|
Nos
sources :
Archives
:
A.D.A.M.,
Musée de la Résistance
Bibliographie :
Edouard Alexander, Un de la Résistance
Jacques Baumel, Résister
Claude Bourdet, L’aventure incertaine
Jacques Bounin, Beaucoup d’imprudences
Laurent Douzou, La désobéissance
Conrad Flavian, Ils furent des hommes
Henri Frenay, La nuit finira
Joseph Girard, La Résistance dans les Alpes-Maritimes
Yvon Morandat, Souvenirs inédits
Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France
Jacques Peirani, Mémoire des jeunes de Combat
Jean-Louis Panicacci, La Résistance azuréenne
Dominique Veillon, Franc-Tireur
Témoignages :
Jacques Antoine,
Léon Baruchi,
Arthur et Paulette François, Simone Geoffroy,
Christiane Melon-Carementrand
|
 |
Christiane
MELON (future Secrétaire de Raoul ATTALI) commence
par nous raconter :
Fin juin 1940, à Nice (j’avais 17 ans), le fils d’une
connaissance de mes parents, Yves Castelli, me demanda de participer,
à la sortie du Lycée Félix Faure, à une
manifestation de protestation contre la venue de la commission d’armistice
italienne. Ces jeunes protestataires étaient des étudiants
de “Math-sup” qui préparaient les concours d’entrée
aux Grandes écoles. Nous avons alors décidé de
nous grouper et de prendre pour dirigeant Racadot. C’était
un étudiant en médecine, plus âgé que nous,
réfugié alsacien. Nous étions une dizaine, neuf
jeunes gens et moi-même : Yves Castelli, Jacky Cacan, Le Goff,
Pages, quatre autres. Nous nous réunissions à l’Association
Générale des étudiants, 13 avenue de la Victoire.
Notre objectif était de parvenir à éditer et
diffuser des tracts tapés à la machine ou écrits
à la main, puis de recruter.
Notre noyau s’est agrandi de Paulette François, puis
de Simone Geoffroy,
présentée par Yves Castelli. Nous demandions à
chaque membre de recruter quatre personnes avec qui il restait seul
en relation : cela permettait de ne pas trop nous connaître
et de faire boule de neige.
Au début de 1941, nous eûmes notre premier journal, “Liberté”
; c’est
Racadot qui le ramenait de Marseille où il était imprimé
par des groupes déjà bien organisés. Puis ce
fut “Petites Ailes”, mais ce dernier était plus
rare, imprimé en petites quantités. On disait qu’il
venait de Londres par l’intermédiaire du corps diplomatique
américain présent en Zone Sud.
Ne voulant pas rester entre étudiants, je prends contact avec
un voisin
cheminot à qui je donnais des journaux clandestins, M. Chabrière
; il me met en rapport avec MM. Darnaut et Fantino, tous deux habitant
la cité des chemins de fer, route de Turin. Le mouvement naît
à la gare Saint-Roch et prend vite de l’ampleur (une
cinquantaine de cheminots). Je n’avais que 17 ans et ne me sentais
pas capable de tout coordonner. M. Arthur François, ancien
officier, prit en main la direction de tous ces groupes.
Qui est Arthur François ?
Dans une déclaration écrite au cours de l’instruction
de son procès , en
1941, Arthur François se présente ansi : “ Arthur
François, originaire du Nord, né à Marcoing le
4 janvier 1890, zone rouge en 1914-18, zone interdite en 1940, deux
fois en 25 ans ma famille a connu l’horreur de l’invasion
et le lamentable exode des refugiés (...) Engagé volontaire
en 1909, je me destinais à la carrière militaire, j’ai
suivi les cours de préparation d’officier. Campagne 1914-18
(...) J’ai été bléssé, gazé.
J’ai obtenu deux citations, puis la Médaille Militaire
et la Légion d’Honneur.
(...) En 1939, mobilisé et affecté à un poste
de l’arrière, je demande à rejoindre une unité
combattante, et pars avec la 5ème Division d’infanterie
nord-africaine. je prends part aux opérations des fronts de
Lorraine, de Belgique...en mai 1940. J’obtiens une citation.
