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Documents
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Rapport
de Jean Cousin à Jean Constant (1952), au sujet de Jacques
Adam . [ lire ]
Message radio n° 111 de Joseph Cabot
Témoignages
:
Armand
et Alfred BISTARELLI, Auguste TEISSEIRE,
du groupe "Combat" de St Sylvestre, à Nice
Joseph CANESSA, chef du groupe "Combat"
du Vieux-Nice
Jean GARCIN, chef du groupe "Combat" de
la Préfecture
Armand MARCHESI, du groupe "Surcouf", vallée
du Paillon
Bernard AUDIBERT, du groupe "Jojo", du
Lycée Félix Faure
Jean COUSIN, ex-commandant Parent, chef départemental
des Corps-Francs de la Libération (C.F.L.)
Abbé ISNARD, curé de Saint-Julien du
Verdon
Pierre GAUTHIER, dit "Malherbe", officier
de l'Organisation de Résistance de l'Armée (O.R.A.)
Gabriel MAZIER, dit "François",
dans ses déclarations à Gaston Bernard (Collection El
Base)
ANONYME : document d'archives sur Saint-Julien du Verdon
Notes de lecture :
(1)
Extrait du livre De l’armistice à la Libération
dans les Haute Provence.
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(2)
Extrait d’un document écrit en 1944.
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(3)
QUERSAC était le nom de guerre de J. ADAM, qui fut fait chevalier
de la Légion d’honneur à titre posthume par le
Général de Gaulle le 12 juin 1945.
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(4)
Extrait d’un document écrit en 1944, et signé
: le capitaine Jean COUSIN, alias commandant PARENT, ex-chef départemental
des Corps-Francs de la Libération.
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(5)
Il y a contradiction sur le lieu de l’arrestation puisque Jean
COUSIN le situe à Saint André de Nice et Auguste Tesseire
a vu des garçons être arrêtés à Saint
Pancrace.
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(6)
Ce n’est pas le carrefour actuel, mais celui du monument.
Un document d’archives donne un autre emplacement pour l’embuscade
: le lieu-dit « la Côte », sur la route de Castellane,
aujourd’hui noyé par les eaux du barrage.
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(7)
M. Emile Reybaud, maréchal-ferrand, était l’oncle
de M. Reybaud, maire de la commune en 1996.
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(8)
On sut plus tard qu’il s’agissait de Jacques Adam,
de Nice
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(9)
Aimé Magnan, de Puget-Théniers.
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(10)
Ce supplicié fut identifié plus tard comme étant
Gilbert Campan.
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ADAM
Jacques, né le 13 avril 1921 à Heaulne 5seine
et Oise)
étudiant, 26 rue Assalit, à Nice
AUBE Césaire, né le 30 avril 1927,
à Menton, étudiant, 21 quai Lyautey, à Nice
BALDO Georges, né le 27 mars 1886 à
Desvres (Pas-de-Calais) agent d’assurances, 11 avenue Malausséna,
à Nice
BANDINI Albin, né le 1° mars 1918 à
Châteauneuf (Isère)
Ouvrier à Marseille
CAMPAN Gilbert, né le 19 décembre 1927
à Paris étudiant, 13 bis rue Michel Ange à Nice
CASIMIRI Nonce, né le 30 août 1899 à
San-Juliano (Corse) agent de lignes à Puget Théniers
DEMONCEAUX Roger, né le 28 avril 1926 à
Nice, étudiant, 35 rue Gioffredo à Nice
GALLO Francis, né le 23 juillet 1926 à
Nice, étudiant , 32 boulevard des Italiens à Nice
GIORDAN Félix, né le 26 février
1915 à Coaraze cultivateur, quartier La Plena, à Coaraze.
MAGNAN Aimé, né le 14 septembre 1916
à Puget-Théniers
MAGNAN Roger, né le 3 mai 1923 à Puget-Théniers.
J.
Adam, sous le nom de Quersac,
était, ainsi que G. Baldo, un responsable
des C.F.L.N. (Corps-francs de la Libération nationale, ex Armée
Secrète) à Nice.
Les
lycéens étaient, avec le groupe Jojo Arnaldi, membres
aussi des C.F.L.N. F ; Giordan était le radio
de l’OR.A. à Coaraze.
