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Documents : Rapport
de Jean Cousin à Jean Constant (1952), au sujet de Jacques
Adam . [ lire ] Témoignages : Armand et Alfred BISTARELLI,
La 1° D.F.L. Epopée d'une reconquête Juin 1940- mai 1945 ,aux Editions "Arts et Métiers Graphiques" Mémoire de Guerre - Charles de Gaulle, Librairie Plon Annuaire de la 1° Division Française Libre et ses unités dans la guerre 1939-1945 La France et son empire dans la guerre, éditions littéraires de France Les groupes d'assaut de la 1° D.F.L. sur le front des Alpes par le colonel LICHTWICH. Revue de la France Libre. Americans the story of the 442d Combat Team by Major Orville C. SHIREY. Washington Infantry Journal Press
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LES
COMBAT DE LA 1° DIVISION MOTORISEE D’INFANTERIE Les opération militaires menées par la Première Division Motorisée d’Infanterie, Division plus connue sous son appellation ancienne, de la «Première Division Française Libre», ou plus simplement de la 1° D.F.L., au cours des mois de Mars, Avril et début Mai 1945, avaient pour objectif de reprendre aux troupes italo-allemandes le massif fortifié de l’Authion, investir le versant ouest des Alpes, puis éventuellement pénétrer au Piémont. Il paraît
tout d’abord indispensable de bien restituer ces diverses opérations
des Alpes dans leur contexte plus général ; d’une
part, politique, d’autre part, militaire ; et pour cela, nous
ferons appel tout d’abord, aux « Mémoires de
guerre » du Général Charles de Gaulle, où
nous pouvons lire : Il ne s’agissait donc en fait, dans nos intentions concernant ces revendications territoriales, que d’exiger la réparation des préjudices subis à cette époque. Or, notre Gouvernement n’était pas sans savoir que nos Alliés anglo-saxons étaient totalement hostiles à toute modification territoriale de la frontière franco-italienne de 1939 ; aussi, devant cette prise de position, une des préoccupations de nos dirigeants fut-elle de tout mettre en œuvre en utilisant au mieux toutes les circonstances qui se présentaient, permettant d’occuper militairement, avec nos troupes, les enclaves territoriales revendiquées, mettant ainsi nos alliés devant le fait accompli. Après
le débarquement sur les côtes de Provence, au mois d’août
1944, et les combats victorieux de nos armes qui s’ensuivirent
les troupes allemandes d’occupation de la zone Sud de la France
refluèrent vers le Rhin sans toutefois dégarnir complètement
les Alpes, front qui, en effet, couvrait le flanc droit des troupes
de l’axe stationnées en Italie du Nord.
A la fin de l’année 1944, malgré les actions combinées des Bataillons des Forces Françaises de l’Intérieur de Provence, du Dauphiné, et de la Savoie, épaulés par le 442° Combat-Team américain et la 4° Division marocaine, les troupes italo-allemandes n’avaient pu être refoulées au-delà des crêtes des Alpes ; et dans le département des Alpes-Maritimes, elles tenaient toujours très solidement le massif de l’Authion. La situation militaire sur le front des Alpes n’évolue guère jusqu’au 1° mars 1945, où fut créé –en accord avec les Alliés – le Détachement d’Armée des Alpes, qui fut placé sous le Commandement du Général français, DOYEN. Ce détachement, uniquement à base d’unités françaises, était hiérarchiquement sous les ordres du Général américain, DEVERS. Le Général DOYEN avait, en fait, la responsabilité d’un front particulièrement étendu, allant en suivant sensiblement la chaîne des Alpes, du Lac Leman jusqu’à la mer Méditerranée. La mission dévolue à ce détachement d’Armée était la suivante : « Couvrir les lignes de communications du 6° Groupe d’Armées américaines du Général Devers », communications qui, depuis Marseille, remontaient vers le Nord par les vallées du Rhône et de la Saône. Il est indispensable de signaler que, dans l’esprit de nos Alliés, cette mission était strictement défensive. [Haut de page]