Démobilisé en juillet 1940, malgré de nombreuses
démarches et demandes, je ne peux trouver d’emploi, mon
âge étant un handicap. J’ai élevé
deux enfants dans les sentiments les plus français . Mon fils
âgé de 19 ans, est parti comme engagé volontaire
et pilote d’aviation. Lui aussi se retrouve après l’armistice
renvoyé dans ses foyers et sans emploi. De nouveau, ma famille
s’est
trouvée dispersée ; ma mére, veuve et âgée
de 70 ans, fut obligée d’évacuer sous les bombes
et les rafales de mitrailleuse...Elle est actuellement réfugiée
à Nice et ne peut rentrer chez elle. Des autres membres de
ma famille, je ne sais rien. Il est certain que, par suite des souffrances
et des ruines subies par ma famille, je ne puis rester indifférent,
que je ne puis, sans renier mon passé et les sentiments dans
lesquels j’ai été élevé, tendre
une main fraternelle aux Allemands qui, deux fois en 25 ans, ont tout
détruit, tout pris, ne laissant que ruines et dévastations
de tous genres chez mes parents...
Paulette FRANÇOIS nous raconte :
Peu à peu, le groupe formé d’étudiants
et de lycéens hostiles aux
Allemands et au pouvoir de Pétain, s’agrandit : Jean
Burillet, Arno Fiszbein
(d’origine polonaise), nous rejoignent. Plus tard viendront
Jacques Peirani,
Jacques Adam, Benoit Ciani, Pierre Joselet, étudiant en droit.
Mon père les
réunissait chez nous, 4 rue Torrini, pour des cours de préparation
militaire. Nous n’étions ni “gaullistes”,
ni autre chose : nous étions Français.
Jacques PEIRANI témoigne :
La Résistance a débuté au Lycée de garçons
à partir de deux groupes,
celui des étudiants et celui des lycéens. Le groupe
des étudiants a été créé par l’Alsacien
Racadot. Indépendament de nos “agents de liaison”
Simone Geoffroy, Paulette François, Christiane Melon, j’ai
rencontré dans ce groupe Marcel Barovero, William Caruchet,
Yves Castelli, Elsasser Alsacien lui aussi. (...) En novembre 1940,
j’avais, avec des condisciples du lycée, créé
mon propre groupe de résistance, qui comprenait des lycéens
habitants dans le même quartier que moi ou se trouvant dans
la même classe : Henri Rodier, Michel Tomasini, René
Pons, Antoine Oneto, Benoit Ciani, Jean Fratoni, Pierre Antonini,
Mathieu Cartotto. Appartenaient également à notre groupe
Jacques Adam, François Susini, Michel Moisi, André Massoni.
Très rapidement le groupe des lycéens est devenu plus
nombreux que celui des étudiants. Chacun des camarades cités
est devenu bientôt un chef de groupe. [haut
de page]
Naissance de “Combat-M.L.N.”
Simone GEOFFROY témoigne :
Elève au lycée de Nice, je fais part en octobre 1940,
autour de moi, d’un
projet de groupement de Résistance. M. Jean Chanton, en accord
avec M. Raoul Attali, de Mandelieu, coordonne et canalise se projet.
En février 1941, un gropue d’étudiants est constitué
avec Jacques Peirani (alias Perron) à leur tête ; il
comprend presque cent noms. En mars, un autre groupe se constitue,
celui des aviateurs, avec M. Malnuit comme chef. Celui des cheminots,
avec M. François, M. Darnault et M. Fantino est le plus actif.
Un groupe de techniciens aussi à la Radiodiffusion, avec M.
Jean Favre chef du studio, place Grimaldi à Nice.
Jacques PEIRANI nous raconte :
Jean Chanton (Bastos) était le véritable fondateur du
M.L.N. à Nice sans
oublier qu’à Cannes agissait parallèlement Attali
(dit Leriche), avec lequel
Castelli avait des contacts suivis. (...) Bastos avait l’âme
d’un chef, quand il parlait, il nous donnait l’impression
de l’existence d’une grande organisation structurée.
Christiane MELON témoigne :
Simone Geoffroy nous met en contact avec Bastos, qui nous fait connaitre
des gens de Cannes ayant déjà établi les bases
d’un mouvement de Résistance. C’est de cette ville
qu’est partie une organisation structurée; Un ancien
officier d’aviation, Raoul Attali , farouchement anti nazi,
qui avait soutenu les Républicains espagnols pendant la guerre
’Espagne, en avait pris l’initiative. Il était
entouré du commandant Tarascon, ancien offcier d’aviation,
héros de la guerre de 14-18, de Jean Chanton, Jallat, de l’hôtel
de France, Pierre Bloch, dit Brunay, qui sera plus tard rédacteur
du journal “Combat”. Henri Frenay, résidant à
Marseille, prend contact avec eux et leur donne “tous pouvoirs”.