N. Casimiri et les frères Magnan,
arrêtés en avril et mai 1944 à Puget-Théniers,
étaient membres du groupe de parachutage « François
» Mazier, appartenant à l’O.R.A.
Albin Bandini, originaire de Marseille, connu de
ses camarades sous le nom de Liban, était un responsable F.T.P.
dans le Var, puis dans les Basses-Alpes, puis dans les Alpes-Maritimes,
où il faut arrêté à Nice en avril 1944.
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A
la fin février 1944, en pleine terreur de la Gestapo des P.P.F.
et de la Milice, une réunion secrète des chefs de la
Résistance est convoquée 2 rue de Russie à Nice,
2° étage, par « Circonférence », Délégué
militaire régional des « Mouvements Unis de Résistance
pour la région R2 (Sud-Est), et parachuté peu auparavant.
Sont présents à la réunion : « Perpendiculaire
», que l’on appelle plus volontiers Sapin (Lécuyer),
« François » (Gabriel Mazier), responsable d’un
réseau radio installé à Puget-Théniers,
un représentant des F.T.P. et d’autres.
Il est décidé que Sapin, jusqu’ici responsable
de l’O.R.A. (Organisation de Résistance de l’Armée)
sera chef d’état-major de l’Armée secrète.
Les F.T.P. veulent garder leur autonomie, ayant des désaccords
stratégiques sur l’action à mener.
Le réseau « François », va, en mars et avril,
assurer la liaison de la R2 (et même au delà), avec le
général Giraud, à Alger, et permettre des parachutages
d’armes. En avril, le réseau « François
» demande à Alger un parachutage destiné au groupes
« Combat » de Nice (Corps-francs de la Libération),
dont le chef est Jean Cousin (dit Parent). Le terrain prévu
est situé sur la crête du mont Férion, qui domine
Levens, Bendejun et Coaraze, où doivent se rassembler, au jour
J, les volontaires des C.F.L., sous les ordres de Malherbe (Pierre
Gauthier) et de Jacquemin (Duranceau), officiers de l’O.R.A.
Voici le message demandant le parachutage, écrit de la main
de Joseph Cabot, le radio et émis quelques jours avant sa mort,
le 3 mai 1944 :
N°111 – Nouveau terrain Alpes-Maritimes a servir en
priorité. Sur LEVENS RENE SIX SEPT- 4km ouest LEVENS. SLESVIG.
4 heures. LES POISSONS ONT DES AILES. –30- 2 fois.
L’examen de la carte Michelin 84, montre qu’il n’y
a pas de terrain possible à 4 km à l’Ouest de
Levens, et que, par contre, 4 km à l’Est, il y a la crête
du Férion où, à partir de mai, l’attente
du parachutage est organisée.
Une erreur d’orientation de l’informateur de Joseph Cabot
pourrait donc être à l’origine du tragique échec
de l’opération « Férion », qui va
nous être contée par quelques acteurs et témoins.
Armand
BISTARELLI
En 1944, j’avais 23 ans, mon frère Alfred 20 ans, nous
travaillions à l’entreprise de menuiserie de notre père,
à St Sylvestre à Nice, où nous habitions.
Avec quelques camarades, nous formions un groupe clandestin du Mouvement
« Combat » qui diffusait le petit journal dans le quartier.
Au début de mai, notre responsable nous invite à rejoindre
le maquis. Il nous demande de nous rendre par nos propres moyens au
Mont Férion, où se préparait la réception
d’un parachutage d’armes.
Nous partîmes donc, Auguste TEISSEIRE, Néné SIMON,
mon frère Alfred, et moi, à pied. De St-Sylvestre, il
faut monter par Saint Pancrace, puis, en évitant la route,
marcher à travers la montagne, au flanc du Mont Chauve, pendant
des heures et des heures, éviter Aspremont, Tourette, remonter
sur les ruines de Châteauneuf de Contes, jusqu’à
notre premier but : Bendejun, où nous arrivons exténués.
Alfred
BISTARELLI
Nous cherchons à voir le maire, comme il nous avait été
indiqué. Celui-ci se montre réticent lorsque nous lui
déclarons vouloir rejoindre le maquis, mais, après nous
avoir bien observés, il finit par nous indiquer le chemin de
la montagne :
- Montez par là, vous trouverez le maquis…
Armand
BISTARELLI
Sur le plateau du Férion, nous trouvons quelques maquisards
: Clotaire ICART, Félix GIORDAN, le commandant JACQUEMIN (DURANCEAU)
qui était médecin, des gendarmes, d’autres, en
tout une vingtaine. Comme armes, des mitraillettes, une mitrailleuse
italienne, des fusils de chasse, des grenades.
