eux, nous faisons trois prisonniers.”


Le groupe 6 des F.T.P. est retranché au Passage à Niveau, dans une excavation de la chaussée, sous les ordres de Fortuné Léonardi. Ils sont soutenus par un groupe "Combat commandé par "Paul" Cavenago, qui raconte:

Paul CAVENAGO
A 4 heures du matin, à la caserne Filley, le commandant Parent me dit que la préfecture et la Poste Thiers sont occupées. Je rejoins mes groupes de Cessole et le Passage à Niveau où j'arrive pour le premier choc. Une première voiture montée par des gradés allemands arrive de la place Gambetta. Elle est immobilisée par une grenade à l'angle Auguste Raynaud : 3 morts, un commandant blessé, prisonnier. Cela nous rapporte deux Mausers, 3 pistolets, des grenades".


Louis SANA
“La voiture venait du boulevard Gambetta, et a été immobilisée au Passage à niveau. Je m'empare de la sacoche du commandant blessé. Elle contient des documents importants sur les projets du commandement allemand. Avec la camionnette récupérée, Aimé Paiche et moi parcourons le quartier pour y arrêter les "chemises noires " fascistes que nous connaissons. Quelques-uns seront exécutés dans la journée. On me demande de me rendre à la mairie dans la camionnette conduite par le chauffeur de taxi "Manus". Nous y désarmons sans difficulté deux agents de police : leurs pistolets nous seront utiles.”


Lieutenant MATHIS
“Vers 6 heures, j'entends chez moi, boulevard de Cessole, quelques coups de feu. Je descends. Arrivé à la hauteur de la rue de Castellane, je vois quelques F.T.P. en position de combat. Ils m'annoncent qu'effectivement la bagarre a commencé. Aussitôt, je vois deux Allemands dans l'avenue de Castellane. Je les somme de s'arrêter, ils s'enfuient. Acculés dans une maison, ils se rendent, non sans mal : résultat, un Mauser, un pistolet 6,35, un ceinturon avec cartouchière pleine. Voyant quelques hommes angle avenue Cyrnos, sans directives et ne sachant que faire, j'en prends le commandement et j'organise un fortin de résistance dans la villa "les Pipistrelles", qui domine tout le boulevard.”

Paul CAVENAGO
“A la Brigade mobile, rue André-Theuriet, je somme les policiers de nous remettre deux mitraillettes et munitions. A 7h30, un camion llemand avec remorque arrive par Joseph-Garnier. Attaqué à la renade, il laisse des morts, des blessés, des prisonniers. Nous gagnons une mitrailleuse lourde, des Mausers. Un deuxième camion subit le même sort: des fusils, des prisonniers.”
Quittons le quartier. Sous le nom de "Jean sans peur", Jean Calsamiglia commande le principal groupe de F.T.P., chargé de contrôler le centre-ville.

Jean CALSAMIGLIA
“Depuis notre cantonnement de Pasteur, nous devons gagner les objectifs prévus. La gendarmerie est occupée sans difficulté et j'y laisse deux hommes. Au lycée Félix Faure, les policiers nous attendent avec impatience. Le capitaine Martin en assurera la défense avec quatre de
mes hommes et les agents qui se mettent à sa disposition. De là, plusieurs groupes partent à la préfecture, au siège de la police rue Gioffredo, à
l'imprimerie de “l'Eclaireur”, les pompiers se chargeant du "Petit Niçois". Je demande à "Pensée" d'aller prendre le commandement des combattants-traminots, au dépôt T.N.L., à Riquier. Avec quatre hommes, je me rends à l'intendance de police, rue Maréchal-Foch, où j'installe mon P.C. Je fais désarmer les inspecteurs et, aidé par les agents, j'organise la défense. Tous les hommes tiendront leur poste durant plus de trente heures, sans aucun repos. Le chef de groupe Loulou se distingue en abattant six Allemands en l'espace de cinq minutes. Mais nos munitions sont rationnées et nous ne devons tirer qu'à coup sûr. Grâce aux agents de liaison, au dévouement et au courage à toute épreuve, je reste en communication avec les différents groupes dispersés dans la ville pour leur donner mes ordres. Je demande au groupe Robert d'aller attaquer le siège du P.P.F. rue Dalpozzo.”