Cette grande unité, qui, depuis, le débarquement sur les côtes de Provence à Cavalaire, le 15 août 1944, avait participé à toute la campagne de France, dans le cadre de la 1° Armée Française, était à cette époque commandée par le Général Garbay ; elle comprenait trois Brigades Motorisées d’Infanterie dotées de matériels américains : - La Première
Brigade : Colonel de St Hilier, puis Lieutenant Colonel de Sairigne
Nos intentions étaient assez évidentes, occuper militairement les enclaves de la Haute Roya. Il paraît intéressant de signaler, pour la petite histoire, que le 7 avril 1945, soit trois jours seulement avant le début de ces opérations dans les Alpes, après une prise d’Armes à Nice, le Général De Gaulle s’était rendu en personne au P.C. de la 1° D.F.L. à Beaulieu sur Mer. Le plan d’attaque du massif fortifié, principal objectif de la mission, peut se résumer ainsi : « Une puissante attaque frontale de l’Authion, que deux colonnes le contournant de part et d’autre, prendraient à revers, l’une par le col de Rauss, l’autre par le Giagiabella » La mission principale
fut confiée à la 4° Brigade du Colonel Delange,
la répartition intérieure à cette Brigade en
fut la suivante : Cette action
principale de la 4° Brigade était soutenue par deux opérations
secondaires, d’une part : La 1° Brigade de Légion de la D.F.L., étant maintenue en réserve dans la région de Lantosque. La mise en place des unités sur les bases de départ s’effectua au cours de la nuit du 9 au 10 avril 1945. [Haut de page]
Ces déplacements étaient rendus particulièrement pénibles pour nos hommes, démunis d’équipements spéciaux de montagne, dans cette région encore en partie enneigée des Alpes. Nous allons suivre
maintenant le déroulement de ces opérations. Le 10 avril 1945 au matin, des éléments de notre Aviation, stationnée à Nice, procédèrent à des bombardements de notre Marine et des mitraillages, des ouvrages occupés par l'ennemi ; cette action s'avéra en fait, peu rentable. Dès 9 heures 15, les batteries de l’Artillerie Divisionnaire stationnées à Peira Cava, pilonnèrent systématiquement le Fort de la Forca. Les destructions provoquées sur cet objectif, furent relativement restreintes, les projectiles, d’un calibre insuffisant, ne permettant pas d’obtenir des résultats marquants sur cet ouvrages en béton, particulièrement bien protégé. A 9h30, deux compagnies du BIMP partirent depuis le Tueis, à l’assaut du massif, l’une des compagnies avait pour objectif la crête militaire de l’Eperon situé entre le Fort de la Forca et celui des Trois Communes et plus particulièrement, la cote 2068 et le piton Nord de cet éperon. La cote 2068 fut assez vite occupée, mais aucune progression au-delà ne lui fut rendue possible, en raison d’un réseau de fils de fer barbelés, battu par les feux des armes automatiques installées sur la contre-pente. Le piton Nord de l’éperon s’avéra rapidement être, en fait, doté d’une tourelle blindée et les éléments de la compagnie pris sous les feux des armes automatiques, ne purent avancer ; ils s'accrochèrent cependant au terrain, en utilisant au mieux les trous laissés par les obus d’artillerie, mais furent pris, alors, sous les tirs des mortiers ennemis. Les pertes furent rapidement très importantes, ces éléments se maintinrent cependant toute la journée et vers 15 heures, lors de l’arrivée d’une section de renfort, il ne restait plus que sept hommes valides sur le terrain. A 17 heures 30, grâce à l’appui d’une section d’assaut, la tourelle blindée fut anéantie et tout l’éperon put être alors occupé. Pendant ces combats acharnés, l’autre compagnie du BIMP en profita pour s’infiltrer par la route de montagne, en direction de Cabanes Vieilles, dépassant sans se faire prendre à partie, les Forts de la Forca et de Milles Fourches. Derrière cette compagnie, le Génie disposant d’un bulldozer, s’activa à boucher les brèches afin de rendre praticable cet itinéraire aux chars légers du Commandant Barberot. Plus à droite, une compagnie du BMIX dont l’objectif était la tête du Vaiercaout, se heurta à une forte résistance de l’ennemi, qui l’obligea à rester cramponnée sur une pente, sans toutefois pouvoir atteindre le sommet de cet éperon. Une autre compagnie