Nous avons gagné le plus haut de la montagne, à 1.4OO
m. d’altitude, où la vue s’étend sur tout
le département, et où l’on domine la vallée
du Var. Là, l’attente du parachutage a commencé.
Nous avons préparé le bois mort pour les trois grands
feux dans la clairière. La nuit, il fallait monter la garde,
c’était impressionnant, car nous n’avions pas l’habitude.
Alfred
BISTARELLI
Nous dormions sans couvertures, protégés par des branchages.
Le froid était vif. Nous avons passé plusieurs nuits
dans ces conditions. Un matin, nous fûmes surpris par une douce
chaleur et une immense impression d’étouffement :
-Secouez-vous, nous sommes dans la neige !
Plus tard, nous avons dormi sous une tôle…
Armand
BISTARELLI
Pas de ravitaillement organisé : nous mangions des galettes
enlevées dans un dépôt. Je suis allé avec
ICART chercher une chèvre chez un paysan et nous l’avons
fait cuire sur le feu, mais, comme il fallait éviter la fumée
trop visible de loin, nous avons mangé la viande presque crue.
Nous fumions le tabac enlevé à la camionnette qui apportait
les rations à Coaraze.
Alfred
BISTARELLI
J’allais chercher l’eau à une source où
il y avait un petit lac. Le chemin le plus pratique étant la
crête de la montagne où je marchais comme les chèvres,
mais on nous avait dit : « On vous voit de Coaraze
». Le sergent nous a fait enlever le mouchoir trop visible que
nous gardions sur la tête.
Le parachutage ne venait toujours pas. Une nuit, nous avons entendu
un avion sur la vallée du Paillon, mais ce n’était
pas pour nous. Félix GIORDAN, le patron du moulin à
huile de Caoraze était à l’écoute de Londres
et devait nous avertir.
Armand
MARCHESI
En avril 1944, notre groupe Surcouf, de la vallée
du Paillon que je dirigeais sous les ordres d’Emilie, avait
reçu un parachutage au quartier de la Lare, commune de Drap,
sur un terrain de Pierre Cauvin. Nous avions caché les armes
dans le tunnel d’un canal de Borghéas, mais ce dépôt
fut par la suite trahi et enlevé par la Gestapo et les G.M.R
français.
Au début de juin, nous attendons un nouveau parachutage. Malheureusement,
nous ne sommes pas sur place au moment où l’avion passe
et celui-ci, au cours de ces mouvements de recherche, est pris sous
le feu des batteries allemandes de Nice, et il s’éloigne
définitivement.
Armand
BISTARELLI
Un matin sont arrivés des groupes d’hommes armés.
C’étaient des F.T.P. et des gars du groupe Surcouf.
Ils paraissaient bien organisés, bien armés, avec des
brassards tricolores F.T.P., F.F.I. C’étaient des «
durs ».
Les discussions avec le commandant JACQUEMIN portaient sur la répartition
éventuelle des armes parachutées. Peu après ils
sont repartis.
Joseph
CANESSA
En 1944, j’avais 22 ans, j’étais requis à
Nice comme facteur-télégraphiste. Je dirigeais un groupe
des jeunes de « Combat » dans le Vieux-Nice. Quelques
jours avant le 6 juin, « Parent », mon chef des C.F.L.
(Corps Francs de la Libération, organisation armée du
Mouvement de Libération Nationale) me demanda d’envoyer
quatre de mes jeunes à BENDEJUN, en vue de préparer
un camp maquis. Ainsi partirent SIMONETTI, TORTOLINI, MAGNALDI, et
LOPEZ..
Ils sont reçus dans une famille. Un couple de miliciens habite
le village, mes gars les arrêtent et les enferment sous surveillance.
Le 6 juin, avec le débarquement de Normandie, passent les messages
demandant de rejoindre le maquis. PARENT me donne l’ordre de
partir avec tous mes gars. Je transmets l’ordre également
au groupe du lycée Masséna par l’intermédiaire
de Francis GALLO, mon cousin, âgé seulement de 17 ans
et qui habitait aussi le Vieux-Nice. Ce groupe existait depuis longtemps
et avait été formé par Jacques ADAM. Ce dernier,
ancien lycéen, avait déjà subi 6 mois de prison
pour son activité de résistant, et avait repris le combat.