“Robert”, Barbev ODADJIAN, A.S. puis F.T.P. en juillet 43, le 28 août occupe le siège du P.P.F., puis L’ECLAIREUR. Plus tard, il commandera la 4ème compagnie du Bataillon Riviera (Groupement Alpin Sud) .

Barbev ODADJIAN
“Nous contrôlons d'abord les immeubles environnants, rue de la Buffa et rue Maréchal- Joffre. Un fusil-mitrailleur est braqué sur l'immeuble de la rue Dalpozzo. Avec un camarade, je pénètre dans les locaux. Nous nous emparons des documents et ne trouvons pas de résistance. Vers la fin de l'opération, à 8h30, une voiture allemande occupée par deux officiers a abordé notre barrage. Sous le feu de nos mitraillettes les occupants sont tués. Nous récupérons un pistolet-mitrailleur, un pistolet 7,65, des grenades. Suivant les ordres reçus, nous nous sommes repliés sur "l'Eclaireur", que nous avons atteint à 8h45, sans incident, bien que les Allemands d'un hôtel proche soient venus encercler le lieu de l'incident.A“l'Eclaireur” (3),j'ai installé un dispositif de défense, et nous avons fait tirer 10.000 exemplaires du tract dont le texte m'avait été donné par mes chefs.”

Pierre BARDIN
A 6 h 30, avenue Désambrois, Emile Vincenti, qui vient de recevoir deux grenades anglaises, attaque seul un camion bourré d'Allemands. Nous sommes postés au "Relais fleuri", d'où nous sommes chassés, et qui sera incendié.”

Sous le nom de Lucien Mercier, Emile Mercanti commande un groupe sur les hauteurs ouest de Nice.

Emile MERCANTI
“Nous avons déclenché la bagarre à 7h30, d'abord contre la batterie de St Pierre de Féric. Le 2e détachement a attaqué quelques Allemands qui patrouillaient sur la route. Ils ont fait un tué, trois prisonniers. Deux ont pu s'enfuir, blessés.”
Sur la colline de la Madeleine, où se trouvait un poste de transmissions, nous avons fait trois prisonniers, gagnant deux mousquetons, un revolver, un sac de grenades, et tout le matériel de transmission. La population avec les enfants nous a apporté une aide précieuse dans notre action.”

Charles MENARDI
“Dès 6 heures, les camarades se présentent à notre quartier général, le dépôt de journaux de l'avenue de la Californie. Nous décidons l'occupation du central téléphonique de Fabron, ce qui est fait sans difficulté, ainsi que celle du transformateur du quartier la Vallière. Des résistants des C.F.L. viennent nous rejoindre. Un combat a lieu où nous avons deux blessés, les soldats polonais se rendant avec leurs armes.”

Allons à l’autre extrémité de la ville, au dépôt S.N.C.F. de Nice St-Roch. Le cheminot Lucien Cantailloube est un responsable des Milices patriotiques de l’ entreprise.


Lucien CANTAILLOUBE
“A 7h15, j'ai pu rassembler 350 hommes. Auguste Chochoy, responsable militaire a aussitôt pris les dispositions de défense. Un poste d’observation est installé au sommet de l'épurateur Lamy qui domine le quartier. A 9h15, une voiture allemande est signalée, repérant nos mouvements. Chochoy décide de ne garder que les camarades armés, ramenant notre effectif à 52 hommes. Les autres sont renvoyés, avec consignes pour les trouver au premier appel.”


A Riquier, le dépôt des tramway se veut une “forteresse”.