Raoul Attali désigne Arthur François responsable pour
Nice, et Simonin, dit Deschamps, ancien député lorrain,
responsable départemental.
Jacques PEIRANI poursuit :
En février-mars 1941, notre mouvement à Nice était
composé de deux
groupes, celui des cheminots dirigé par François, et
celui des jeunes dirigé par Castelli et moi-même. A la
tête de l’ensemble se trouvait Jean Chanton. Les réunions
de responsbles se tenaient chez Mme Geoffroy et sa fille Simone, dans
leur appartement 21, rue Gubernatis, qui était notre quartier
général. D’autres réunions se sont tenues
dans l’appartement de M. François (Laroy). Bastos nous
avait ordonné de nous orga niser en sizaines (1 chef de groupe
et 5 adhérents).
Au début de 1941, Georges Cotta (Jean Constant) organise plusieurs
groupes dans la région niçoise. Jacques BAUMEL
nous le décrit ainsi : J’ai pu rencontrer un
extraordinaire tailleur, Constant l’Albanais qui semblait sorti
d’un roman picaresque et qui serait l’un de nos pionniers
dans la région. A la même époque, Georges Batault,
écrivain royaliste, met Claude Bourdet, résidant à
Vence, en rapport avec Henri Frenay, officier qui organise un mouvement
de résistance en zone “non-occupée”.
Dans son livre, Henri FRENAY nous raconte cet épisode
: Je rencontre
Claude Bourdet à Cannes en mai 1941 (...) Il avait une expérience
politique
supérieure à la mienne. Dès la fin de notre premier
entretien, je lui confie
l’organisation des Alpes-Maritimes puisqu’il y réside
et y travaille.
Claude BOURDET déclare à ce propos
: Me voici donc investi de la
fonction de “Chef “du Mouvement de Libération Nationale
pour les Alpes-
Maritimes (...) Le mouvement conserva ce nom jusqu’en 1942 (...)
mais on le connut vite exclusivement du nom de son journal : “Combat”.
J’avais en tout et pour tout à ma disposition la famille
Batault, la famille du colonel Thierry à Antibes, et une liaison
avec le responsable du Var à Saint-Raphaël, un agent de
la S.N.C.F. nommé Ruelle. Par Ruelle arrivaient de Marseille
les premiers paquets de journaux clandestins : cela s’appellait
“Les Petites Ailes”.
Jacques PEIRANI précise :
Nos groupes ont distribué “Liberté” (décembre
1940), “Petites Ailes” (mai
1941), “Vérités” (juillet 1941), et enfin
“Combat” (décembre 1941). Dans une
période où il n’y avait pas encore d’action
militaire, le journal a été la colonne vertébrale
du mouvement. Nous le distribuions au sympathisant une fois, deux
fois, plusieurs fois, ensuite il le réclamait, il s’y
habituait et finissait par faire partie de la chaine de distribution.
“Combat” était largement lu au lycée de
garçons, au Parc Impérial, à l’Institut
d’études juridiques, à l’Ecole hôtelière,
au Cours Henri IV, à l’école de Navigation. [haut
de page]
Avec les lycéens
Des élèves du lycée de garçons de Nice,
ayant arboré une Croix de
Lorraine à l’intérieur de l’établissement,
sont accrochés le 22 mars par des
J.F.O.M. et U.P.J.F. sur l’esplanade du Paillon, ce qui entraîne
des interpellations.
Jacques PEIRANI se souvient : Jean Barbier, fils
de l’ancien proviseur
révoqué était un ardent patriote et un fervent
gaulliste. Il s’était arrangé pour
trouver un certain nombre de croix de Lorraine émaillées
qui étaient l’insigne des gaullistes. Chaque fois qu’un
jeune nous rejoignait, Barbier lui remettait une croix de Lorraine,
mais Jean, plus audacieux que nous la portait visiblement à
sa boutonnière à l’intérieur du lycée.