Bernard
AUDIBERT
Pour les lycéens, le rassemblement est fixé près
de l’olivier de la Paix, devant le lycée.
« Jojo » ARNALDI est là, venu les saluer à
leur départ. Il doit rester à Nice où il a des
tâches à remplir. Je me joins aux partants, comme agent
de liaison (je suis le plus jeune) et je les accompagne jusqu’à
Bendejun.
Joseph
CANESSA
Il est possible que ces lycéens aient aussi appartenu au groupe
« JOJO». Les jeunes qui voulaient se battre recherchaient
souvent plusieurs filières pour être fournis en armes.
ARNALDI n’est pas parti avec eux. Ne sont partis que quatre
lycéens : Francis GALLO, 17 ans, Gilbert CAMPAN, 16 ans, Césaire
AUBE, 17 ans et Roger DEMONCEAUX, 18 ans.
Le matin du 7 juin, nous sommes 14 de mon groupe du Vieux-Nice à
partir à vélo. Nous portons quelques grenades italiennes.
A Bendejun, je ne trouve pas les lycéens, mais j’apprends
que les deux miliciens se sont évadés, les Allemands
les plus proches sont à Contes.
Nous attendons les lycéens tout le jour. Le soir, je redescends
à Nice, comptant les trouver sur la route, rien. A Nice, je
couche chez un camarade et je remonte à Bendejun, le 8 au matin.
Nous grimpons à l’emplacement du camp, à mi-hauteur
du Férion. Il y a des gars qui attendent, parmi eux Jacques
ADAM, Jean GARCIN.
Jean
GARCIN
Un parachutage était prévu pour la nuit. Les messages
étaient régulièrement passés à
la B.B.C. Rien ne vint. Sur le plateau, pratiquement aucune arme.
Quelques vieux fusils que les sentinelles mises en place en bordure
du terrain se passaient à la relève. Une vieille mitrailleuse
Botchkis qu’on essaya vaguement de monter au centre d’un
fortin de pierres sèches hâtivement dressé [1]
Pierre
GAUTHIER-MALHERBE –officier de l’O.R.A. :
Le 6 juin, je me porte au Férion avec les groupes du secteur
de Nice. Dans la nuit du 6 et la journée du 7 l’attente
est longue pour ces hommes qui espèrent au mieux l’arrivée
de parachutistes amis, au moins des équipements dont ils ont
besoin pour se battre efficacement. Les reconnaissances sur les approches
Ouest et Sud du Férion rendent compte de la présence
de nombreux miliciens et Allemands qui évoluent avec prudence,
semblant craindre de « tomber sur du dur ». Le 7 au soir,
je prends la décision d’évacuer immédiatement
le Férion avec ordre de rejoindre Beuil par le Nord. L’ennemi
tombera dans le vide (extrait de Méfiez vous du Toréador,
de Jacques LECUYER)
Jean COUSIN
Du 6 au 9 juin 1944, Claude CRISTINI, responsable local des C.F.L.
à Coaraze assure l’aide au guérillas qui rejoignent
le secteur du Férion, l’hébergement des officiers
: O.R.A., FONCET-MALHERBE, JACQUEMIN, PIERAS, ANDRE, ARTISAN, PARENT
et DARLYS (fusillé) [2]
Joseph
CANESSA
Devant le manque d’organisation et d’armes, et aussi parce
que je suis inquiet de l’absence des lycéens, je décide
avec mes gars de retourner à Nice. A cette occasion, le chef
de camp JACQUEMIN me gifle, mais je ne change pas d’avis.
Dans la nuit du 8 au 9 juin, nous partons, nous gagnons d’abord
le sommet de la montagne, puis, par la crête et dans la forêt,
avec beaucoup de difficultés, nous descendons sur Ste-Claire,
entre Levens et Tourette. Près de la route, dans une vigne,
nous décidons d’attendre le jour. Au premières
lueurs, un bruit de moteur : une traction noire descend sur Nice,
sans doute la gestapo.