"PENSEE" MARTINI
“Au dépôt T.N.L., les soldats polonais de garde que nous faisons prisonniers décident immédiatement de combattre avec nous contre les Allemnds. Aux points sensibles du dépôt, nous aménageons des blockhaus" avec des sacs de sable. Je donne l'ordre d'attaquer tout camion ou tout Allemand circulant dans le quartier. Plusieurs seront tués, d'autres blessés. Dans la matinée, nous sommes contraints de nous défendre, étant cernés. François Suarez tombe mort d'une balle dans la tête à mon côté.”

Armand ROTTEMBERG
“Les Groupes Francs de la Résistance comprennent à Nice, ce 28 août, les groupes Joseph le Fou (Joseph Manzone), Pascal (Vito), Santucci, Mignon (Ballestre), Tamy, Bensaïd, Vacher, Eclair. Sous mon autorité, ils sont commandés par le Cdt Max, un Républicain espagnol nommé Vig. Le P.C. de Max est installé dans un appartement de la rue de Paris. Il y dirigera l'action dans le périmètre Gare centrale, Thiers, avenue de la Victoire, Bd Raimbaldi.”

Brigadier-chef de police DEGUIN
“Le 28 août, ves 7h du matin, étant de service au lycée, j'ai entendu des coups de feu et entendu dire par des agents que l'action entreprise était dirigée contre les Allemands... Je prélevais les gardiens Baglione, Kaspar, Théobaldi, Bensa. Boulevard Mac-Mahon, nous avons attaqué à nous cinq une autochenille montée par trois Allemands qui réussirent à s'enfuir. Nous avons fait emmener la voiture, par des civils, à la préfecture. Décidés à interdire tout passage ennemi sur le boulevard des Italiens et Garibaldi, nous avons pu ensuite nous emparer de deux camions avec remorques, malgré les tirs des armes automatiques et des mortiers se trouvant au Château.” [haut de page]

La matinée

Revenons au Passage à Niveau.
Louis SANA
“Boulevard Auguste Raynaud, la population du quartier va nous aider à dresser une barricade qui arrêtera un camion allemand. Les militaires allemands menacent les voisins (dont ma femme), mais notre arrivée les contraindra à s'enfuir par peur des "terroristes".


Paul CAVENAGO
“A 8h30, une troupe allemande remonte Gambetta, d'arbre en arbre. Les balles sifflent et ricochent aux angles des rues. Nos gars sont pleins d'ardeur, mais téméraires. Nous avons vite des blessés graves qui décéderont. Notre mitrailleuse fait fureur, les mitraillettes aussi. Les Fritz
tombent. Rien ne passe. La fusillade dure jusqu'à 10 h 30.”


Louis Brandone et ses camarades tiennent le garage Renault, boulevard Gambetta.

Louis BRANDONE
“Vers 9 h, un groupe d'Allemands met en batterie un mortier devant le garage, en direction du Passage à niveau. Le mortier est soutenu par le tir du blockhaus du carrefour Thiers. Quatre coups sont tirés. Nous mitraillons les Allemands, les forçant à se retirer par le rue Oscar II. Nous récupérons le mortier.”

Pierre DURAND
“Vers 11h, je suis sur le boulevard Auguste Raynaud. J'entends des explosions d'obus à proximité. Nous nous réfugions, combattants et civils, dans des entrées d'immeubles. Durant l'heure où les obus sont tombés, quelques personnes nous prennent à partie "Cette révolte est
dangereuse et inutile,etc, etc..."

Dès la fin du tir, j'apprends que notre poste du Passage à Niveau a été touché. Il y a des morts et des blessés, évacués dans une clinique rue Mantéga. Le support de mitrailleuse est hors d'usage mais il sera réparé dans un atelier à proximité.”

Lieurenant MATHIS
“Les obus tombent sans discontinuer. Les groupes du Passage à Niveau se replient sur nos positions qu'ils viennent renforcer, plaçant la mitrailleuse à l'angle de l'avenue Cyrnos, derrière une redoute, et sur la droite un fusil-mitrailleur allemand. Lorsque la canonnade cesse, les combattants du Passage à Niveau regagnent leurs anciennes positions de combat.”