Cela avait été remarqué par les jeunes du P.P.F.
et il en était résulté des bagarres à
la sortie du lycée. Barbier fut exclu pour propagande gaulliste.
D’autres élèves, ayant imprimé et diffusé
des papillons anti-italiens ou
favorables à De Gaulle, sont arrêtés les 23 et
30 juin, puis condamnés, le 7 juillet, par le Tribunal correctionnel,
à de faibles peines de prison avec sursis, et à des
amendes.
Parmi eux se
trouve Jacques Antoine, (futur lieutenant Cyclamen) qui
témoigne :
J’ai été arrêté le 26 juin 1941,
avec sept autres camarades étudiants. J’avais 16 ans.
La ville de Nice se vautrait dans le pétainisme et la collaboration.
Mes camarades et moi connaissions l’appel du général
De Gaulle. Nous imprimions des tracts au composteur, à mon
domicile, de jour ou de nuit. Les agents de la Sûreté,
dirigés par leur chef Marc Letort, nous ont emmenés
rue Gioffredo. Ils n’étaient pas ”gentils”
avec les étudiants. Jeannine Desclaux a été maltraitée.
On nous a houspillés, conduits aux Nouvelles Prisons, où
nous avons subi des sévices. Il n’y avait pas de carré
politique, encore moins de distinction entre adultes et mineurs. Nous
avions été dénoncés par un lycéen.
Si le tribunal correctionnel de Nice, malgré le réquisitoire
vichyste du juge Roman, n’a prononcé que des peines minimes,
il nous fallut nous présenter à nouveau, le 16 octobre
à Aix-en-Provence devant le “tribunal d’exception”
présidé par le sinistre juge Verdun. Dans sa plaidoirie,
notre avocat, maître Cotta, s’est exclamé : “Mais
ce ne sont que des enfants ! Ne croyez-vous pas que vous allez vous
ridiculiser en les
condamnant ? Rendez-les à leurs familles...” [haut
de page]
Avec les cheminots
Claude BOURDET raconte :
Il y eut dès 1941, un important sabotage, en gare de Nice-Riquier,
de
wagons transportant du matériel français en Italie,
accompli par un groupe formé par Jean Chanton, dit Bastos,
qui fut plus tard le chef adjoint des “groupes francs”
de “Combat” à l’échelon national.
Cette action causa vingt arrestations parmi des cheminots du groupe,
dont celle de leur responsable Arthur François. Mais le groupe
Jean Chanton, formé de manière indépendante,
n’était pas encore rattaché à nous et ne
le fut qu’en fin 1941, ayant établi à ce moment
le contact avec Attali.
Pour Paulette François, son père n’a pas été
arrêté pour cette action qui
par ailleurs n’est pas établie. En effet, nous n’avons
trouvé aucune confirmation de ce sabotage signalé par
Claude Bourdet, ni dans les différents fonds d’archives,
ni dans les récits d’éventuels témoins.
Léon BARUCCHI raconte :
A cette date, la Résistance était organisée au
dépôt S.N.C.F. de Nice-
Saint-Roch. Les communistes s’étaient réorganisés
depuis 1940, avec Gaston Mouton, qui habitait comme moi La Trinité,
avec Cantailloube, Grelet, Puletti, moi-même et d’autres.
En même temps existait un courant gaulliste. Ceux qui écoutaient
Radio-
Londres, “les Français parlent aux Français”,
communiquaient les informations. Un gars qui travaillait à
la “potasse” était bien placé pour ça.
La “potasse”, c’était un grand bac où
on venait faire tremper les pièces, les bielles, destinées
à la réparation. Le gars demandait aux cheminots s’ils
étaient contre Hitler et inscrivait les noms sur un carnet.
Il habitait la cité Saint Roch avec beaucoup d’autres.
Dénoncé, il a été arrêté,
la police a trouvé la liste. Le dépôt a été
investi un matin et trente-cinq cheminots ont été arrêtés,
parmi lesquels des camarades communistes.
Christiane MELON témoigne :
Le 26 octobre, après dénonciation, les cheminots sont
arrêtés ainsi que
Arthur François, Simone Geoffroy et sa mère Suzanne,
et moi-même. Je suis emprisonnée à la prison de
Nice, puis transférée à Marseille, aux Présentines.