du BMXI, escaladant les arêtes rocheuses du mont Giagiabella,
fut contre-attaquée avant même d’arriver sur son
objectif et dut se replier sur sa base de départ, en raison
du nombre de ses pertes. Vers 17 heures, après un tir efficace de la compagnie, canons d’infanterie de la 4° Brigade (CC14) depuis la Baisse du Camp d’Argent, permit à une compagnie du BM21, renforcée d’une section d’assaut, d’enlever l’ouvrage bétonné du Col de Rauss. Au sud, l’action menée par la 2° Brigade pour couvrir la droite de l’opération principale, se déroulait ainsi : un groupement du 22° Bataillon de Marche du Nord-Africains (22 BMNA) (Commandant Bertrand) s’empara du Mangiapo et s’y maintint. [Haut de page] A 7 heures, une compagnie du Bataillon de Marche n°4 (BM4) (Commandant Buttin) occupa la cime du Bosc ; à midi, une violente contre-attaque allemande partant de la Croix de Cougoule, l’obligea à abandonner la cime. Une autre compagnie du BM4, renforcée d’éléments d’une section d’assaut, attaqua l’ouvrage bétonné du col de Brouis ; mais, subissant de fortes pertes, elle fut contrainte, elle aussi, à se replier. Le bilan de cette première journée était assez mince ; nous n’avions pu mordre sensiblement dans le système défensif ennemi, et nos pertes humaines étaient assez sévères : 66 tués et blessés. Au soir de ce 10 avril, le Général Commandant la Division décida la poursuite de l’offensive selon les plans prévus et de mener conjointement une action sur le Fort de Milles Fourches, avec le groupe d’assaut du Lieutenant Colonel Lichtwitz. Je me permettrai d'ouvrir ici une parenthèse concernant le groupe d'assaut. Qu’entendait-on,
en effet, sous cette appellation ? Le groupe comptait plusieurs sections d’assaut, chacune de ces sections comprenait six tireurs de bazookas et six servants armés de mitraillettes et de grenades au phosphore, six tireurs au lance-flamme et six servants dotés également de six mitraillettes et de grenades au phosphore ; la section disposait en outre, d’un fusil-mitrailleur, ainsi que plusieurs mortiers légers dotés d’obus fumigènes. La journée du 11 avril 1945, débuta par des contre-attaques allemandes. Dès 3 heures du matin, l’ennemi tenta vainement de reprendre au BM 21, le Col de Rauss. A 6 heures 30, la section du BIMP qui occupait le piton Nord de l’éperon de la Forca, subissait un nouvel assaut et devait se replier ; seule la côte 2068 de l’éperon restait encore entre nos mains. A 8 heures, devant l’attaque combinée du BIMP et des chars légers, les Allemands abandonnèrent le Camps de Cabanes Vieilles . Au début de l’après-midi, le BMXI, se rendait maître de la tête du Vaiercaout puis occupait Parpella. Quatre sections du groupe d’assaut, renforcées de deux sections du BMXI, s’emparèrent du Fort de Milles Fourches. A 15 heures, le BMIP tentait, mais en vain, de reprendre le piton Nord de l’éperon de la Forca. Au soir de cette deuxième journée, une brèche assez sérieuse était enfin faite dans le système défensif de l’Authion et nous avions maintenant pied sur le massif. Mais écoutons des extraits du récit, que fit le Lieutenant-colonel Lichtwitz, Commandant du groupe d’assaut, sur le déroulement de l’opération qu’il mena contre le Fort de Milles Fourches.[Haut de page]