René HOUAT
“Le Passage à Niveau et la place Gambetta assurent aux Allemands une ouverture sur Levens. Coûte que coûte, les nazis veulent passer, d'où les combats ininterrompus auxquels prennent part, fraternellement unis, des hommes et des femmes de tous les mouvements, M.O.I., F.T.P., Combat, C.F.L., Milices patriotiques.”


AUGIER
“Mon groupe de seize hommes combat autour de la place Gambetta. Au cours de l'attaque d'une voiture ennemie, Auguste Bogniot est abattu devant le Crédit Lyonnais. Je suis moi-même

Rapport du chef de groupe BRANDONE
au chef départemental C.F.L. PARENT

Compte rendu des engagements survenus au cours de la glorieuse journée du 28 août.
“La bataille s’est déclenchée vers 5 heures 30 du matin. Le groupe BRANDONE (garage RENAULT) sous les ordres de son chef de groupe se déploie immédiatement et occupe les positions de combat pour empêcher par les armes divers groupes d’Allemands, venus pour saboter le materiel, de pénétrer dans l’intérieur du local.
Une vive fusillade s’engage et les Allemands qui attaquent à la grenade sont obligés de se retirer devant la farouche résistance et la riposte des hommes du groupe. Le garage et les locaux dépendant du garage étaient occupés depuis 4 jours, de jour et de nuit, par des volontaires.
Vers 9 heures, un nouveau groupe d’Allemands armé d’armes automatique et d’un canon de 105mm s’arrête devant le garage RENAULT pour le mettre en batterie en direction du passage à niveau où se battait un groupe de patriotes.
Malgré le peu d’armes dont disposait le groupe BRANDONE, celui-ci attaque les Allemands qui sont forcés de se retirer. Les Allemands se retirent par la rue Oscar II et se réfugient dans l’avenue GAY d’où ils ne peuvent plus tirer au canon avec efficacité.
Le groupe BRANDONE continue d’occuper le garage RENAULT et d’en interdire l’accés jusqu’au lendemain 29 août où la victoire des F.F.I. assure la libération de la ville et de ses environs.
Le 29 août au matin le groupe fait une sortie et se dirige sur le blockhaus situé à l’intersection du boulevard GAMBETTA et de l’avenue THIERS. Ce retranchement fortifié est occupé par le groupe et le pavillon national est hissé sur le fortin. Puis, le calme revenu, tout le groupe fut employé pour aller couper au chalumeau les barrages antichars situés boulevard GAMBETTA et boulevard Tzarevitch.
Enfin, tout était terminé, Nice était libérée, l’ennemi en fuite, mort ou prisonnier. Tous les F.F.I. avaient bravement fait leur devoir. Au cours de ces engagements, il faut signaler la conduite exemplaire et
courageuse de tous les F.F.I. du groupe qui n’avaient pas hésité à faire le sacrifice de leur vie malgré l’infériorité manifeste de leur armement pour faire face à un ennemi supérieur en nombre et parfaitement armé.
Une mention toute spéciale au chef de groupe BRANDONE Louis qui assura la liaison sous le feu des armes automatiques ennemies avec le P.C. du chef du groupe AMER pour aller chercher des armes. La sortie du chef BRANDONE fut couverte par le sous-chef de groupe PAYEN
qui n’hésita pas à s’exposer pour permettre le passage de son chef.
Il faut également mentionner la brillante et courageuse conduite du sous-chef de groupe CAMPAGNI Ange, volontaire pour distribuer les tracts français appelant le peuple aux armes contre l’envahisseur et qui accomplit sa mission à la barbe des Allemands et rentra à son poste de combat en forçant tous les barrages.

Fait à Nice, le 16 septembre 1944

Ernest BRUN
“Au dépôt T.N.L., à 11h45, l'ennemi nous mitraille par la rue Auguste Gal. Nous ouvrons le feu, trois Allemands sont abattus, mais d'autres attaquent à la grenade : nous nous replions dans un "blockhaus" que nous avons construit près de l'entrée du dépôt, d'où nous les tenons en respect, jusqu'à ce qu'ils battent en retraite.”