Plus tard, sur la route, nous arrêtons la camionnette de transport
de lait que conduit Madame OTTOBRUC. Elle nous ramène à
Nice où nous nous séparons place d’Armes. La ville
est calme, mais nous regardant dans une glace nous constatons avec
effarement que nous sommes noirs de charbon : dans la forêt,
nous avons traversé pendant la nuit une zone incendiée…
Je n’ai plus de nouvelles des lycées jusqu’à
la Libération. Je me suis toujours demandé où
et comment ils avaient été pris…
Armand
BISTARELLI
C’est à ce moment que nous ont rejoints les jeunes du
lycée de Nice, en short. C’étaient de braves jeunes,
gonflés à mort. Ils avaient quelques pistolets. Ils
sont arrivés sur le plateau, au bas du Férion. J’étais
avec le commandant, près de la source. Le commandant JACQUEMIN
leur dit : « Non, vous ne pouvez rester, nous n’avons
pas reçu les armes, on va se replier, on va repartir. D’ailleurs,
nous sommes encerclés, jetez vos armes… »
D’après
Bernard AUDIBERT
Le 9 juin, AUDIBERT retrouve ses camarades au point fixé. Il
apprend que le parachutage a été ajourné. Différents
groupes que cette mission ratée avait rassemblés ont
déjà reçu l’ordre de regagner d’autres
points de ralliement.
Le maquis du Férion ne peut garder les garçons. Il n’y
a ni armes pour les équiper, ni ravitaillement pour les nourrir.
Il est alors décidé qu’avec leur ancien, Jacques
ADAM, qu’ils ont retrouvé sur le terrain, ils descendront
dans la maison de campagne de M. GALLO, à l’Aire St-Michel.
Le lendemain, on les y attendit, mais ils n’y arrivèrent
jamais.
Auguste
TEISSEIRE
Le 9 juin, je reviens sur Nice en compagnie de Fortuné BOVIS
et de « DARLYS », surnom d’un responsable qui dit
appartenir à l’Intelligence Service, avoir déjà
été arrêté par les Allemands, torturé
et s’être évadé.
A Levens, DARLYS nous dit ne plus pouvoir continuer à marcher
à cause de ses blessures au pied résultant des tortures
subies. Il veut prendre le car pour Nice.
J’apprendrai plus tard que le car subit un contrôle allemand
à l’arrivée à Nice. DARLYS porteur d’un
pistolet fut arrêté.
Bovis et moi continuons notre route à pied par Saint-Blaise
et ASPREMONT, des gens nous ayant signalé des barrages allemands
sur la route de Tourette.
Après Aspremont, au lieu-dit Les Cabanes, un habitant du quartier,
Mr. Eugène GREC nous invite à quitter la route parce
que, 200 m au delà, les feld-gendarmes allemands viennent d’arrêter
cinq jeunes qui comme nous, allaient vers Nice.
Nous grimpons dans la montagne d’où nous apercevons,
sur la route de Saint-Pancrace, les gendarmes allemands (au nombre
de six à huit) encadrant les 5 jeunes.
Je peux donc revenir chez moi. Peu après je reprendrai ma place
dans la résistance de St-Sylverstre, aux côtés
de Louis PELLAS dans les F.T.P.
Jean COUSIN
Ayant, sur l’ordre de SAPIN-MALHERBE, rejoint un maquis proche
de Coaraze, le chef QUERSAC [3], refusa de rejoindre
Nice quand l’ordre fut rapporté par moi. Resté
sur place 48 heures après les autres groupes, il fut capturé
avec ses hommes au moment où, ayant enterré leurs armes,
ils allaient rentrer à Nice [4]
Alfred
BISTARELLI
Les tirs de mortiers avaient commencé. Les Allemands tiraient
sur le plateau depuis Coaraze, le ronflement des obus en l’air
était impressionnant, ils tombaient du côté de
la chapelle.
La nuit suivante, nous avons subi l’attaque des miliciens. Je
les ai entendu monter à travers la forêt au moment où
nous-mêmes descendions sur les versants de Bendejun. Nous nous
sommes immobilisés dans les taillis et ils sont passés
à côté de nous. La descente dans la nuit sur les
pentes abruptes, à été acrobatique.
A Bendejun, Armand, ICART, Clotaire, deux autres et moi, nous sommes
présentés au curé qui a pris nos armes et les
a cachées dans une ruche, puis il nous a fait monter dans le
clocher où nous avons passé plusieurs jours à
jouer aux cartes.