« Je rassemble quatre sections du groupe d’assaut … Le 11 avril 1945 vers 1 heure du matin, pour éviter les vues de l’ennemi, Delange (il s’agit du colonel Commandant la 4° Brigade) joint pour notre protection, deux sections du BMXI. La route qui conduit à notre base de départ, au pied de Mille Fourches est dominée par les Forts et nous sommes à la merci d’une cigarette allumée. Nous montons en silence ; soudain, une fusée éclairante… tout le monde se plaque à la route… encore deux fusées ; l’ennemi est-il alerté ? Impression désagréable d’incertitude. A quatre heures du matin, nous commençons à gravir la montagne, au sommet de laquelle se trouve Milles Fourches. Plusieurs éclatements de mines anti-personnel… des blessés… Il faut attendre les premières lueurs du jour pour déminer. A cinq heures du matin, nous reprenons notre progression. Je fais porter le matériel, bazookas, lance-flammes et échelles par les voltigeurs qui n’attaqueront pas, pour que les gars des sections d’assaut ménagent leurs forces… Après une demi-heures d’ascension, je demande par radio la préparation d’artillerie prévue… Le tir des 155 entame une partie de la montagne, des blocs de rocher dévalent sur nous .. Chacun essaie d’éviter l’avalanche de pierres…Je fais envoyer une fusée rouge pour interrompre le tir d’artillerie, nous nous contenterons des mortiers à fumigènes qui coiffent maintenant le sommet de Milles Fourches. Cependant que l’artillerie et les mortiers lourds aveuglent les autres Forts pendant notre progression, l’escalade est dure… Pas de trace de l’ennemi. Nous approchons du sommet, nos mortiers claquent à cinquante mètres… Au moment précis où nous commençons à distinguer la redoutable silhouette du Fort, le feu semble jaillir de toutes les pierres en même temps, nous avons l’impression que l’on nous tire dans le dos ; c’est la garnison de la Forca vient de nous apercevoir. Tout le dispositif est immédiatement désarticulé, car chacun choisit le creux ou la pierre qu’il estime capable de l’abriter… Le Fort, illuminé par le feu qui sort de toutes les embrasures, a un aspect terrifiant… Les pertes se multiplient, impression de flottement… Nous rampons dans la boue pour nous rapprocher de nos objectifs. Un obus de l’artillerie a fait une énorme brèche dans la grille, mais à quatre-vingt mètres, la caponnière est intacte… Il faut la détruire si nous voulons descendre dans le fossé qui entoure Fort, du moins de ce côté… un premier porteur de bazooka vient de se coller près de moi… son bazooka est rempli de boue… Il tire trop vite et rate son objectif… Pendant ce temps, un autre bazooka nous rejoint… Bientôt, cinq lance-flammes sont également prêts à entrer en action… Après avoir pris tout leur temps, les deux bazookas tirent les deux rockets, atteignent la caponnière, immédiatement les lance-flammes font un bond de 20 mètres qui met le Fort à portée de leurs feux… Les flammes jaillissent et convergent vers la caponnière qui flambe… Un bond nous porte au contact du fossé qui entoure Mille Fourches… Bientôt,
les bazookas et les lance-flammes des autres sections entrent également
en action… Nous en profitons pour installer nos quatre échelles
et nous précipiter dans le fossé. Nous grimpons sur
le toit du Fort… jetant nos grenades à phosphore dans
toutes les bouches d’aération. L’air est bientôt
irrespirable, la fumée nous aveugle, nous sommes obligés
de mettre nos masques… dans le brouillard de l’arrière
du Fort, deux bras levés et presque immédiatement deux
autres… Ces courts extraits montrent la tactique qui fut employée par le groupe d’assaut, pour se rendre maître de cet important ouvrage fortifié qu’était Milles Fourches.La journée du 12 avril va marquer le succès définitif de l’opération menée sur l’Authion. [Haut de page] L’ennemi
ne semble cependant pas disposé à céder. Ses
réactions, au début de la journée, sont toujours
très violentes. A 2 heures du matin, un coup de main du BM21
sur la Baisse de Saint Veran est repoussé durement. L’ennemi,
en cette fin de journée, commençait à faiblir.
Les chasseurs de montagne, faits prisonniers, avouèrent leur
stupéfaction devant la présence de chars en ces lieux
réputés impraticables pour ces engins.