Paul GRANIER
“A 11h, rue Cassini où je me trouve avec mes camarades, l'ennemi avance. Une tusillade a lieu qui dure deux heures, mais je suis appelé à la caserne Filley, car je suis cuisinier et je dois préparer les repas de trois cents F.F.I. qui méritent bien cela.”

Max Burlando est à la mairie avec le groupe "Lenoir".


Max BURLANDO
“Le téléphone sonne soudain. C'est le général allemand Nickelman, ou l'un de ses officiers. Il exige que les patriotes rentrent chez eux... -Si la lutte continue, Nice sera bombardée, les combattants traités en francs-tireurs etc....”

Philippe GIOVANNINI
En réponse à l'ultimatum de l'état-major allemand menaçant "de mettre Nice à feu et à sang" si nous n'arrêtons pas les combats, nous lançons l'ordre n°2 appelant à l'intensification de la lutte.” [haut de page]

L'après-midi

Les premiers blessés, combattants ou population civile, étaient arrivés à l'hôpital St Roch vers 10 heures. A partir de midi, c'est une arrivée ininterrompue
ODADJIAN Barbev, dit "Robert"
“Vers midi, à "l'Eclaireur", nous recevons l'ordre de nous replier sur le lycée, que nous atteignons à 12h30. J'installe mes hommes sur les tours, en direction de l'esplanade du Paillon. Vers 13h30, l'ennemi, installé sur les toits et aux fenêtres voisines, balaie de ses tirs nos fenêtres et les galeries. Des automitrailleuses passent dans les rues, tirant dans les ouvertures. Nous ripostons comme nous ouvons, car nous sommes à court de munitions. Vers 17h, des tirs de mortiers nous atteignent, provenant du Château. Ils font peu de dégâts aux murs de pierres de taille du lycée. Les tirs cesseront vers 19h.”


AUGIER
“Vers 14 h, le groupe monte dans l'immeuble sis 2, avenue Borriglione, où l'on installe la mitrailleuse servie par Dozol. Vers 16 h 30, Dozol est blessé par des tirs venant de la villa Thiole. Nous montons la mitrailleuse sur le toit, d'où Pionchon descend cinq Allemands, avant d'être lui-même blessé à la jambe et conduit à l'hôpital.”


Lieutenant MATHIS
“Vers 16 heures, une voiture allemande descend le boulevard de Cessole. Nous la laissons passer et l'attaquons par l'arrière à la mitraillette et à la grenade. En avant, elle est prise sous le feu des hommes du capitaine Paul. La voiture va buter contre un arbre avec ses quatre occupants morts ou blessés. On nous signale un groupe d'Allemands vers le haut de Cyrnos. Nous finissons par les découvrir, et après une dure bagarre, nous anéantissons le groupe, entrant en possession d'un fusil-mitrailleur que nous plaçons au milieu du boulevard de Cessole.”


Jean CALSAMIGLIA
“Vers 16h, le groupe des Milices patriotiques de la Compagnie des Eaux, rue Gioffredo, capture un colonel allemand porteur de documents qui me sont remis et que j'envoie par porteur à l'état-major F.T.P.. Des agents américains en civil, qui se trouvent à mon P.C., prennent connaissance de ces document et sont ainsi informés.”


René HOUAT
“Les documents nous révèlent que le commandement allemand donne l'ordre aux troupes en action autour de Nice de se replier vers l'Italie. La retraite doit commencer à 18 heures.”


Philippe GIOVANNINI
“Parmi ces documents, il y a les plans de repli des troupes ennemies, le tracé de la ligne de repli, ainsi que le carnet de route du colonel où, après traduction, nous relevons la phrase : "en vue du repli, contourner Nice infestée de terroristes". Considérant l'importance de ces documents pour la libération du territoire, nous les avons fait porter au général comrnandant les troupes américaines qui avait son P.C. à Grasse. Un officier F.T.P., le commandant Moreno, s'acquittera de cette mission dans les premières heures du 29 août.”