Emilie LATOUCHE est venue elle-même, avec sa sœur, nous
apporter du tabac et du ravitaillement. L’inspecteur de police
GULAT nous ravitaillait. Des Allemands sont venus écouter la
messe au dessous, dans l’église.
Lorsque les Allemands ont quitté Bendejun, nous avons pris
le car pour rentrer à Nice, chez nous, perchés sur le
toit du car. A l’usine de Contes, les Allemands nous ont demandé
nos papiers. J’avais l’âge des requis du S.T.O.
Je n’en menais pas large, mais j’ai pu faire valoir une
feuille de requis de l’organisation Todt et ils m’ont
laissé passer. A St Sylvestre, nous avons repris notre place
à l’organisation Combat.
Recherches
Les lycéens niçois, Adam, Aubé, Campan, Demonceaux
et Gallo, sont donc arrêtés au cours de leur retour chez
eux [5]. Pour bien comprendre ce qui va suivre,
revenons quelques jours en arrière, dans la vallée du
Verdon.
Le 6 juin précédent, jour du débarquement en
Normandie, vers midi, un détachement de maquisards F.T.P.,
aidé par les habitants, avait installé un barrage au
carrefour des trois routes : Digne, Nice, Castellane, à proximité
immédiate de Saint-Julien du Verdon [6].
Dans l’après-midi, deux véhicules allemands arrivant
à Castellane, furent pris sous le feu. Survint alors un convoi
allemand de Saint André, chargé de troupe. Le feu continua
un moment et les maquisards décrochèrent dans la forêt.
Les Allemands se tirèrent les uns sur les autres, et ils eurent
des morts et des blessés. Le village fut immédiatement
investi, les habitants molestés, le maire, Jean Martel, arrêté
: il sera déporté.
Après cet échec allemand devant les maquisards, suivi
par l’occupation de Saint-André et de la Haute vallée
du Verdon par les maquisards, à partir du 7 juin, on peut penser
que le commandement allemand de Digne décida, en représailles
et pour arrêter par la terreur l’insurrection, de faire
exécuter onze Résistants sur les lieux mêmes de
l’embuscade. Il téléphona à la Gestapo
de Nice de lui fournir les otages.
C’est ainsi que le 10 juin la Gestapo de Nice rassembla hâtivement,
aux Nouvelles Prisons, une troupe de condamnés : Georges BALDO,
48 ans, de Nice ; Félix GIORDAN, 29 ans, de Coaraze ; Aimé
MAGNAN, 30 ans et Roger MAGNAN, 21 ans, de Puget-Théniers ;
Nonce CASIMIRI, 45 ans, de Puget-Théniers ; Pierre APPOLIN,
25 ans et Joseph GRAFFINO, 19 ans, d’Antibes, Albin BANDINI,
26 ans, de Marseille, ainsi que les cinq lycéens.
On les embarqua dans la nuit dans des camions, encadrés de
soldats allemands, et ils partirent pour le long trajet vers la mort.
Avant Grasse, au carrefour du Pré-du-lac, Pierre APPOLIN et
Joseph GRAFFINO durent quitter les camions, et ils furent fusillés
à proximité.
Puis l’interminable trajet continua : Saint-Vallier, Castellane…
A l’aube, près du village de Saint-Julien du Verdon,
là où se dresse aujourd’hui la stèle commémorative,
le convoi s’arrêta.
Abbé
Alphonse ISNARD
Le 11 juin 1944, c’était un dimanche, le matin vers huit
heures, je me rendais à bicyclette à Castillon pour
y célébrer la messe. Sur la route, j’ai croisé
un convoi de camions chargés de soldats allemands qui me mirent
en joue.
Un moment après, j’ai entendu des coups de feu au loin.
Quand je suis revenu à Saint-Julien vers dix heures, j’ai
rencontré sur la route M. Reybaud [7]
m’informant qu’il avait découvert des corps dans
son champ, en bordure de la route nationale
Je me suis rendu sur les lieux et j’ai constaté la présence
de plusieurs corps d’hommes, disséminés dans le
pré et allongés. Neuf d’entre eux étaient
morts au milieu du terrain et deux autres plus éloignés
au pied du taillis en bordure, mais encore vivants.
Nous les avons secourus et l’un d’eux [8]
a dit quelques paroles : « Nous venons de Nice, nous avons
été trahis. On nous a dit que nous étions libres.