Cette journée du 13 avril fut marquée par les actions suivantes : le BM21, descendant par la ligne des crêtes, s’installa dès le matin dans l’ouvrage de la Baisse de Saint Veran, évacué au cours de la nuit par les Allemands et il occupa les éclaireurs de la compagnie du 3° RIA la Caussega. Le 2° Bataillon de Légion, appuyé par quatre chars légers du 1° RFM, progressant vers le Sud du Massif en suivant la route de l’Arbouin, occupa successivement la Giagiabella, la Maune, la Baisse de Ventabrin, la Pointe de Ventabrin, mais se trouva accroché devant l’ouvrage de la DEA ; aidé des chars, le Bataillon enleva préalablement la Gonella, puis l’ouvrage de la DEA tomba au cours de la nuit. Le 3° Bataillon
de Légion se dirigeant vers l’Est enleva la Tête
de la Secca ; il fut arrêté dans sa progression par l’ouvrage
de la Beole, où l’ennemi qui avait reçu des renforts
opposait une très vive résistance sur l’axe la
Beole, Colla Bassa. Plus au Sud, la 2° Brigade de la D.F.L. renouvela son action offensive. Un groupement constitué par des éléments du 22° BMNA et du BM4, s’empara de la Cime du Bosc et de la Croix de Cougoule. Puis le BM4 occupa l’ouvrage du col de Brouis, abandonné par l’ennemi au cours de la nuit ; une compagnie de ce Bataillon se porta par la route à Breil et trouva le village abandonné, mais truffé de mines et de pièges qui nous causèrent quelques blessés. Une autre compagnie du BM4 occupa la Giandola et Cacciardi. Pendant ce temps, une compagnie du 22° BMNA rejoignait le 2° Bataillon de Légion à l’Arboin. Cette compagnie, progressant en direction de Breil, s’empara du col d’Agnon et de la Croix de Campe. En cette fin de journée, la première ligne de défense de l’ennemi était complètement rompue par une brèche de plusieurs kilomètres.[Haut de page] Le 16 avril, l’offensive
se poursuivit, le BM21 atteignait le plateau de la Ceva, la cime de
Coss, la cote 1576 et Colla Rossa. Le 3° Bataillon de Légion Etrangère, après une préparation d’artillerie et l’appui de deux chars légers, s’empara de la cime de Colla Bassa, de la côte 1121 et du Fort de Marta. Le 19 avril 1945, l’ordre fut donné au 2° Bataillon de Légion de relever le BM21 ; ce dernier, depuis neuf jours sur la brèche était épuisé et d’autre part, son étirement sur le terrain rendait ses bases beaucoup trop éloignées. A titre indicatif, il fallait plus de vingt heures de brancardage pour évacuer les blessés sur des pistes de montagne, depuis la cime de Pezurbe jusqu’à la pointe des Trois Communes, où avait pu être implantée la plus extrême antenne du Service de Santé. La relève
fut assurée au cours de la nuit du 19 au 20 avril. Le 24 avril 1945, nous parvenait un message du détachement d’Armée des Alpes, faisant mention d’une retraite générale de l’ennemi sur le front italien, et, dans tout le Secteur Sud, des patrouilles vérifièrent les contacts. Une compagnie du 220 BMNA occupa la Piena. Le 1° Bataillon de Légion Etrangère, qui venait d’être engagé, s’empara sans réaction de la part de l’ennemi, de la cime de Tesina et Mora Vacceria et poursuivit son mouvement vers le Pas de Sainte Anne, qu’il occupa. Le 25 avril, les reconnaissances avancèrent, sans opposition de la part de l’ennemi, et le BM4 occupa le mont Ainé, à l’Est de Breil et le 22° BMNA investissait la cime du Tron, Olivetta et St Michel sur la Roya. A l’extrémité
Sud du front, le Bataillon de Marche n° 5 5commandant Hautefeuille)
occupa Vintimille dans l’après-midi.