Lucien CANTAILLOUBE
“Vers 17h, le dépôt St-Roch est sous le tir des pièces allemandes situées l'une à la caserne Auvare, l'autre boulevard de l'Armée des Alpes. Notre observatoire, le bâtiment des mécaniciens et l'entrée du dépôt sont touchés. A 18h, le dépôt est pris à partie par des unités d'infanterie allemande qui tirent depuis les pentes du Mont-Alban. Vers 19h, un groupe d'une trentaine d'Allemands lance une attaque qui est repoussée. Nous avons un mort et un blessé.”

Léon BARUCCHI
“Cette attaque sur le dépôt montre que, sans doute, les Allemands cherchaient à assurer leur repli vers l'Escarène et Sospel, par la voie ferrée. A la gare Nice-Ville, les cheminots se sont bien battus aussi. Ils ont pris le blockhaus du carrefour Victoire-Thiers.”


César MARTINI
“Nous sommes un groupe de trois, légaux F.T.P. du quartier de Riquier, sous les ordres de Laurent Giaume, que nous pouvons retrouver dans son imprimerie (requisitionnée par nous), rue Smolett, où il édite, depuis quelques jours, les appels au combat. L'après-midi du 28, je dispose
encore de quelques armes, grenades et pistolets remis par Léonard (Borghèse). Je les remets, rue Auguste Gal, à mon frère Fernand, à mon cousin Adrien Scortecci, ainsi qu'à Raymond Albin. Nous apercevons vite que les soldats allemands, à pied et en voiture, remontent la rue Barla, venant du centre ville en direction de la Moyenne Corniche. Ils sont sous le feu de nos camarades qui, depuis les toits et les fenêtres, tirent sur eux avec des jets de grenades et des coups de fusils de chasse (4). Les Allemands en retraite, harcelés, apeurés, tirent des rafales d'armes automatiques aux carrefours, en direction les rues perpendiculaires. C'est ainsi qu'une balle, après avoir frôlé mon frère et moi, atteint à mon côté Raymond Aibin en plein ventre: nous le transportons dans l'abri ous la place Arson, mais il meurt peu après.”


Edouard BERTRAND
Depuis ce matin, nous sommes, Carrara, Marie Bocchiardo et moi, de garde au dépôt clandestin de vivres, rue Fodéré prolongée, près du port. Marie a son pistolet : elle veut venger son frère Victor, filsillé le 15 août à l'Ariane. Nous fournissons des vivres aux combattants des différents quartiers et entreprises qui nous envoient des hommes munis d'un papier convenu. Le jeune Sébastien, âgé de douze ans, assure une liaison avec son père Laurent Giaume, responsable de l'imprimerie clandestine située rue Smolett. Tout l'après-mîdi, nous voyons passer, boulevard Impératrice de Russie, des soldats allemands, à pied ou en camions. Il suivent l'itinéraire jalonné par les blockhaus de la place de Riquier, de la place Saluzzo, vers le port et la route de Villefranche. Certains nous tirent dessus lorsqu'ils nous aperçoivent. Vers 19 heures, de fortes explosions ébranlent le quartier : les Allemands font sauter les quais du port.”

Charles MENARDI
“A Carras, le jeune Roger Simon est arrêté par les Allemands. Torturé, il sera tué dans la soirée. A Sainte Marguerite, un accrochage a lieu avec des Allemands venant de Saint Isidore, et Vincent Cantergiani est tué.
Les ouvriers de l'usine de Lingostière signalent qu'une unité composée de Polonais stationne à la Maison rouge; vallon de Saint-Laurent, et que les soldats ont tué leur commandant. Gilles et deux camarades vont prendre contact avec eux et les soldats décident de se rendre. Une vingtaine d'entre eux sont conduits à l'usine : ils montrent à nos camarades comment se servir de leurs armes, et nous signalent que les pontets de dégagement des eaux, sous la route 202, sont minés. Demain, ils démineront les pontets et le lit du Var. Gilles informera les Américains de l'autre côté de la rivière, ce qui facilitera la traversée par les chars et les véhicules alliés.”
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La soirée

"PENSEE" MARTINI
“Vers le soir, le blockhaus de Riquier étant évacué, je pars l'occuper avec deux hommes. A peine entrés, voilà qu'un camion passe avec une vingtaine d'Allemands et s'arrête devant l'entrée. J'ouvre le feu avec mon pistolet et vide le chargeur. Le camion démarre et s'en va.”