Sont ainsi arrêtés, à Nice : Barthès, Basseporte,
Baunard, Berger,
Bermond, Betti, Bonnet, Nicole et Geneviève Boudry, Briant,
Brunshwig,
Cantailloube, Cappati, Chabrière, Chalut, Dachet, Arthur Darnault
et son épouse, Jean Fabre, Doussy, Jacques et Marius Fantino,
Favre et son épouse, Arthur François, François
Fournier, Frumente, Simone Geoffroy et sa mère Suzanne Geoffroy-Guidi,
Julian, Laqua, Laurent, Maisseu, Manthe, Mari, Maurin, Christiane
Melon, Michel, Pachoud, Papini, Pastier, Pucetti, Puletti, Raillard,
Rey-Roux, Serra, Simonin alias “Deschamps”, Tamanza, Verda,
Véran.
Paulette FRANÇOIS :
Mon père était connu des Résistants sous le nom
de “Laroy”. Lorsque les
policiers sont venus l’arrêter, ils étaient accompagnés
par une des nôtres. Ils lui ont demandé : “Qui
est Laroy ?” Elle a montré mon pére en disant
: “François et Laroy, c’est le même.”
Beaucoup des personnes arrêtées seront libérées,
mais certaines seront
maintenues en prison : Baunard, Darnault et son épouse, Marius
Fantino, Arthur François, Simone et Suzanne Geoffroy, Manthe,
Mari, Christiane Melon, Pastier et Raillard.
Arthur François est inculpé pour avoir, selon l’acte
d’accusation, “crée un
groupement intitulé “la France Libre” à
caractère secret, ayant pour but de
favoriser l’Angleterre, exposant ainsi les Français qui
en faisaient partie à subir des représailles”.
Simone GEOFFROY nous dit :
Arrêtée le 23 octobre 1941, je suis internée jusqu’en
décembre 1941 aux
Nouvelles Prisons de Nice et transférée aux Présentines
à Marseille. Mise en liberté provisoire le 20 février
1942, je fus jugée le 26 mai par le tribunal militaire permanent
de la 15ème région pour “atteinte à la
sûreté extérieure de l’Etat”. N’ayant
rien avoué, je fus acquittée.
Christiane MELON :
La plupart des cheminots bénéficieront d’un non-lieu
et seront relâchés. En
février 1942, on m’accorde la liberté provisoire,
et en mai 1942, je suis traduite devant le tribunal militaire, présidé
par le colonel Servent, au fort Saint Nicolas à Marseille.
Je suis condamnée à six mois de prison avec sursis pour
“atteinte à la sûreté de l’Etat”.
N’ayant plus de contact, les cheminots se diviseront, les uns
iront vers le parti communiste, les autres résisteront par
d’autres voies. Pendant ces emprisonnements, s’est créé
un embryon de “service social”, pour l’aide aux
familles qui ne touchaient plus de salaires. Mme François,
d’abord avec ses économies, puis aidée par Attali,
a pu les secourir.
L’Opération “cinéma”
En octobre 1941, le Paris-Palace projette Le Juif Süss. Jacques
PEIRANI
témoigne : Nous avons jugé ce procédé
abominable et avons décidé de réagir. Notre groupe
avait acheté de l’ammmoniaque et du sulfure de carbone,
l’ammoniaque faisait tousser et le sulfure de carbone répandait
une odeur d’oeufs pourris. Nous nous sommes répartis
deux par deux parmi les spectateurs et avons ouvert nos fioles en
rendant l’athmosphère irrespirable. Nous avons fait un
immense chahut comme savent le faire les étudiants, les gens
sont sortis précipitamment et la police a évacué
la salle. A la même époque, la BBC incite les gaullistes
à une campagne d’inscription de V et de croix de Lorraine.
Jacques PEIRANI poursuit : Nous nous sommes munis de craies et, à
la nuit tombante, nous décorions les murs de ces insignes.
Il fallait faire vite pour ne pas être pris, aussi parfois nos
V étaient un peu aplatis ou avaient la forme d’hirondelles.