Le problème n’était pas des plus simples : en effet, s’il existait normalement trois axes vers Turin (la route côtière, le col de Tende et le col de Larche), six coupures importantes entre Menton et Vintimille rendaient inutilisable ce premier itinéraire côtier ; d’autre part, tous les ouvrages d’art dans l’étroite vallée de la Roya avaient été détruits, rendant impraticable l’itinéraire du Col de Tende, et les énormes destructions de la route du Col de Larche, enlevaient tout espoir d’utilisation de ce passage dans des délais aussi rapides que possible. Il ne restait plus, en fait, qu’une piste peu connue, allant d’Isola en Tinée à Vinadio dans la vallée de la Stora Di Delmonte, empruntant le Col de la Lombarde ; cet itinéraire, il est vrai, avait été celui qu’utilisèrent en 1795 les Maréchaux Serurier et Kellermann, pour se rendre dans le Piémont, cette piste deviendra aussi celle qu’utilisera la D.F.L. Il faut noter, ici, que pendant cette période du 14 au 20 avril 1945, où l’intérêt général était axé sur les opération du massif de l’Authion, des actions locales avaient permis à nos troupes de conquérir au Nord du secteur, successivement l’ouvrage de Barbacane et le poste d’Ischiator, ce qui nous permettait de prendre pied dans le val de Castiglione ; or, la piste partant d’Isola en Tinée vers le col de la Lombarde, suit ce val de Castiglione (ou Chastillon) Il s’agissait, dans notre poursuite des troupes de l’axe vers l’Italie, non seulement, de faire passer l’infanterie et les mulets dans la vallée de la Stora di Delmonte, mais aussi des camions, des chars et des canons ; or la piste existante était en très mauvais état, les ponceaux de résistance insuffisante pour les tonnages à supporter et la face Nord de ce col était encore en partie recouverte de neige. L’aménagement rapide de cet itinéraire représentait en soi, un véritable tour de force ; cependant, grâce au Génie divisionnaire, un véritable travail de Titan fut réalisé dans un temps record et rendra cette voie de pénétration vers le Piémont praticable dès le 30 avril à tous nos engins motorisés. Dans la nuit du 25 au 26 avril, sans attendre son matériel lourd, le 1° Bataillon de la Légion partit vers le Col de la Lombarde. Le BMXI, qui avait été transporté par véhicules à Isola en Tinée, poussa également ses premiers éléments vers le Col, en suivant la piste du val de Castiglione. Cette piste était encore enneigée, l’ennemi avait détruit toutes les valises de jalonnement, rendant la progression très difficile et lente, les hommes et les mulets peinaient. Près du col, les difficultés ne firent qu’augmenter, le col était en effet obstrué par plus de deux mètres de neige fraîche, les animaux ne pouvaient plus avancer, il fallut les débâter et confectionner des traîneaux de fortune pour faire glisser les charges, la tâche était exténuante ; un kilomètre de parcours dans la neige nécessitait plus de trois heures de peine et de fatigue. Le col une fois franchi, il n’y avait plus alors qu’à descendre vers la vallée verdoyante de la Stura di Delmonte. Derrière les fantassins, les sapeurs du Génie s’activaient à jalonner et à aménager la piste. Le 27 avril, le BMXI arrivait à Vinadio sans avoir à combattre ; l’ennemi avait décroché et le Bataillon fut accueilli bruyamment par les partisans italiens des Brigades « Giustizia » et « Liberta » aux foulards verts et « Garibaldi » aux foulards rouges. Le 1° Bataillon de Légion Etrangère atteignait à son tour Vinadio, puis Prata Longo. Le 28 avril, le BMXI parvenait à San Dalmazo. La Division reçut alors l’ordre du Général Doyen de se regrouper en Italie La situation en ce 28 avril se présentait ainsi : Turin, libre d’obstacles, n’était plus qu’à 70 kms de nos éléments de tête et la piste du Col de la Lombarde devait être rendue praticable à nos engins motorisés sous deux jours. Mais le 29 avril, cette aventure audacieuse en Italie devait tourner court ; en effet, par message lesté, il était donné impérativement l’ordre aux troupes françaises arrivées dans la Vallée de la Stura di Delmonte, de ne pas dépasser Coni et Borgo San Dalmazo. La route de Turin nous était fermée par les Alliés, le gros de la D.F.L. ne quittait plus la France et ce furent les anglo-saxons qui entrèrent à notre place dans la capitale du Piémont. Le 2 mai 1945, ce fut l’effondrement total de l’Armée allemande dans le nord de l’Italie. Le 5 mai, l’Armée américaine du Nord franchissait le Brenner et le 8 mai, l’Allemagne capitulait. Ces derniers combats des Alpes avaient encore coûté cher à la 1° D.F.L. : 273 tués et 644 mutilés et blessés. Nos morts furent rassemblés dans le cimetière de l’Escarène, canton des Alpes-Maritimes au Nord de Nice. Un mausolée a été érigé depuis, où reposent désormais nos anciens camarades de combat. Comme épilogue, nous noun reporterons à nouveau à ces « Mémoires de Guerre » déjà citées et nous pourrons constater que cette question de la frontière franco-italienne des Alpes-Maritimes ne fut pas chose des plus faciles régler. [Haut de page] Dans ces mémoires,