Georges DAMIOT, gardien de la paix
“Je suis allé rejoindre un groupe, place Garibaldi, attaqué par deux nids de mitrailleuses. Pendant le combat, alors que nous étions sous les arcades, un convoi de six camions vint à passer. Les occupants ont ouvert le feu sur nous, nous avons répondu et j'ai eu la joie d'abattre trois boches. Mais nous avons perdu deux camarades F.F.I., Paul Vallaghé, le champion de tir qui venait d'abattre plusieurs Allemands, et Vincent Boscarello. Dans la soirée, nous avons pu mettre en tuite les servants des mitrailleuses de Garibaldi. Me repliant sur le lycée, j'ai été pris sous le feu de mitrailleuses ennemies situées, cette fois, au Château.”


René HOUAT
Partout, aux quatre coins de la ville, l'ordre est donné aux F.F.I. de ne tirer qu'à coup sûr, de monter sur les toits, d'ajuster l'ennemi, de renforcer les barricades, de rester en alerte toute la nuit. De notre P.C. de la cascade de Gairaut, que nous avons regagné, nous écoutons les coups de feu, avec cette question angoissante : aurons-nous assez de munitions?”


Max BURLANDO
“Dans le Vieux-Nice, plusieurs morts au combat : Joseph Giuge et Jean Gordolon, mortellement blessés à la mairie, Jean Bobichon, descente Crotti, Jean Moralès, rue de la Préfecture. D'autres morts à Riquier : en plus de François Suarez, au dépôt T.N.L., André Genouillac, rue de la République, Raymond Albin, place Arson.”


Noël LANZI
“Toute la journée, le combat n'a pas cessé au Passage à Niveau. Le bilan de nos morts est lourd, avec douze tués : pour les F.T.P. Jean Ballestra, Roger Boyer, Lucien Chervin, Auguste Gouirand, Alphonse Cornil; pour le groupe Gérôme, Auguste Bogniot; pour le groupe Lorraine, René Barralis; puis Raymond Carmine, Jean Autheman, Aristakès Arsomamian. Par contre, nous sommes fiers de notre bilan : 40 prisonniers (que nous gardons dans un garage de la rue George Doublet), 5 camions et des remorques, des voitures et camionnettes, des mitrailleuses et armes diverses, des munitions en quantité....”


Jules COUSIN
“L'ordre d'insurrection, lancé par les F.T.P. 48 heures avant la date fixée, n'a pas permis d'engager la totalité des groupes. Seuls ceux qui ont pu être contactés dans la nuit du 27 au 28 août ont pu prendre part aux combats et s'approvisionner en armes au lycée et à la caserne Filley. Les secteurs d'opération ont été: le port, Filley, Mac-Mahon; le Passage à Niveau-Gambetta; Fabron et Banlieue; le dépôt Saint-Roch; le Central Thiers et le Central Wilson.”


Ajoutons à la liste des patriotes morts aux combats du 28 août Sauveur Bernardo, sous le pont de la voie ferrée, place de Riquier, blessé le 28, décédé le 29; Eugène Alentchenko, sur le toit d'un immeuble de la rue Defly; René Bensaïd, des C.F.L., devant l'hôtel Terminus; Basile Rossi à
la Bornala. Le gendarme Emile Krieger, 54 ans, du groupe René Canta, fut arrêté à la villa Paradisio, à Cimiez, emmené via l'Italie à Dachau et mort en déportation. Il y eut des centaines de blessés.