Parallèlement, nous déchirions les affiches de Vichy,
nous avions aussi trouvé avec Jacques Adam un moyen efficace
: nous avions acheté des petites poires en caoutchouc, nous
les remplissions d’encre et d’eau, nous les pressions
et projetions le jet sur les affiches des principaux personnages de
la Révolution Nationale, il en résultait de grosses
taches noires dégoulinantes. [haut de page]
Le “Mouvement de Libération
Nationale”
Pendant l’hiver 1941-42, un tract du “Mouvement de Libération
Nationale”
est distribué à Nice, et la police en conservera un
exemplaire que nous
reproduisons page 8. Dans son livre Claude Bourdet ne parle pas de
ce tract, car après-guerre, aucun survivant ne l’a revendiqué.
Le 10 janvier 1942, à Cannes, Jean Chanton et Marcel François,
fils
d’Arthur et de Marguerite, sont arrêtés. Ils sont
condamnés à 4 mois de prison pour “propagande
anti-gouvernementale et affichage de tracts”.
Arthur François, radié de la Légion d’Honneur,
est condamné en mai 1942,
à un an de prison avec sursis, mais il a déjà
subi huit mois de prison. En juin, tous les détenus sont libérés.
[haut de page]
Avec
les Groupes-Francs
Simone
GEOFFROY :
Dès mon retour à Nice, je reprends contact
avec les responsables rescapés, M. Comboul, alors sous-directeur
de la fabrique des pâtes Cérès, avait continué
l'action patriotique et M. Simonin était muté à
Marseille.
En juin 1942, Jacques Renouvin, au cours d'une réunion à
la maison, organise les Groupes-Francs de "Combat". Mon
activité, dès lors, consiste à envoyer des explosifs
(plastic et plaquettes incendiaires) qui sont déposées
périodiquement dans les salles de cinéma où passent
des films pro-allemands, dans les bureaux de propagande de Vichy,
etc...Peu après leur sortie de prison, en juin 1942, Arthur
et Marcel François décident l'engagement total, quittant
Nice....
Les autres
mouvements gaullistes
L’instituteur Alphonse Lauron met en place le mouvement Franc-Tireur,
avec l’aide de Paul Bermond, Jacques Cotta, René Meffre,
Paul Sola et l’ingénieur parisien Richard Weil, réfugié
à Nice chez ses cousins Macario, rejoint par le groupe Liberté
animé par Edouard Alexander qui avait diffusé un petit
journal clandestin La République des Jeunes.
L’homme d’affaires international Albert Kohan met en place
le mouvement
Libération-Sud avec le concours du docteur Levy. Yvon MORANDAT
nous
brosse ainsi leur portrait : Albert Kohan habitait Nice mais avait
loué une villa tranquille au cap d’Antibes pour éviter
la curiosité des voisins, qui pouvaient s’étonner
du va-et- vient incessant et des hôtes étranges qu’il
recevait. C’était un organisateur né qui s’énervait
facilement de la nonchalance et de la fantaisie de “Bernard”
(d’Astier de la Vigerie).
Le “toubib”, comme on l’appelait, était un
curieux personnage et sa maison
était un repaire de résistants, d’agents secrets
britanniques et de messagers en tout genre. (...) Il a trempé
dans tous les coups durs des débuts de la Résistance
et c’est miracle qu’il n’ait pas été
arrêté plus tôt. Il n’est pas revenu de cette
aventure mais j’ai rarement vu un homme aussi témérairement
courageux que lui. Kohan (Bertal) s’adjoint les services de
l’ingénieur lyonnais Philippe Rochat, du commercant parisien
Marcel Padolski, du fonctionnaire Jules Bascans et du commandant Cavallo.
Le sénateur de l’Isère Léon Perrier, l’un
des quatre-vingts parlementaires ayant refusé les pleins pouvoirs
au maréchal Pétain, assigné à résidence
forcée à Nice, constitue le groupe “La France
au combat”, qui neutralise
un agent double transalpin.
Quant au jeune Roger WORMS, dit STEPHANE, il tient des propos
enflammés dans les restaurants de St Jean Cap Ferrat, ce qui
lui vaut un
internement à Nice en 1942. Les trois principales formations
gaullistes, sous l’impulsion de Jean Moulin, acceptent de fusionner
en janvier 1943, sous l’appelation M.U.R (Mouvements Unis de
la Résistance), placés sous la direction de Raymond
Comboul, Jules Bascans étant chargé des formations civiles,
Clément Bocquillon du service de renseignements, Pierre Seguin
des Groupes Francs, le général Bardi de Fourtou des
formations militaires (Armée Secrète). [haut
de page]
|