J’ai fait le mort ».
C’est peut-être pour cette raison que lui et l’autre
blessé [9] n’ont pas reçu
le coup de grâce comme les autres qui portaient tous une blessure
à la tête.
Je pense que certains parmi les morts ont été torturés
car, m’étant aperçu que l’un d’eux
portaient des gants, intrigué, j’ai retiré un
des gants et je me suis rendu compte que sa main avait été
écrasée, broyée [10].
Recherche
Les rapports de gendarmerie, les récits des habitants, les
récits faits au commandant Parent et qu’il a rapportés,
nous permettent d’apporter d’autres précisions.
Le 11 juin, la présence allemande dans
la vallée interdisait aux habitants et aux gendarmes d’approcher
les corps. Dans la nuit du 11 au 12, l’abbé Isnard, quelques
personnes vinrent constater que deux garçons vivaient encore
et les firent transporter dans la chapelle.
Récit
anonyme
Des femmes, des hommes âgés, des enfants prennent le
char à bancs de M. Laugier et, tirant et poussant, ramènent
les deux blessés jusqu’à la chapelle, en haut
du village, noyée dans la verdure. Deux matelas reçoivent
les suppliciés, Mme Maria Bœuf (dont deux fils mourront
à Buchenwald), Mme Jeanne Collomb, Mme Odette Michel, sont
au chevet des agonisants.
Abbé
ISNARD
Les
deux blessés furent cachés et soignés dans la
chapelle latérale droite de l’église paroissiale
située hors du village.
Pendant ce temps, je suis allée à bicyclette à
Castellane quérir un médecin qui, malheureusement était
absent. C’est en définitive à Saint-André
des Alpes que j’ai trouvé le docteur Dozoul qui s’est
immédiatement rendu auprès des blessés. Il les
a examinés et a déclaré qu’ils étaient
perdus, les blessures étant très graves et les soins
inadaptés à leur état.
Le blessé qui n’avait pas pu parler est décédé
en fin de journée.
L’autre blessé ne m’a pratiquement rien dit, et,
étant donné son extrême faiblesse, je ne lui ai
posé aucune question afin de lui épargner tout effort
superflu. Moi-même faisant partie de la Résistance, je
savais combien il ne fallait rien dire de ce que nous connaissions
sur les maquis.
Il est mort le lendemain matin très tôt.
Les neuf autres suppliciés furent transportés dans le
nouveau cimetière sur une charrette traînée par
des enfants et les rares hommes présents au village, faute
de bêtes de trait.
Recherches
Les corps des suppliciés sont alors rassemblés au nouveau
cimetière de St Julien aux fins d’identification, de
toilette mortuaire, les corps étant souillés de terre
et de sang.. Délibérément, des femmes admirables,
Jeanne Collomb, Félicie Fourmant, Odette Michel, après
une toilette sommaire, coupent un mèche de cheveux, prennent
des pièces de vêtements pour être remis aux familles.
L’abbé ISNARD, les gendarmes de Castellane, Elie Reybaud
photographient les corps qu’on a adossés au mur. Les
hommes, les jeunes gens, les réfractaires au S.T.O. venus de
la montagne creusent onze tombes.. Auguste Honorat, le menuisier,
réalise les cercueils, aidé par son collègue
de St André, Léonce Henry. Le maire adjoint, Gaston
Martel, creuse un trou dans son hangar à bois pour y dissimuler
objets et effets personnels.
L’abbé
Isnard ayant improvisé rapidement leur transport, les familles
des trois victimes originaires de Puget-Théniers purent recevoir
leurs morts, et trois tombes restèrent vides, à l’étonnement
des Allemands lorsqu’ils revinrent au village. Les habitants,
soupçonnés d’aider la Résistance, furent
molestés. L’abbé Isnard, par deux fois, fut menacé
d’être exécuté.
Les photos furent adressées à la gendarmerie de Nice,
où Césaire Aubé fut immédiatement reconnu
par son père gendarme lui-même. Les autres victimes furent
assez rapidement identifiées, sauf une qui resta longtemps
mentionnée comme inconnue sur le monument de St Julien. Cinquante
ans après, en 1992, un historien marseillais trouva, dans les
archives allemandes, les noms des onze suppliciés. Parmi eux,
le nom de Albin Bandini. [haut de page]
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