Brigadier-chef DEGUIN
“Vers le soir, passant par la poste Wilson, six Allemands en patrouille m'ont tiré dessus à la mitraillette. Mon revolver était vide. Plus tard, dans la nuit, j'ai vu près de deux cents Allemands passer, boulevard Carabacel, en file indienne, de chaque côté du boulevard... J'insiste sur le fait que, si nous avions été prévenus et si nous avions eu des armes, aucun Allemand n'aurait pu sortir de Nice.”


Albert Piccardo est un Niçois de 23 ans, réfractaire au Service du travail obligatoire en Allemagne qui, arrêté puis évadé, se cache depuis juin à Golfe-Juan. Le 27 août, il accompagne les Américains dans leur marche jusqu 'aux rives du Var.

Albert PICCARDO
“Me voici à Saint-Laurent du Var le 28 août. Ayant appris que, depuis le matin, les patriotes niçois ont commencé le combat contre les Allemands, et sachant que mes camarades du groupe sont dépourvus d'armes, je n'hésite pas à passer le Var, car je possède chez moi quelques revolvers.
Trois civils faisant partie eux aussi de groupes de Résistance se joignent à moi. A peine avons-nous traversé le Var à gué que nous sommes arrêtés par une patrouille allemande qui nous conduit immédiatement auprès des officiers de l'Etat-major à Fabron supérieur, où nous sommes interrogés à tour de rôle. Vers 21h30, une estafette vient chercher l'un d'entre nous. Dix minutes plus tard c'est mon tour; on me fait faire une trentaine de pas dans la propriété, et brusquement, un officier qui m'a rejoint me tire à bout portant une balle qui me traverse de part en part l'épaule droite. Ayant gardé toute ma lucidité, je me laisse tomber lourdement sur le sol et je fais le mort. Quelques minutes plus tard, je dois assister au spectacle affreux de l'exécution barbare de mes deux camarades qui, râlant, ont la gorge tranchée à coups de couteau. Resté seul, perdant beaucoup de sang et sentant l'alourdissement me gagner, je rampe à travers les fils de fer barbelés, puis, ayant aperçu un sentier, je me mets à le suivre. Après avoir marché, rampé, sauté, dégringolé un vallon, je finis par atteindre une route où je demande du secours à des habitants d'une villa, “le Refuge”. Le secours m'est refusé, mais j 'apprends au moins où je suis : à cent mètres du restaurant de Fabron appartenant à M. Guido Cordellini, qui avait été arrêté par la Gestapo, en juin, en même temps que moi. Quel merveilleux hasard! Sitôt parvenu à destination, je frappe à la porte, et quelle n'est pas sa surprise de me voir tout couvert de sang! On me place sur une chaise longue dans l'appartement, et les soins les plus urgents me sont prodigués. J'avais une grosse fièvre, Guido Cordellini me surveille jusqu'au matin du 29 août. Au matin du 29 août, les F.F.I. de Fabron viendront me chercher avec l'ambulance des pompiers, et m'accompagneront à l'hôpital Pasteur.”

Voici d'ailleurs, à ce sujet, le rapport du chef de groupe F.T.P. Giorni :

Milices patriotiques et F.T.P.F., section Fabron :
Je, soussigné Giorni Gualtiero, chef de groupe F.T.P.F., déclare sur l'honneur que le 29 août à 8 heures du matin, prévenus par M. Guido, restaurateur à Fabron, nous nous sommes rendus chez ce dernier qui avait recueilli chez lui dans la nuit du 28 au 29, Albert Piccardo qui, bien qu'assez gravement blessé, a tenu à nous renseigner sur les péripéties qu'il avait encourues, et nous a donné toutes indications utiles qui nous ont permis de retrouver les corpds de deux de ses camarades, Lucien Corbé et Joseph Aréna, tous deux de Cannes (5), victimes de la férocité allemande, et aussi de récupérer à l'ennemi divers matériels.

Douments-Témoignages-Recherche

publié par le Musée de la Résistance Azuréenne
http://resistance.azur.free.fr
resistance.azur@free.fr