nous pouvons lire en effet : « Comme d’âpres échanges de vues avaient lieu entre Gritenberg qui boulait prendre notre place et Doyen qui n’y consentait pas et comme le général français avait notifié par écrit à son interlocuteur, qu’il pousserait au besoin son refus jusqu’à l’extrême conséquence ‘conformément au général De Gaulle », le Quartier Général US en Italie s’empressait d’annoncer aux correspondants des journaux, que par mon ordre, les troupes françaises s’apprêtaient à tirer sur les soldats américains… « Le 6 juin 1945, l’ambassadeur Caffery remettait aux Affaires étrangère une note exprimant les préoccupations de son Gouvernement au sujet du maintien des forces françaises dans certaines parties de l’Italie du Nord Ouest, protestant contre l’attitude du Doyen et réclamant le retrait de notre troupes. Sur quoi Duff Cooper accourait à son tour pour dire que le Gouvernement de Sa Majesté était entièrement d’accord avec la position prise par les U.S.A. « Le lendemain, m’arrivait un message du Président Truman, celui-ci exprimait l’émotion que lui avait causée la menace du Général Doyen. Il m’adjurait de prescrire l’évacuation, en attendant que puisse être effectué normalement et rationnellement le règlement des revendications que le Gouvernement français aurait à formuler au sujet de la frontière, faute que je veuille donner suite à ce qu’il me demandait lui-même serait amené à suspendre les distributions de munitions et d ‘équipements assurés à l’armée française par les services américains. « Je ne pris pas au tragique la communication de Truman, cependant, il me parut bon de mettre de l’huile aux rouage des relations franco-américaines. « Je répondis au Président qu’il n’avait évidemment jamais été dans mes intentions, ni dans les ordres du Gouvernement français, ni dans ceux du Général Doyen, de s’opposer par la force à la présence des troupes américaines dans la zone alpine, qu’il u avait dans cette zone des troupes américaines en même temps que des troupes françaises et que les unes et les autres vivaient là, ensemble comme partout ailleurs, en bonne camaraderie. Ce qui étaient en question, ce n’était pas la co-existence des Français et de leurs alliés, mais bien l’éviction des Français par les alliés hors d’un terrain conquis par nos soldats contre l’ennemi allemand et l’ennemi fasciste italien et où au surplus, plusieurs villages avaient une population d’origine française. « Je signalais à Harry Truman que notre expulsion forcée de cette région… aurait les plus graves conséquences quant aux sentiments du peuple français ! J’écrivais enfin que pour donner à lui-même, Truman, satisfaction dans la mesure où cela nous était possible, j’envoyais Juin auprès d’Alexander afin qu’ils recherchent ensemble une solution… « En fin de compte, la solution consista en ceci : que nous restions en possession de ce que nous voulions avoir. D’ailleurs, pendant que l’on discutait, nous créions des faits accomplis, les cantons de tende et de La Brigue élisaient des municipalités qui proclamèrent leur rattachement à la France…Il n’était qu’à Vintimille que nous laissions aller les choses, parce que les sentiments nous y paraissaient mélangés. « En fin de compte, la solution consista en ceci : que nous restions en possession de ce que nous voulions avoir. D’ailleurs, pendant que l’on discutait, nous créions des faits accomplis, les cantons de tende et de La Brigue élisaient des municipalités qui proclamèrent leur rattachement à la France…Il n’était qu’à Vintimille que nous laissions aller les choses, parce que les sentiments nous y paraissaient mélangés. « Au
demeurant, les quelques soldats américains et britanniques
présents sur le terrain en litige, s’en retirèrent
aussitôt après la défaite électorale de
Monsieur Churchill, fin Juin 1945… Quand, le 25 septembre 1945,
monsieur Alcide de Gasperi, devenu Ministre des Affaires Etrangères
dans le Gouvernement de Rome, me fit visite à Paris, il me
pria de lui préciser quelles conditions seraient les nôtres
lors du prochain Traité de Paix, je pus lui dire que nous ne
voulions nous voir reconnaître en droit, que ce qui était
réalité, en fait… comporter de telles clauses
et que l’Italie y souscrirait sans rancœur… C’est
ce qui eut lieu, en effet
». [Haut de page] |
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| Douments-Témoignages-Recherche publié par le Musée de la Résistance Azuréenne http://resistance.azur.free.fr resistance.azur@free.fr |
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